Oriana Fallaci accuse l'Europe
Son nouveau livre, " La Force de la Raison " demande des comptes à l'Europe
qui, selon elle, s'est offerte à l'islam par Fiamma Nirenstein (La Stampa)
Que quelqu'un puisse analyser comme je le fais un livre d'Oriana Fallaci, un de ses
articles ou une de ses idées va peut-être surprendre. Mais " La Force de la Raison
" donne l'impression d'être un livre à la fois humble et orgueilleux face à un
sujet difficile. Lorsqu'un problème parait insurmontable et qu'il faut pourtant le
résoudre coûte que coûte, la solution a un prix. Parfois, ainsi va la vie : face à la
maladie d'un être qui nous est cher, nous serions prêts à tout. Face au destin imminent
de l'Europe, Fallaci a essayé, avec ses propres moyens, de tout faire, même
l'impossible. Parce qu'il est pratiquement impossible d'expliquer à ceux qui ne vivent
pas jour après jour dans l'antre du désir de conquête de l'islam l'énigme du
terrorisme-suicidaire ainsi que la peur embarrassante et secrète de l'Europe. La Fallachi
a choisi d'en expliquer les mécanismes en compulsant nombre de livres et en offrant au
public une pléiade d'articles historiques et de chroniques.
C'est par devoir que j'ai regardé et analysé la tragédie que nous vivons
Il en résulte un texte encyclopédique d'une part, et très interprétatif d'autre part.
Interprétations qui peuvent se discuter, susciter l'adhésion ou non. Mais qui, toutes,
se fondent sur les documents consultables dans le livre. Le lecteur qui ne comprend pas
qu'il s'agit d'un acte douloureux doit lire avec beaucoup d'attention les dernières
lignes du livre qui donnent du poids aux pages précédentes : " J'écris par devoir,
un devoir qui désormais me coûte la vie. C'est par devoir que j'ai regardé et analysé
la tragédie que nous vivons. Ces deux dernières années, je m'y suis exclusivement
attelée, oubliant même de m'occuper de moi. J'aimerais mourir en pensant qu'un tel
sacrifice aura servi à quelque chose
il faut retrouver la Force de la Raison
". Ce sont des paroles graves, spécialement lorsqu'elles sont prononcées par un
écrivain et une femme dont l'intégrité n'est plus à prouver. Les critiques font preuve
d'inconscience lorsqu'ils dénigrent au nom de motifs politiques le texte d'un auteur
reconnu à travers le monde depuis des décennies.
L'Europe s'est offerte à l'islam avec sottise, paresse et lâcheté et voue sa propre
culture à la mort
Pourquoi le livre est-il orgueilleusement humble ? Parce que la Fallaci s'emploie à
fournir une analyse détaillée tant de l'histoire de l'islam que du rapport avec
l'Occident (et particulièrement l'Europe)- de l'islam, avec une quantité d'informations,
de dates et d'épisodes remarquables. Elle axe sa lecture de manière à défendre sa
thèse : au cur de toute stratégie de l'islam réside la conquête de l'Europe et
l'Europe s'est offerte à l'islam avec sottise, paresse et lâcheté et voue sa propre
culture à la mort. Le cri d'alarme, la demande urgente que l'on accepte enfin de voir le
grave danger qui pèse sur l'Europe en enlevant le voile de la peur deviennent plus forts
avec les détails historiques et les victoires historiques citées. De l'attaque de
Constantinople en 688 à la prise de Gibraltar jusqu'à l'Espagne, la France et Rome puis,
de nouveau, la conquête du Nord et l'immense expansion de l'empire ottoman (qui n'existe
plus depuis 80 ans seulement, comme l'a rappelé Ben Laden lorsqu'il a fixé le programme
de sa reconquête), chaque conquête s'accompagne de sang et d'horreur. Face à la
cruauté islamique, l'attitude " cruelle " de l'Occident vis-à-vis des
musulmans apparaît faible alors qu'elle a souvent été qualifiée d'agressive et
d'impérialiste par les nouveaux orientaux.. C'est un point de vue que partagent certains
historiens qui étudient le Moyen-Orient. Bernard Lewis, par exemple, interprète les
attaques terroristes actuelles comme une seconde reconquête. Il explique comment toute
l'aile wahhabite de l'islam et les bassistes se réfèrent ni plus ni moins à l'Histoire
pour demander aux musulmans de la répéter en utilisant le terrorisme pour parvenir à la
victoire.
Il est stupéfiant qu'après tout ce que l'Occident a subi de terrorisme, d'agressions
verbales et antisémites, on puisse trouver exagéré d'en parler sans tabou
Fallaci rejoint sur certains points la pensée académique de nombre de chercheurs. Mais
sa pensée reste néanmoins controversée lorsqu'elle avance que la violence s'inscrit
dans la nature même de la religion islamique. Jésus est mort sur la croix, Moïse a vu
de loin la terre d'Israël, Mahomet a marché glorieusement à la tête de ses armées. Le
Coran et ses commentaires fourmillent d'exhortations visant à éliminer physiquement
l'ennemi. Il est légitime de le penser, même Huntington, un des leaders de la pensée
sur l'agressivité islamique adhère à cette idée. Ygal Karmon la soutient aussi. Il est
directeur du Memri, Institut qui observe le monde arabe en étudiant, à Washington et à
Jérusalem, les livres et les articles les plus célèbres écrits en arabe. Selon ses
dires, la racine de l'actuel conflit et l'usage du terrorisme se trouve dans les textes
religieux. La charia est incompatible avec la démocratie. Pour d'autres chercheurs, tel
que Daniel Pipes, c'est le wahhabisme qui a placé l'islam sur un chemin qui n'est pas le
sien et la stratégie de l'Occident ne peut être autre que de pousser l'islam modéré
sur le chemin de la démocratie. Une analyse qui légitime le discours de Bush en juin
2002. Sur tous ces thèmes, Fallaci donne donc son avis et il apparaît sincèrement
stupéfiant qu'après tout ce que l'Occident a subi de terrorisme, d'agressions verbales
et antisémites, on puisse trouver exagéré d'en parler sans tabou.
Si la censure se déchaîne, c'est sur un point précis qui interpelle et qui fâche :
l'Eurabie. L'idée que, face à cette conquête de l'Europe, cette dernière se soit
offerte, prostituée même d'une manière si vile et corrompue et plus que tout d'une
façon aussi stupide, a été oblitérée. Le livre de Bat Y'eor, Dhimmitude, auquel
Fallaci se réfère régulièrement, montre les étapes, les accords, les lois qui
bâtissent l'histoire des rapports entre l'Occident ainsi que la maladie psychologique
dont souffrent l'Europe et l'Italie. Une fois de plus, Fallaci prend position sur un
débat brûlant : l'Europe se vend et se suicide. Ce n'est pas seulement le fruit de sa
bêtise, c'est aussi son destin, un destin évident et personne n'a rien fait pour
l'éviter. Ici encore, les preuves appuient les dires. L'Europe est à la dérive, seule
une réaction importante des chefs d'État (réaction qui hélas tarde à venir) pourrait
la sauver de la fosse dans laquelle elle s'enterre. La solution, Fallaci nous l'indique :
elle réside dans la force de vie démocratique. Fallaci prend pour exemple le nouvel an
new yorkais ; les gens étaient dans la rue, heureux d'un rien. Heureux d'être aimés, de
vivre, habillés selon leur goût, chantant à tue-tête en embrassant qui bon leur
semble. De l'autre côté, une culture affirme avec impudeur : " Nous vaincrons,
parce que nous aimons la mort autant que vous aimez la vie ".
Cet article est paru en Italie dans " La Stampa "
Traduit de l'italien par Pamela Nahmias
Copyright proche-orient.info pour la traduction française
03/05/04
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