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Bush et les valeurs

Curieuse déclinaison politique de la tectonique des plaques, l’Amérique et l’Europe confirment leur éloignement profond à l’occasion de la victoire éclatante de Georges Bush à la présidentielle de 2004. Séparés par un océan d’incompréhension, divisés par une étendue de préjugés, deux mondes semblent emprunter deux chemins radicalement différents, adhérant à deux ensembles de valeurs que tout paraît opposer.

De ce côté-ci de l’Atlantique, le reniement de l’héritage chrétien dans la Constitution Européenne bénéficie de l’approbation générale tandis qu’en Amérique, la référence à Dieu demeure une constante omniprésente dans le discours des chefs d’Etat américains, de Kennedy en passant par Carter jusqu’à l’actuel président.

De ce côté-ci de l’Atlantique, l’ex-commissaire européen Buttiglione subit le bûcher médiatique pour avoir émis un jugement moral sur l’homosexualité tandis qu’en Amérique, le peuple s’est massivement mobilisé pour s’opposer, lors de référendums locaux, aux mariages homosexuels imposés par les lobbies gays.

De ce côté-ci de l’Atlantique, l’Etat Providence et l’esprit de revendication social nous habituent à la passivité et à l’assistanat, tandis qu’en Amérique, le dynamisme, l’esprit d’initiative, le sens de l’action expliquent la forte compétitivité et les ressorts insoupçonnés de l’économie américaine.

De ce côté-ci de l’Atlantique, nous croyons que le problème posé par la prolifération des armes de destruction massive dans les " Etats voyous " doit se régler à travers une approche multilatérale tandis qu’en Amérique, le réalisme et le pragmatisme conduisent la diplomatie américaine – qu’elle que soit sa couleur politique – à imposer par la force le respect des conventions internationales.

Comment ne pas être frappés par la lente divergence des points de vues américains et européens ? Comment ne pas s’inquiéter de la lente dissolution d’un lien transatlantique qui nous apporta la sécurité, la démocratie et la paix au cours du siècle dernier ?

Avec notre suffisance de vieille nation en déclin, nous nous permettons de juger et de jeter un regard plein de mépris sur ces " cow-boys incultes " qui auraient choisi le camp de la " réaction " contre " l’esprit des lumières " dont la France serait l’éternelle gardienne.

Pourtant les Américains n’ont pas de leçons à recevoir, surtout pas du journal Le Monde qui distille sa pensée unique gauche caviar en usurpant au passage le statut de " journal de référence ", encore moins de la totalité des médias français qui faillirent gravement à leur devoir d’objectivité en menant une campagne orientée voire diffamante contre le candidat républicain.

Avons-nous oublié que la démocratie américaine s’avère plus ancienne que la démocratie française, avons-nous oublié que la Déclaration d’Indépendance inspira très largement les concepteurs de la Déclaration française des Droits de l’Homme ?

Dans notre France anticléricale, l’évocation de Dieu en politique hérisse la sensibilité épidermique des intellectuels et journalistes. C’est oublier que les rapports entre la religion et l’Etat sont les fruits d’une histoire radicalement différente entre l’Amérique et notre pays. En France et dans de nombreux pays européens, la démocratie s’est instituée sur les débris de la monarchie et de l’Eglise tandis qu’aux Etats-Unis, la Bible inspira les Pères fondateurs d’une Amérique fondée sur la liberté et la tolérance religieuse, en mémoire des Quakers protestants qui fuirent les persécutions religieuses de la vieille Europe au XVIIième siècle. Quand Georges Bush revendique son attachement à Dieu, il ne trahit nullement les fondements moraux de son pays, mais inscrit au contraire son action dans la ligne fidèle des fondateurs de la nation américaine.

En outre, l’Amérique se trouve confronté au problème général du maintien de l’unité dans la diversité : de plus en plus multiethnique, de moins en moins anglo-saxonne, la référence à Dieu permet justement d’unir catholiques et protestants, latinos et anglophones, immigrants haïtiens et fils de pionniers irlandais. Dans un pays où 96% de la population déclare croire en Dieu, en quoi est-il gênant de faire référence aux convictions de l’écrasante majorité de ses compatriotes ?

Les médias français se sont moqués de la " droitisation " des Républicains durant cette campagne, mais leur stratégie gagnante en dépit des sarcasmes ne devrait-elle pas nourrir la réflexion des droites européennes, et notamment française, pour reconquérir un électorat populiste qui empêche la droite parlementaire de se maintenir durablement au pouvoir ?

En France, l’épine récurrente constituée par le Front National incite à la réflexion. Toutes les deux élections, à cause de l’entêtement pseudo-moral de Jacques Chirac de ne pas " chasser sur les terres de l’extrême droite " tout en menant une politique de gauche qui exaspère ses propres électeurs, la droite parlementaire subit des échec retentissants qui bénéficient à une gauche dont les valeurs morales sont relayés par des médias acquis aux idéaux soixante-huitards.

Les valeurs morales, voilà sans doute le nerf de la guerre idéologique que nous menons. Depuis mai 68, l’opposition à la guerre d’Algérie, la fin d’une colonisation accusée de tous les crimes, la gauche s’est octroyée le terrain de la morale sous le regard résigné des conservateurs. Tant que la droite n’aura pas assumé ses valeurs morales fortes, tant qu’elle singera les contorsions bien-pensantes de la gauche en prenant parti pour la discrimination positive ou en cédant devant les lobbies gays, elle perdra toute crédibilité morale dans le cœur des français. Ne dit-on pas que le cœur des Français est à gauche, et leur portefeuille à droite ?

Pour renouer avec le succès, la droite doit absolument réinvestir le champ des valeurs. Elle doit cesser d’imiter les discours droit-de-l’hommistes de la gauche et réhabiliter des valeurs essentielles : la famille, le travail, le sens du devoir citoyen, l’initiative individuelle, et même la réconciliation avec notre héritage spirituel chrétien. Conséquences directes de cette nouvelle pensée néo-conservatrice à la française, l’opposition absolue au mariage gay qui dénature la famille, la sensibilisation des jeunes pour limiter au maximum l’avortement, la lutte contre la pornographie qui dévalorise l’image de la femme, une politique nataliste ambitieuse destinée à inverser la mort démographique programmée de notre vieux continent.

L’exemple de Georges Bush, brillamment réélu sur son aile droite, constitue un message d’espoir pour tous les hommes et les femmes qui se reconnaissent dans une exigence de valeurs conservatrices. Sans complexe, nous devons nous affirmer de droite pour préparer l’avenir la France menacée de déclin. Avec confiance, nous devons réinvestir le champ des valeurs morales pour regagner le cœur des Français.

Constant Rémond


11/11/04


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