Conscience Politique   "le journal à contre pied de la pensée unique"   www.conscience-politique.org

Ronald Reagan, le visionnaire de la modernité

Avec la mort de l’ancien président américain Ronald Reagan, une page décisive de l’Histoire contemporaine se tourne. Homme dont la ténacité contribua à l’effondrement soviétique, Ronald Reagan fut le visionnaire d’une nouvelle société centrée sur le dynamisme et l’innovation, ce qui suppose une relation assaini entre un Etat recadré sur ses fonctions régaliennes et un Citoyen libre d’exprimer ses talents. Profondément imprégné de la foi en la Liberté, Ronald Reagan remit clairement le citoyen au centre de la politique, tandis que la lourdeur des institutions, la dérive technocratique d’un Etat piégé par sa propre complexité, l’enchevêtrement des lois et des règlements généraient une créature monstrueuse qui dévorait toutes les énergies humaines au lieu de les stimuler : l’administration publique.

A la charnière d’un ancien monde pétrifié par la Guerre Froide et d’un nouveau monde dominé par le mouvement des échanges, l’atlantiste Ronald Reagan donna un nouvel essor à une économie planétaire dont le modèle keynésien s’essoufflait.

Ronald Reagan comprit cette nécessité de changement. Il comprit que l’interventionnisme de l’Etat stérilisait la libre initiative des forces vives de la Nation. En rompant avec le keynésianisme américain imposé par Roosevelt dans les années 30, il entérinait la victoire d’une économie de paix sur une économie de guerre.

Par son réalisme toutefois, il trompa les critiques acerbes de ses adversaires keynésiens en admettant l’importance stratégique de l’Etat dans des domaines bien particuliers : la recherche fondamentale, l’espace et la défense. Stimulée par la hausse vertigineuse des équipements militaires, la recherche permit de développer des technologies de pointe qui assurèrent à l’armée américaine une suprématie à faire pâlir d’envie les états-majors européens. La conquête de l’espace trouva un nouvel essor sous l’ère Reagan. Bien que débouchant sur un échec à cause de son manque de faisabilité technique, le projet d’Initiative de Défense Stratégique (I.D.S.) – improprement appelé " Guerre des Etoiles " – avait réussi l’incroyable tour de force d’entraîner les soviétiques dans une essoufflante course aux armements qui allait leur être fatal. Toutes ces technologies avancées eurent d’indéniables retombées civiles, stimulant une croissance riche en valeur ajoutée. Qui sait qu’Internet dut son existence à un projet militaire de décentralisation du commandement, afin d’assurer la subsistance du système de défense stratégique en cas d’attaque nucléaire ?

L’audace politique de Ronald Reagan produisit des résultats au-delà de toute attente. Aux Etats-Unis, une croissance soutenue, une agressivité commerciale incomparable, un chômage réduit à sa plus simple expression malgré une forte immigration. Preuve de l’excellente santé du modèle américain, la croissance américaine demeure plus riche en emplois que la croissance européenne, à taux comparable. Plus près de nous, le Royaume-Uni bénéficia aussi d’une thérapie de choc libérale qui le sauva d’une décadence irréversible. Grâce à la politique ambitieuse de Margaret Thatcher, le chômage anglais demeure deux fois moins élevé qu’en France, et Londres est redevenue une place boursière internationale de première importance. Preuve de l’enrichissement anglo-saxon, les foyers britanniques rachètent massivement des domaines de villégiatures dans notre pays. Or que se passe-t-il de ce côté-ci de l’Atlantique et de la Manche ?

Une croissance atone, un manque de confiance dans l’avenir, un rejet viscéral et irrationnel de l’économie libérale. Manipulés par les syndicats archéo-trotskistes, trompés par la démagogie facile et abrutissante de l’extrême gauche, les peuples d’Europe continentales s’arc-boutent sur les vieilles illusions d’un Etat Providence censé prodiguer à l’infini travail, richesses et loisirs. Alors que l’Histoire est un train qui n’attend pas les retardataires, nous peinons à reconnaître les réalités du déclin français, nous qui subissons les restructurations industrielles au lieu de les anticiper, nous qui réduisons le temps de travail alors que le travail constitue justement la condition de notre salut, nous qui fossilisons l’esprit d’initiative par des monopôles d’Etat alors que la concurrence internationale et la mondialisation les rendent obsolètes. Grignotés par le bas à cause de la compétitivité supérieure des pays-ateliers comme la Chine et l’Inde, assommés par le haut à cause de l’extraordinaire puissance technologique des Etats-Unis et du Japon, nous subissons un lent étranglement économique qui signifiera à terme notre perte. Et notre jeunesse, au lieu de parier sur l’avenir, fuie massivement les filières scientifiques tout en défilant volontiers dans la rue contre " l’impérialisme yankee ". Quand donc notre patrie enfantera-t-elle d’un Ronald Reagan à la française, un homme assez tenace, assez volontaire, assez réaliste pour sauver la patrie en danger ?

Par ce mélange subtil de réalisme et d’enthousiasme dans les valeurs de la Liberté, Ronald Reagan donna une impulsion décisive à cette époque charnière précédant l’effondrement soviétique. Loin de se laisser réduire à la grossière caricature de l’américain bêta, forcément borné et réactionnaire, Ronald Reagan sus concilier les valeurs profondes de la culture américaine avec les défis de son temps. Loin de se laisser enfermer dans les schémas réducteurs des médias politiquement corrects, Ronald Reagan sus accompagner la mutation d’un ancien monde réconcilié avec le Progrès et la Liberté. Rejoignant les plus illustres des Grands Hommes américains, Ronald Reagan aura gagné une place majeure dans l’Histoire.

Constant Rémond

 
14/06/04

Conscience Politique ® Tous droits réservés Hebdomadaire