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Lettre ouverte au Président de la République
 
            Monsieur le Président,
 
            Jeune homme, j’avais vingt ans, j’étais l’un de vos fervents 
partisans.
 
            Un quart de siècle a passé et je me permets aujourd’hui de vous 
adresser les quelques réflexions qui suivent. Souhaitons qu’elles puissent 
vous parvenir tant la France « d’en-bas » d’où elles sont nées semble 
parfois éloignée des préoccupations que laissent transpirer vos discours.
            Je forme ce projet depuis plusieurs mois et mes réflexions me poussent 
à vous interpeller à propos de vos responsabilités de Chef de l’Etat, 
ou, à tout le moins, sur celles qui paraissent évidentes à un simple 
français d’en-bas.
 
            J’ai exercé le métier de conseil d’entreprise pendant une dizaine 
d’années. L’exercice de cette profession m’a convaincu du rôle de 
visionnaire qui incombe au « Chef ». En effet, la tête voit plus loin. L’une de 
ses responsabilités les plus importantes est d’aider son organisation à 
s’adapter au mieux aux évolutions de son environnement.
            Sur ce plan, monsieur le Président, qu’avez-vous fait ? Quels 
aménagements nous avez-vous conseillé ou demandé de mettre en œuvre ? De quelle 
façon nous avez-vous aidé à préparer l’ouverture généralisée de nos 
frontières commerciales ? Comment avez-vous anticipé l’arrivée massive des 
produits asiatiques, des capitaux anglo-saxons, des concurrents 
européens sur notre sol désormais élargi aux vingt-cinq pays de l’Union 
Européenne ?
 
            Je considère que votre responsabilité (celle de vos ministres et de 
vos conseillers) est écrasante sur ce point. Car, de deux choses l’une, 
soit vous ne saviez pas, personne ne vous avait mis en garde, et alors 
il est criminel que vous puissiez occuper les fonctions qui sont les 
vôtres aujourd’hui. Soit vous saviez et (par quelle faiblesse ? par quel 
cynisme ?, je ne vous crois pas pusillanime) vous avez fait croire que 
notre fameux « modèle social à la française » (qui n’a plus de modèle 
que le nom) pouvait nous permettre de donner des leçons à nos partenaires 
les plus proches.
 
            Vous êtes en grande partie responsable de l’état catastrophique de la 
France que vous allez transmettre à votre successeur.
            En effet, vous êtes « aux affaires » depuis une quarantaine d’années. 
Une grande partie des décisions prises depuis vingt ans porte votre 
sceau.
            Les journalistes spécialisés vous reconnaissent les qualités d’un « 
animal politique ». Certes, vous êtes toujours là depuis quarante ans. En 
effet, si l’on se place du point de vue de votre parcours sur le plan 
personnel, l’on ne peut qu’être admiratif ! Vous avez su vous sortir de 
bien des difficultés, vous avez rebondi maintes fois et vous avez 
atteint l’objectif suprême : voilà dix ans que vous avez revêtu la parure du 
premier d’entre nous.
 
            Permettez-moi, maintenant, de vous proposer de prendre un autre point 
de vue. Plaçons-nous au plan de la santé de notre cher et vieux pays, 
de son état social et financier, de sa renomée et de sa voix dans le 
monde. Ne voyez-vous pas immédiatement l’écart que provoque sur le 
jugement ce simple changement de point de vue ?
 
            Pouvez-vous sérieusement penser que vous avez rendu service à notre 
pays en le laissant sciemment s’enferrer dans ses erreurs ?
 
            Pouvez-vous sérieusement croire que vous serez plus apprécié parce que 
vous aurez écouté systématiquement ceux qui parlaient le plus fort en 
battant le pavé de Paris ou d’ailleurs ?
 
            Pouvez-vous sérieusement imaginer qu’en infléchissant systématiquement 
vers la gauche les politiques pour lesquelles vous aviez été élu, les 
Français continueront à vous écouter. A ce propos, connaissez-vous l’un 
de vos surnoms les plus en vogue depuis quelques années ?
 
            Lorsque vous avez appelé monsieur Raffarin, nous avons été nombreux « 
en-bas » à croire qu ‘enfin le bons sens vous avait effleuré.
            Las, trois ans après la situation n’a guère changé, à part quelques 
détails, pour la forme.
            Mais pourquoi n’avoir pas profité de votre majorité parlementaire pour 
mener enfin ces réformes vitales pour notre pays ?
Pourquoi n’avoir pas modifié radicalement la loi sur les 35 heures (en 
expliquant pourquoi – vous savez qu’un gâteau ne grossit pas avec le 
nombre de convives !) ?
Pourquoi ne pas libérer la possibilité d’épargner pour sa retraite ?
Pourquoi ne pas supprimer l’ISF ?
Pourquoi n’avoir pas réformé le système fiscal français ?
Pourquoi n’avoir pas mis en œuvre la directive européenne qui donne à 
chaque français la possibilité de s’assurer hors de la Sécurité Sociale 
?
Pourquoi n’avoir pas lancé sérieusement un programme de réduction des 
dépenses de l’Etat ?
Pourquoi n’avoir pas lancé un programme de modification de la vie 
politique qui permettraient à tous ceux qui, reconnus par leurs pairs, 
souhaiteraient faire profiter le pays de leurs compétences de le faire 
qu’ils soient indifféremment fonctionnaires ou non ?
 
            Pourquoi monsieur le Président, n’avoir pas fait en dix ans ce que 
vous êtes payé pour faire ? Personne dans la vie « d’en-bas » ne pourrait 
rester si longtemps en place sans un minimum de résultats.
 
            Il vous reste deux ans pour prouver aux Français que ces douze années 
auront été autre chose que légèreté, mensonge ou cynisme.
 
Merci pour eux,
Merci pour nous et pour nos enfants.
 
Franck Bertucat

Septembre 2005

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