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Enchères sociales et « pouvoir d’achat » On connaissait les prélèvements sociaux et la T.V.A. sociale, les mouvements sociaux et l’économie sociale, la sécurité sociale, la contribution sociale généralisée et les minima sociaux, Dominique de Villepin vient d’inventer la « croissance sociale » (à défaut de croissance économique) pendant que François Bayrou plaide pour la création d’une « contribution Tobin sociale ». Comme les décideurs de ce pays – et la plupart des trop nombreux prétendants au pouvoir - sont définitivement incapables de prendre la mesure exacte des phénomènes économiques, ils nous embrouillent dans un vocabulaire pompeux au nom d’une exception culturelle qui ne saurait avoir de limite, mais qui pourtant nous aveugle. La croissance économique est bien en panne ; et le maquillage des mots ne suffira pas à la faire revenir. Après avoir bridé le pouvoir de produire, l’aptitude à innover, la capacité à investir, la France en subit aujourd’hui les inéluctables conséquences : la croissance stagne durablement tandis que le pouvoir d’achat est menacé. Chaque année, les responsables politiques nous promettent le « retour de la croissance » mais ils font tout pour la contrarier. C’est qu’ils confondent, pressés par l’audimat des bons sentiments qui les poussent à se montrer toujours plus « social » que le concurrent, l’effet avec la cause [1]. Ce n’est pas du pouvoir d’achat qu’il faut redonner aux français dans la mesure où l’on ne peut pas donner ce que l’on n’a pas. L’Etat (a fortiori un Etat endetté) ne dispose pas de ressources propres, ses ressources étant constituées par la masse de richesses qu’il prélève sur les acteurs de l’économie. Cependant, si la volonté politique existe, l’Etat peut rendre aux ménages leur volonté de travailler, leur pouvoir de produire et la possibilité de s’enrichir, notamment en libérant une fois pour toutes le potentiel productif du pays. II est compréhensible que les français soient préoccupés par leur pouvoir d’achat. Et les responsables politiques vont tout tenter pour le relancer en vain. Et pourtant, est-ce bien là le rôle de la politique ? Un des droits fondamentaux de l’individu réside dans la liberté de disposer de lui-même, notamment pour travailler et ainsi accéder au niveau de vie désiré. Dans un Etat de droit, garant des libertés individuelles, personne n’a le droit de m’empêcher de travailler. Par contre, cela ne signifie pas que l’Etat doive m’embaucher, me trouver du travail ou me nourrir, ou que l’Etat doive forcer les entreprises à m’embaucher. C’est au marché du travail d’assumer l’adéquation toujours mouvante entre l’offre et la demande de travail. Si un individu estime que son pouvoir d’achat est insuffisant, il doit pouvoir travailler plus pour augmenter son niveau de vie. S’il ne peut - ou ne veut - travailler plus, il devra réduire son niveau de vie. Certes, si les français se retournent auprès de l’Etat, c’est que les responsables politiques de ce pays ont une grande responsabilité dans l’asphyxie économique qui contribue à désindustrialiser nos régions, à freiner la création d’entreprise, à accélérer les délocalisations ou encore à faire fuir les chercheurs les plus innovants et les entrepreneurs découragés. Le pouvoir d’achat n’est pas une fin en soi. Les ménages sont sensibles à l’ensemble de leur revenu disponible, qui leur permet à la fois de consommer mais aussi de se constituer une épargne et un patrimoine, tout aussi nécessaire à la bonne santé de l’économie [2]. Par ailleurs, le pouvoir d’achat est une notion qui dépasse la simple dimension financière qui n’en est que la surface. Le pouvoir d’achat désigne une aptitude (un « pouvoir »), un comportement lui-même lié à une volonté (ou une absence de volonté). Le pouvoir d’achat ne signifie pas seulement « pouvoir acheter » - ou être esclave de la consommation - mais aussi « pouvoir ne pas acheter ». Un pouvoir est réellement un pouvoir si l’on est libre de ne pas en user. Un pouvoir n’est ni un devoir, ni un réflexe, et encore moins une obligation. Imaginez que le gouvernement considère - au motif que la consommation des ménages serait un moteur essentiel de la croissance – qu’il serait néfaste pour la collectivité de laisser à la seule volonté des ménages la liberté de consommer ou de ne pas consommer. Il décide alors de prélever automatiquement une partie des salaires pour les affecter à la consommation selon un panier de consommation savamment formaté – et garanti pour tous ! - par les experts de l’I.N.S.E.E [3]. Ce faisant, les ménages auraient perdu leur véritable pouvoir d’achat en perdant tout simplement leur liberté de choix. Quelle valeur aurait un bien de consommation qui vous est imposé ? Certes, la consommation des ménages n’est pas encore une affaire publique ; et je serai bien malheureux d’avoir inspiré à nos technocrates la création d’un ministère de la consommation. Mais c’est exactement ce qu’il se passe lorsque les prélèvements publics dérapent, sous l’effet d’une interminable enchère sociale, amputant toujours plus le revenu disponible des ménages. Ces prélèvements publics sont destinés à financer des dépenses publiques et sociales, dont une grande partie est de la « consommation collective ». Ainsi, une part toujours plus grande du revenu est collectivisée ; et son affectation échappe au libre arbitre de ceux qui l’auront généré, amputant irrémédiablement le pouvoir d’achat. C’est ce qu’on appelle le socialisme. De nombreux étudiants m’assurent ne pas avoir les moyens d’acheter des livres, mais ils viennent en automobile à l’université, possèdent un téléphone portable, et bénéficient d’un standard de consommation digne d’une personne active. A chaque rentrée des classes, la plupart des parents font état de l’insuffisance de leur pouvoir d’achat pour réclamer une augmentation des allocations de rentrée qu’ils jugent insuffisantes. Mais, les chambres d’enfants constituent de véritables supermarchés du jouet tandis que les vêtements de rentrée sont tout droit sortis des plus récents magasins à la mode. Quand j’exprime mon étonnement, ces parents me répondent qu’ils ne peuvent pas faire autrement, qu’ils n’ont pas le choix. Ne voient-ils donc pas qu’en cédant aux caprices de leurs enfants, ils cautionnent et amplifient de tels caprices. Ils s’en prennent à la « société de consommation » alors qu’ils en sont ses meilleurs promoteurs. Au nom du dogme de la « relance de la consommation » et de la « défense du pouvoir d’achat », nos politiques ont infantilisé les peuples. Et les campagnes publicitaires ont savamment ciblé ces « enfants-souverains » qui ont le pouvoir de commander aux parents tandis que les sociétés de crédit à la consommation se sont jetées sur ces victimes potentielles du crédit revolving. Puis, ces mêmes politiques se mettent aux ordres de ces ménages désorientés, se plient à leurs injonctions, invoquant leur sensibilité démocratique et leur fibre sociale. Ils se retrouvent pris au piège d’attentes contradictoires de peuples capricieux que seule une économie libre peut dénouer. Ce n’est pas la consommation qu’il faut relancer, mais l’effort, la production et l’investissement, et notamment l’investissement dans l’homme. Ce n’est pas le pouvoir d’achat qu’il faut libérer, mais le pouvoir de travailler. Car le pouvoir d’achat sera toujours insuffisant pour celui qui ne sait plus faire des choix et assumer des priorités. La condition humaine est ainsi faite que notre capacité à exprimer et développer des besoins est infinie tandis que notre aptitude à y répondre est nécessairement limitée. La contrainte budgétaire est là pour restreindre la première tandis que l’investissement agit pour accroître la seconde. C’est la contrainte budgétaire qui nous oblige à faire des choix pendant que l’investissement augmente notre productivité. C’est la seule manière d’acquérir un réel pouvoir d’achat. Les responsables politiques doivent donc encourager les ménages à produire et à investir, notamment en cessant à la fois de les assister et de les surtaxer. La consommation en sera autant le fruit logique que la récompense légitime. Jean-Louis Caccomo, [1] Voir mon article publié dans les Echos « La croissance n’est pas un miracle, ni une fatalité », le mardi 16 octobre 2001, Paris. [2] A ce propos, l’épargne n’est pas une non–consommation, mais un transfert de consommation dans le temps : l’épargnant sacrifie sa consommation présente pour améliorer son niveau de vie dans le futur. C’est son choix et aucun observateur extérieur ne peut en juger la pertinence. [3] Il suffirait d’inventer une nouvelle taxe (la T.C.S, ou taxe pour la croissance sociale). Je fais confiance à nos gouvernants qui ne manquent pas d’imagination en la matière. |
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Septembre 2005 |
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