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L’intelligence médiatique

 L’intelligence économique a suscité cette année l’intérêt de nos ministres. Les responsables politiques ne voyant l’économie que comme un champ de batailles, il était normal qu’ils empruntent à l’art militaire ses méthodes et ses concepts. Car les services d’intelligence ont une origine essentiellement militaire, leur fonction étant d’intoxiquer l’ennemi tout en interceptant et déchiffrant les renseignements les plus utiles. En temps de guerre, c’est une fonction légitime et vitale car la guerre se gagne toujours sur le front de l’information. Mais la paix revenue, il est erroné et dangereux d’assimiler le commerce à la guerre. Quand deux pays se font la guerre, il est rare qu’ils en ressortent gagnants. Le commerce entre individus libres est un antidote à la guerre tandis que le commerce aux mains des Etats est toujours source de conflits (1).

De ce point de vue, l’intelligence économique est une forme sophistiquée et subtile d’intoxication qui revient à manipuler l’histoire, les statistiques, les modèles et la théorie économiques au service d’une propagande officielle, fondamentalement protectionniste et interventionniste. Cette propagande présente l’économie de marché comme une « jungle » dont il faut nous protéger par des frontières qui constituent de véritables fronts à défendre au nom de l’indépendance nationale, des emplois nationaux et de la souveraineté. Des médias faussement indépendants sont l’instrument privilégié de cette propagande bien que le système d’enseignement n’est pas en reste quand on sait comment les programmes des manuels d’économie dans le secondaire sont étroitement surveillés par des syndicats aussi zélés que vigilants à débusquer l’imposture néo-libérale. L’intelligence médiatique est constamment à l’œuvre, notamment dans la presse régionale la plus lue par les français, et qui fleure bon le terroir au nom duquel on découvrira les éternelles rengaines et rancoeurs anti-libérales.

Depuis de nombreuses semaines, cette intelligence médiatique nous prépare à interpréter, dans un seul et unique sens, les résultats du référendum de dimanche : que le oui ou que le non l’emporte, c’est la défaite annoncée du libéralisme ; ce sera un plébiscite pour le modèle social européen, qui ne serait qu’une généralisation au continent européen de la troisième voie française que le monde entier nous envie. C’est d’ailleurs l’extension logique d’une grille de lecture que nous imposent les instituts de sondage et la presse « éclairée » à chaque consultation électorale : quand la gauche perd, c’est qu’elle n’a pas assez fait de « social » ; mais quand la droite perd, c’est qu’elle a été trop libérale !

La réalité est toute autre. Depuis plus de trente ans, il n’y pratiquement pas eu de gouvernement libéral en France et c’est pourtant sur le dos d’un libéralisme, qui n’a jamais été aux affaires, que l’on impute la fracture sociale. Tout l’art de « l’intelligence économique » consiste à nous faire oublier que la fracture sociale est précisément la facture logique d’une politique du « tout social » qui s’obstine à nier des réalités économiques essentielles qu’aucune frontière ne saurait neutraliser.

 Jean-Louis Caccomo


Mai 2005


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