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Le véritable prix des choses : les confusions savantes Un des enseignements majeurs de la théorie économique est de montrer que l’intervention systématique de l’Etat dans l’économie aboutit à perturber le système des prix au point que les acteurs de l’économie et de la société, qui sont amenés à prendre chaque jour des décisions sur la base de ces informations essentielles, ne connaissent plus le véritable prix des choses. En conséquence, soit ils prendront de mauvaises décisions ; soit ils ne prendront plus de décisions du tout. Dans les deux cas, les pouvoirs publics prendront alors prétexte de cette « défaillance » constatée des acteurs privés – qu’ils ont pourtant générée - pour étendre le champ de la réglementation et de l’intervention publique. Il y a tellement d’exemples pouvant illustrer ce propos (pour ne citer que la P.A.C., les tarifs conventionnés dans notre système de santé, la rémunération des professeurs ou des chercheurs de la fonction publique…etc.) que je ne vais pas m’attarder ici sur cette question. J’ai par ailleurs montré la fonction des prix en tant que système d’information que tout bon manuel d’économie se doit de présenter. Je voudrais en fait montrer comment les confusions sont savamment entretenues à propos de la « valeur des choses » en prenant le cas du prix de l’essence qui défraie régulièrement la chronique à chaque tension enflammant le marché du pétrole. Nous entendons communément dire que, dans le prix de l’essence, nous payons en fait 80 % de taxe à l’Etat français. A chaque fois que je donne 1 euro au pompiste, ce dernier reverse 80 centimes à l’Etat. Remarquons tout d’abord que, dans de telles proportions, notre estimé pompiste est surtout un percepteur qui, à l’occasion, nous sert de l’essence. Profitons-en ensuite pour apprécier les deux fonctions du pourcentage. Si l’on considère que la taxe représente 80 % du prix de l’essence, l’application d’une taxe au bien « essence » fait passer son prix à la consommation de 20 centimes à 1 euro, ce qui correspond à un quintuplement du prix de l’essence, soit une augmentation de 400 % ! Le pourcentage permet ainsi d’évaluer une part (80 %) ainsi qu’une progression ou encore appelée taux de croissance (400 %). On mesure mieux combien l’intervention de l’Etat est, dans ce secteur, tout sauf mesurée et délicate. Mais, admettons que l’Etat soit motivé par des intentions bienveillantes, cherchant à encourager les économies des énergies polluantes au nom de la protection de l’environnement en relevant artificiellement le prix de l’essence. Revenons sur cette notion de « prix de l’essence ». En fait, le véritable prix de l’essence est bien 20 centimes (c’est le prix qu’il faudrait payer au producteur sur un marché libre de toute taxation) tandis que la taxe se monte à 80 centimes, soit quatre fois le prix de l’essence. Il est donc faux de dire que la taxe représente 80 % (ce qui est déjà énorme) du prix de l’essence puisqu’elle en pèse le quadruple ! Si la taxe représentait 80 % du prix de l’essence, celle-ci se monterait à 16 centimes (80 % de 20 centimes) ce qui aboutirait à un prix TTC à la pompe de 20 centimes (le prix hors taxe) + 16 centimes (la taxe pétrolière) soit 36 centimes. On est bien loin de notre fatidique euro. S’il est faux de dire que les taxes représentent 80 % du prix de l’essence, il est plus juste de considérer qu’elles représentent 80 % du prix à la pompe. Mais ce n’est plus de l’essence que nous payons à la pompe…mais bien des impôts ! Le marché du pétrole met en présence des Etats, dans les pays producteurs, qui ont mis la main sur la matière première (au nom de l’indépendance nationale) et des Etats, dans les pays consommateurs, qui transforment la consommation d’essence en une véritable pompe fiscale. Dans ce contexte, il est miraculeux que le marché puisse encore fonctionner. Pourtant, ce sont bel et bien les gouvernements qui vont montrer du doigt les compagnies privées à chaque crise pétrolière. Dans un pareil contexte où les mécanismes économiques sont à ce point parasités par l’action étatique et les considérations politiques, les crises sont bel et bien inéluctables. Plus généralement, les consommateurs ne se doutent pas qu’ils paient des taxes au moindre bien ou service consommé (T.V.A.). Ils ne se doutent pas non plus qu’ils ne connaissent plus le véritable prix de ce qu’ils achètent. Et cette confusion est savamment entretenue par une classe politique qui appelle de ses vœux la généralisation des prélèvements obligatoires les plus indolores (C.S.G., R.D.S., T.V.A. sociale…). Or c’est bien la dernière chose à faire si l’on veut que l’économie fonctionne durablement sur des bases solides. Finalement, les français en colère sont prisonniers de leur propre système, étranglés par leurs propres exigences. Ils attendent tout de l’Etat, ce qui induit un dérapage des dépenses publiques auxquelles ils ne sont pas disposés à renoncer, et qui entraîne à son tour une augmentation inexorable des prélèvements destinés à financer ces dépenses acquises. Et ces prélèvements seront de moins en moins indolores. Si cette spirale délétère n’est pas brisée, l’économie française succombera sous le poids d’une fiscalité envahissante et paralysante qui la rend encore plus vulnérable à tout choc extérieur. Jean-Louis Caccomo, |
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Septembre 2005 |
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