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Libéralisme humaniste : pour une société de droit véritableNous avons vu qu’avant d’être une doctrine économique, le libéralisme est une philosophie dont la clef de voûte est l’éthique qui ouvre la voie à une liberté authentique. Mais c’est aussi, pour une grande part, une philosophie des droits, car une société harmonieuse ne peut se bâtir sans droits. Tout comme l’éthique transcende la liberté, elle transcende aussi le droit. Le droit découle de l’éthique car il explicite et précise certaines normes utiles et nécessaires à la vie en société. Comme le dit Saint Thomas d’Aquin, la loi ne peut couvrir tous les champs de la morale mais elle doit en reconnaître les instances. Nous avons vu dans le chapitre « éthique humaniste », qu’il existait des normes objectives et universelles basées sur la structure ontologique de l’homme. Ces normes sont nécessairement conformes à la nature humaine. Elles sont découvertes et explicitées sous forme de droits. Dans son livre Droit législation et liberté F.A. Hayek a donné une approche de l’émergence des règles de droit. Néanmoins elle reste incomplète, car Hayek dans un premier temps, malgré d’excellents critères, n’a pas été capable d’expliquer comment de « bonnes règles » pouvaient émerger. La logique de sélection des règles lui imposait des limites, car la sélection et le fonctionnement du marché eux mêmes n’ont pas de contenu moral. Seul le jugement éthique ultime reposant sur la méthodologie morale peut affirmer s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise règle de droit. F.A. Hayek s’est rapproché de cette explication dans son dernier livre « la présomption fatale » en insistant sur le rôle joué par les coutumes et les valeurs dans le processus de sélection des règles de droit. F.A. Hayek a par ailleurs souligné les dangers du positivisme juridique né au XIXème siècle et qui ont tendance depuis à détruire la conception classique du droit. En effet, le positivisme juridique est une sorte de doctrine utilitariste qui nie le caractère objectif et normatif des règles de droit. Pour eux le droit n’est pas le fruit d’une découverte mais est une invention des hommes au pouvoir. Dans nos démocraties, il est le résultat de la majorité décidante. Toute loi votée est censée être « bonne ». Il n’y a plus de fondement moral. Y-a-t-il « un droit humaniste » ? Certains éléments de la déclaration universelle des droits de l’homme permettent d’y répondre. « Les hommes naissent libres et égaux en droits ». Cette première déclaration sous-entend une notion importante : les hommes naissent avec leurs droits. Il faut le comprendre comme le fait que l’existence pose le droit. Le droit est ancré dans chaque être humain. Chaque personne dès sa conception est donc dotée de droits. Dans la même logique que pour la liberté, les libéraux subjectivistes suggèrent au contraire, que le droit ne se pose que lorsqu’il s’exerce dans l’agir humain : seul sur son île, Robinson Crusöe n’a en quelque sorte pas de droit de propriété puisqu’il ne s’exerce pas vis à vis d’autres personnes. En revanche, l’arrivée de Vendredi le contraint à le faire valoir. En fait, pour les subjectivistes, la frontière entre la non nécessité du droit et leur non existence n’est pas loin. Murray Rothbard a franchi le pas en refusant des droits à l’embryon humain (voire même l’enfant !) sur des critères sociobiologiques : n’ont finalement de droits que ceux qui peuvent les exercer pleinement (1). Ne pas faire valoir ses droits ne signifie pas pour autant qu’ils n’existent pas ! C’est une restriction du droit inacceptable qui conduit actuellement à l’extermination de nombreux embryons par l’avortement. C’est le même fil conducteur qui conduit les subjectivistes à s’attaquer à la personne gravement malade ou âgée impotente en soutenant l’euthanasie. Les droits sont posés dès l’existence de l’être humain et cela jusqu’à sa mort. Personne ne doit les violer tant qu’il existe. La déclaration universelle ajoute également que les droits sont inaliénables. Cela sous entend que personne ne peut y renoncer même de son plein gré, (encore faut-il ne pas avoir toutes ses facultés pour renoncer à une telle protection !). Nous ne sommes pas propriétaire de notre propre corps, car notre corps n’est pas une chose mais une partie de notre personne. Lui porter atteinte est une transgression à la dignité humaine. Les droits sont inscrits dans le cœur de l’homme. Le premier droit fondamental est donc le droit à la vie ou d’une manière plus générale à la dignité humaine. En effet, ce droit recouvre toutes les atteintes à l’intégrité humaine, aussi bien psychique que physique et pouvant aller jusqu’à la mort de la personne humaine. C’est finalement le droit à protéger son existence. Tous les autres droits et libertés dérivent de la dignité humaine. Si nous tuons l’homme, alors les libertés et les autres droits fondamentaux n’ont plus aucun sens. La personne humaine est la source de ses droits. C’est une évidence, qui aujourd’hui, a été obscurcie par de nombreux contre-courants philosophiques. Ce droit a été largement négligé depuis la crise éthique du début du XXème siècle et par les idéologies athées communistes et nazies. On ne peut affirmer comme Murray Rothbard, que le droit à la propriété privée est la clef de voûte de tous les droits. Il est subordonné à la dignité humaine, car sans homme il n’y a pas de propriété privée. Par conséquent tous les droits et libertés fondamentales sont subordonnés à la dignité humaine. En effet, exercer la liberté d’expression ou un droit de propriété suppose que l’on ne porte pas atteinte à la dignité humaine d’autrui. Cela sous-tend que l’exercice des droits et libertés est examiné au regard de la dignité humaine et qu’ils sont par là limités par ce droit supérieur. Inversement, dans une certaine mesure, on peut affirmer que porter atteinte aux libertés et droits fondamentaux, c’est porter atteinte à la dignité humaine, à la nature humaine. C’est pour cela qu’il faut militer pour sauvegarder et garantir ces droits. Le grand apport de la philosophie libérale est d’avoir compris que pour bâtir une société harmonieuse, il fallait garantir les droits fondamentaux et les faire respecter. Le droit est le fondement de la société, en dehors de toute question politique. Il faut insister sur la négligence qui a été faite à propos du droit à la dignité humaine. Une société qui défend, comme aujourd’hui, les droits fondamentaux en omettant la dignité humaine ne peut que péricliter. Les droits ne peuvent que progressivement s’étioler, car leur fondement même n’est plus protégé. « L’homme devient un loup pour l’homme » pour reprendre l’expression de Thomas Hobbes. Or, notre société s’enfonce dans une culture de mort, créant un climat de défiance, de désespoir et de déprime. Il suffit de voir le malaise au sein des équipes soignantes dans les services où l’on pratique l’euthanasie ou l’avortement. Si nous voulons bâtir une société harmonieuse, comme l’a appelée de ses vœux Frédéric Bastiat, il nous faut réaffirmer la protection pleine et entière de la personne humaine, source de tout droit et combattre toute forme de positivisme juridique. David Valancogne (1) c’est une régression du Droit, car il s’agit en fait d’un retour à la conception antique de la liberté et des droits. Seuls les citoyens athéniens pouvaient jouir pleinement de la liberté et des droits s’y rattachant. C’est un Droit arbitraire et non normatif. |
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Décembre 2005 |
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