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La décentralisation ou la ruine annoncée

Tel était le tritre d’un flash de Tocqueville Magazine il y a environ trois ans alors que Raffarin annoncait ses projets de décentralisation. Pari gagné.

Grâce à l’excellent journal, le Cri du contribuable de l’association Contribuables Associés, une annonce parue le 30 août 2005 dans le journal de gauche bien connu, le Monde,  a été sortie de l’oubli.

Elle publie des offres d‘emploi du conseil général du Pas-de-Calais. Lisez, pauvres contribuables-moujiks.

On cherche à pourvoir 12 postes de directeurs avec deux directeurs de pôle. Nous n’énoncerons pas les titres ridicules et inutiles des autres directeurs. Il y a 1 500 nouveaux agents à intégrer.

On peut avoir  « bobo la tête » quand on sait qu’aucun poste de fonctionnaire n’est supprimé à l’échelon central suite  à cette  deuxième décentralisation, succédant à la première, celle de Deferre.

Tous calculs faits au niveau national, les autres collectivités locales ayant du faire de même que le Pas-de-Calais, nous arrivons à une dépense totale annuelle supplémentaire de 22,5 milliards d’euros ou de  147,6 milliards de francs.

Le Bonhomme Raffarin, en annonçant son mirifique projet,  s’était référé à la première décentralisation.  Or, le scandale de celle-ci, contrairement aux louanges convenues, c’était le déchaînement des appétits. Chacun connaît le faste des palais régionaux et départementaux qui sont largement à l'origine de l'effet de ruine et des multiples problèmes ; chacun connaît aussi grâce aux cumuls la formidable augmentation de richesse qui en est résultée pour les politiques.

A l’époque, on avait  vu le sémillant Jack Lang indiquer que, si on décentralisait davantage, il y aurait de l’inégalité entre les régions, par exemple dans le domaine de l’éducation et qu’il faudrait faire des péréquations. Sans attendre, Raffarin s’était aligné et avait  confirmé qu’il y aurait des péréquations.

De qui se moque-t-on ? Si on voulait décentraliser vraiment, ce serait pour accepter l’inégalité. L’inégalité est créatrice dans tout les domaines ; accepter le mythe de l’égalité c’est entrer dans la vulgate marxiste. Pour soi-disant l’éviter, Raffarin a créé des usines à gaz sous forme d’un déluge de lois et règlements.

Il était évident, pour tous les connaisseurs,  qu’il n’y aurait aucune économie mais accroissement des doublons comme cela s’était déjà produit dans la décentralisation « Defferre ».

C’est d’autant plus grave que les édiles locaux sont souvent les mêmes que les édiles nationaux qui trouvent avec ces cumuls  l’occasion de se bâtir ce qu’ils appellent entre eux un « fief », pour que tout le monde comprenne bien de quoi il s’agit en fait.

L'un des arguments mis en avant par les médias était que l'on rapprocherait les décisions du peuple et ce sont les mêmes qui accusent de "populisme" ceux qui veulent s'opposer si peu que ce soit à leurs desseins ruineux. On faisait miroiter des référendums et beaucoup s’étaient laissé prendre à cette apparence de démocratie. Mais on prend toujours grand soin d'éviter le référendum d'initiative populaire ; l'exemple de la Suisse, un des rares pays vraiment démocratiques, fait trembler de peur les politiques car ils voient bien que le peuple suisse parvient à freiner ou arrêter leurs camarades suisses dans certaines entreprises vraiment ruineuses.

On devait  transférer des compétences aux régions. C'est le cas par exemple de la « création d'entreprise » que l'on a  "confié" aux régions : en quoi l'intervention de fonctionnaires et d’élus régionaux, par nature aussi incompétents que les fonctionnaires et élus centraux, améliorerait-elle la création d'entreprise ?

Raffarin, à l’époque, pour se justifier voulait  « libérer les énergies ». Ce n’est pas les énergies publiques qu’il faut libérer ; il faut, au contraire, faire reculer l'Etat au profit du marché et au plus vite. Mais pour y parvenir, il faut croire aux vertus du marché et de la liberté, ce qui n’est nullement le cas du pouvoir en place.

La nouvelle décentralisation est un nouveau permis de ruiner accordé aux collectivités locales. N’oublions pas que ce permis de ruiner s’augmente dramatiquement par la faculté d’emprunter, faculté caressée du regard par les banquiers, la main grande ouverte sur les importantes commissions d’usage.

L’annonce parue récemment dans le journal le Monde indique clairement l’origine de l’explosion des impôts locaux dont la presse se plaint de plus en plus !

Michel de Poncins

Novembre 2005

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