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Euro : le roi est nu
Le fabuleux événement, depuis la victoire du non, est que dans deux pays au moins et pas des plus petits, l’Allemagne et l’Italie, des voix autorisées réclament ouvertement sa destruction. Est-ce le début du début de la fin ? C’est une heureuse surprise mais pas une vraie surprise puisque l’on pouvait prévoir que l’Euro éclaterait un jour. Les eurocrates se défendent avec vigueur en haussant les épaules. Leur défense même est ambiguë car ils montrent justement la vraie calamité qu’est l’Euro. Trichet a dit sans rire que si l’Euro n’existait pas les Italiens, les Français et d’autres ne pourraient pas emprunter ou sinon plus cher qu’aujourd’hui. C’est bien avouer que l’Euro permet aux pays correspondants de ruiner leurs habitants par des politiques indignes, tout en causant des dommages collatéraux aux pays sages qui sont parfois les moindres ! Sans l’euro la France n’aurait pu se dévergonder avec les 35 heures. Autre indication, Jean-Pierre Petit, chef économiste à la BNP, n’hésite pas à écrire : « l’union monétaire a plutôt désarmé l’esprit de réforme au lieu de le stimuler. » et il pose la question de l’implosion éventuelle de l’Euro comme cela s’est passé au XIX° siècle pour d’autres monnaies communes. Il ne manque pas au passage de déplorer les dégâts dans l’emploi et l’investissement. Quelle part prend l’euro dans la paupérisation évidente de la France ? Personne ne pourra jamais la calculer. Aux dégâts actuels, il faut ajouter d’autres éléments au passif de l’euro et d’abord les investissements initiaux. Dans tout projet qu’il soit minime ou de grande envergure le secret de la richesse est de rentabiliser les investissements. S’ils ne sont pas rentabilisés normalement, l’argent est définitivement détruit et ne se retrouvera jamais ; c’est ce qui est arrivé aux investissements initiaux en faveur de l’euro, cet effort gigantesque jouant son rôle dans la paupérisation générale du pays.. La liste de ces coût initiaux est immense toute la vie nationale ayant été perturbée gravement. L’évaluation du total est évidemment impossible ; le chiffre de deux mille milliards de francs a pu être avancé à l’époque d’autant plus que l’opération s’est étendue dans le temps. Dans l’appréciation de la calamité il faut enregistrer que ces dépenses initiales furent pour une large part des dépenses publiques, lesquelles par nature sont, en elles-mêmes, un facteur de ruine pour l’économie. Mais il faut ajouter dans les coûts initiaux, les dommages irrémédiables infligés à l’économie par le maintien sur une longue période d’un taux de change irréaliste, ceci uniquement pour des préoccupations dogmatiques comme il a été décrit souvent. Ces dommages s’expriment encore à présent dans les taux ridicules de croissance de la zone euro, dont la presse nous donne les statistiques ces temps-ci. Dans les coûts annuels et récurrents de l’opération euro, il faut compter des éléments plus subtils. Parmi les prétendus avantages on avait célébré la possibilité de comparer des prix. C’est l’inverse que nous avons eu, à savoir la perte des repères financiers pour des millions de personnes. Tous nous avons des chiffres dans la tête : prix des appartements, des voitures et bien d’autres. Un calcul économique efficace et porteur de richesse implique comparaison et réflexion. On nous avait dit que nous pourrions comparer le prix de la machine à laver à Brest avec celle de Düsseldorf : qui ira courir à Düsseldorf pour acheter sa machine ? En revanche nous sommes coupés de notre passé financier ce qui est gravissime pour la gestion. La perte qui en résulte encore par les erreurs de gestion qui en découle ne peut être évaluée. Il s’ajoute évidemment l’effet inflationniste de l’euro qui est certain même s’il est incalculable sincèrement.
Pour terminer voici une citation utile. Monsieur Giscard d’Estaing lui-même a écrit, le 12 novembre 1997, dans le Herald Tribune : « Je ne vois pas à quoi l'Euro va servir sinon à perturber gravement le monde des affaires. A chaque fois que je pose la question de savoir si c'est une bonne chose de réaliser la monnaie commune, j'entends toujours la même réponse : il faut le faire parce que nous ne pouvons pas nous permettre le luxe d'être laissés de coté. Les responsables des gouvernements portugais, espagnols et italiens m'ont tous fait cette réponse, sans m'apporter la moindre explication. Je n'ai jamais entendu sur ce problème que de mauvais arguments."
Michel de Poncins. |
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Juin 2005 |
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