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Malgré les attaques récentes, les flexibilités créent bien des emplois

Les poncifs sont tenaces et on voit resurgir dans la presse, peut-être à l'occasion des contrats nouvelles embauches, pleins d'espoir, des doutes à propos de l'efficacité des flexibilités sur la conservation ou la création d'emplois. Ces erreurs ont une double excuse. La première, c'est qu'il n'est pas évident pour des personnes peu compétentes que les libertés d'embaucher et de licencier puissent créer plus d'emplois nouveaux qu'elles n'en maintiendraient d'anciens, même inutiles.

La seconde excuse est le retard dans les statistiques. Pour reprendre l'irritant et inépuisable problème des 350.000 Enca, les « emplois nouveaux à contraintes allégées » du CNPF, emplois que j'avais promis de sauver ou de créer si on supprimait en 1986 cette contrainte majeure de l'autorisation administrative de licenciement, ces sauvetages ou créations devaient s'étaler sur dix-huit mois. Les résultats chiffrés ne furent donc connus que deux ans plus tard, en 1988, et dans l'intervalle nos détracteurs s'en donnèrent à coeur joie pour dénoncer l'échec prévisible de l'opération en cours. Ces accusations gratuites laissèrent des traces. Et pourtant, les chiffres totalement concordants exprimés en 1988 par l'Unedic et par l'Insee furent incontestés et incontestables : ils apportaient la preuve scientifique que le pari des Enca avait bien été gagné. La prévision de 350.000 emplois sauvés ou créés s'était même transformée en fait en 375.000.

La courbe ci-contre est éloquente : les emplois salariés français hors agriculture étaient descendus de façon totalement linéaire et, semble-t-il, incoercible, de 13.957.000 en 1982 à 13.393.000 au 30 juin 1986, et cette chute inextinguible n'avait aucune raison de s'arrêter. Or le miracle se produisit le 1er juillet 1986, lorsque le nouveau gouvernement annonça la suppression de cette fameuse autorisation de licenciement, forme la plus élaborée de rigidité sociale. La courbe bondit subitement et passa de 13.393.000 emplois au 30 juin 1986 à 13.522.000 au 31 décembre 1987, puisque le délai prévu pour le redressement était de dix-huit mois.

Ainsi 375.000 emplois ont été sauvés ou créés, se décomposant en 246.000 sauvés et 129.000 créés totalement nouveaux. Les sceptiques n'ont pas crié au trucage des chiffres, certes, mais ne désarmèrent pas et prétendirent que ce soubresaut surprenant était dû à une croissance retrouvée. Ils se sont trompés puisque la croissance n'est revenue que plus tard, en 1988, d'après les statistiques : 1986, + 2,4 % ; 1987, + 2,2 % ; 1988, + 4,3 %.

Nul ne peut nier que le pari des Enca a bel et bien été gagné en 1986 et 1987. On le voit, la campagne actuelle qui repart contre les flexibilités et pour les rigidités n'a pas de fondement. Si les rigidités peuvent maintenir artificiellement en sursis des emplois du passé, souvent dépassés, voire inutiles, ce sont les flexibilités qui permettent la création des emplois nouveaux, des emplois de demain. Ici, l'effet est largement psychologique et nous ne le nions pas. Mais un chef d'entreprise n'embauche pas s'il n'est pas sûr de pouvoir ultérieurement adapter ses effectifs à ses commandes.

Les salariés, eux, l'ont bien compris. Si on bouche un tuyau à la sortie, on le bouche aussi à l'entrée. Avec un certain délai, l'aval conditionne l'amont. Dans leur livre bien documenté, Cahuc et Zylberberg démontrent avec des chiffres précis que les sociétés qui autorisent le plus de flexibilités dans l'emploi sont précisément celles où le chômage est le plus faible. Si certains conservateurs irréductibles persistent à refuser, comme incongrue, l'expression « flexibilité sociale », dont l'efficacité est aujourd'hui prouvée, qu'ils la remplacent tout simplement par « souplesse », qui ne semble choquer personne, mais, de grâce, qu'ils ne calcifient pas des emplois qui ne pourront perdurer que par leur adaptabilité.

Yvon Gattaz

Président de l'Association des moyennes entreprises patrimoniales et de Jeunesse et Entreprises.

Le Figaro

Septembre 2005

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