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La SNCM ou l’Etat poltron
Refusant d'assumer ses responsabilités de patron, l'Etat français a
géré la SNCM (Société nationale Corse-Méditerranée) à coups de
subventions - trente mille euros par salarié, par an - conduisant ainsi
la compagnie à la situation de faillite virtuelle qu'elle connaît
aujourd'hui. Première lâcheté.
La mission de "service public" de la SNCM étant désormais assurée,
mieux et moins cher, par deux opérateurs privés, rien ne justifie de
sauver la SNCM de la faillite. Rien, sinon la peur du "conflit social".
Résultat : l'Etat y va à nouveau de sa poche - c'est-à-dire : la nôtre
- , à concurrence de plus de cent millions d'euros cette fois, en
violation manifeste des règles européennes. Deuxième lâcheté.
Mais tout cela ne suffit plus. Les syndicalistes vivent dans une
réalité parallèle, une réalité où la loi n'existe pas. Le repreneur
choisi par l'Etat ne leur convenant pas, les syndicalistes de la CGT et
du STC entament aussitôt un mouvement de grève qui prend rapidement un
tour insurrectionnel (séquestrations, destructions de biens, blocus des
ports, ...). Résultat : l'Etat cède une nouvelle fois, en faisant
entrer dans le capital de la SNCM l'entreprise que les syndicats
exigeaient d'y trouver, et en restant actionnaire à concurrence de 25%.
Troisième lâcheté.
Mais même cela ne suffit pas. Ayant eu l'outrecuidance d'interpeller
quatre syndicalistes criminels, l'Etat se voit à présent confronté à
une flambée de violence qui dépasse largement le cadre de la SNCM,
paralyse l'économie corse, menace l'approvisionnement de l'île et de la
région PACA et se donne les couleurs de la guerilla urbaine.
Ici, deux possibilités. Soit l'Etat cane une nouvelle fois, par exemple
en garantissant aux syndicalistes la libération prochaine et discrète
de leurs "camarades" incarcérés. Soit l'Etat refuse de céder et exige
le retour du syndicalisme dans le giron de la légalité.
Il faudra bien, un jour, arrêter de céder.
"Un pouvoir qui écoute doit, une fois la décision prise, s'efforcer de
ne point reculer s'il est persuadé d'œuvrer pour le bien commun. A
charge pour lui de bien distinguer l'amont - le temps de la
concertation - de l'aval, celui de l'action qui n'exclut pas la
fermeté, nécessaire face à des minorités catégorielles de plus en plus
structurées et qui pratiquent la surenchère dans la violence. (...) La
Ve République parviendra-t-elle à rompre le cycle infernal ou
sombrera-t-elle dans le déshonneur ?" (Dominique de Villepin, Le Cri de
la gargouille, Poche, pp. 97-100).
Drieu Godefridi
Directeur de l'Institut Hayek |