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Après les attaques contre New York, Madrid et Londres, la
ville de Paris est-elle suffisamment préparée ? Triste anniversaire que celui de ce 11 septembre 2005. Aux images sans équivalent dans l'Histoire, et encore présentes dans toutes les mémoires, de ces avions civils se désintégrant dans les tours de Manhattan, en tuant des milliers d'autres civils innocents, s'ajoutent celles, plus proches, des victimes de Madrid en 2004 puis de Londres il y a tout juste quelques semaines. Mais, comme pour nous rappeler l'extraordinaire fragilité des concentrations urbaines modernes, voici que les éléments aussi apportent leur lot de dévastations, avec le tsunami au début de l'année en Asie, puis, tout récemment, l'ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans. Actes de Dieu ou de fous de Dieu, ce type de catastrophe, à très grande échelle, ne peut plus rester à l'écart du débat public. D'abord, parce que depuis la nuit des temps c'est le besoin de sécurité des biens et des personnes qui fonde la légitimité même de la puissance publique. Ensuite, parce que dans une société démocratique digne de ce nom les citoyens ont le droit de savoir ce que les autorités font ou ont fait pour se prémunir contre de tels risques, comment elles se préparent pour les gérer au mieux. Ce débat a eu lieu aux Etats-Unis après le 11 Septembre, entraînant la création d'une nouvelle agence gouvernementale, chargée de coordonner la lutte antiterroriste et la défense du territoire (la Homeland Defense), il a rebondi ces derniers jours après la gestion calamiteuse de la catastrophe de La Nouvelle-Orléans. Mais quid, alors, de Paris et de la France ? Après New York, Madrid et Londres, mais aussi après Bali, Casablanca, Charm el-Cheikh et combien d'autres lieux frappés par le terrorisme, une réalité incontournable s'impose à nous : nous vivons bien à l'heure du terrorisme de masse, d'une quatrième guerre mondiale qui ne dit pas son nom, sans Etats ni uniformes, mais dont les combattants cherchent bien à nous détruire pour ce que nous sommes. Et la France, à commencer par notre capitale, n'est évidemment pas à l'abri. A ceux qui douteraient encore de la réalité de cette menace, il devrait pourtant suffire d'écouter en version originale les récentes déclarations aux médias des représentants français d'al-Qaida (sur la chaîne al-Arabiya, le 5 août) promettant, dans la langue de Molière, «d'égorger... et de tuer autant d'Européens que possible», pour comprendre que nous serons, nous aussi, inévitablement, pris pour cible. On peut penser que ce n'est malheureusement qu'une question de temps. Fort heureusement, la France est l'un des pays qui, au niveau de ses services – qui dépendent chez nous du ministère de l'Intérieur –, fait le plus en matière de prévention du terrorisme, en termes de renseignement, de démantèlement des filières, de lutte contre l'islamisme radical, les prédicateurs extrémistes et autres prêcheurs de haine. Ces efforts doivent être poursuivis sans relâche et de la manière la plus énergique. Je ne puis donc que soutenir sans réserve le projet de loi antiterroriste que Nicolas Sarkozy entend, au nom du gouvernement, soumettre prochainement aux députés afin de renforcer nos moyens d'action dans ce domaine, qu'il s'agisse du développement indispensable de la vidéosurveillance ou de la conservation, nécessaire aux enquêtes, des données téléphoniques et informatiques. Mais, pour autant, est-ce assez ? Certaines mesures doivent être prises à l'échelon national, et on ne peut que se féliciter qu'elles le soient, mais d'autres requièrent de l'initiative, du courage et de la volonté politique au niveau local. Or qu'a-t-on fait à Paris depuis le 11 septembre 2001 en termes d'information du public, d'exercices ou de préparation à de possibles attentats du type de ceux qui se sont produits à Londres ? Où sont les initiatives de l'actuel maire de Paris – dont je rappelle qu'il a été élu en mars 2001 – en ce domaine ? A ces questions, pourtant légitimes, ne répond que le silence d'un vide sidéral – et véritablement sidérant. Fluctuat nec mergitur, peut-être, pour l'instant en tout cas. En dehors d'afficher le portrait des otages sur le fronton de l'Hôtel de ville ou de dédier telle Nuit blanche aux victimes du terrorisme, l'action de la municipalité a été tout simplement inexistante : pas l'ombre d'un débat n'a été tenu au Conseil de Paris, pas la moindre consultation engagée avec les élus de l'opposition municipale. Pourtant, nous sommes bien tous à bord du même navire, et le temps vire à l'orage. Katrina l'a montré : il appartient pourtant aux autorités élues d'alerter l'opinion et de veiller à ce que tous les services concernés soient prêts à faire face, le moment venu. Or ce moment, nous ne le choisirons pas. Peu me chaut que les esprits chagrins m'en fassent le reproche, je suis – et l'admets sans détour – un obsédé de la sécurité de mes concitoyens. Ayant, dans ma circonscription du centre de Paris, la zone des grands magasins, les Champs-Elysées et Saint-Lazare, où passent chaque jour plus de 2 millions de personnes, je suis proprement atterré par les possibles conséquences d'un attentat terroriste de grande ampleur, a fortiori s'il devait être commis en faisant usage d'armes de destruction massives, nucléaires, radiologiques, bactériologiques ou chimiques. Or nous savons précisément que les groupes terroristes radicaux cherchent à se doter de telles armes. Nous sommes malheureusement quelques rares élus parisiens à prendre réellement à coeur ces sujets. Ces derniers mois, en ce qui me concerne, j'ai été voir le chef de la police de New York pour étudier avec lui les conséquences que sa ville avait tirées du 11 Septembre en matière de prévention mais aussi d'organisation des secours. A Paris, j'ai rencontré tous nos responsables en matière de sécurité civile (police, pompiers, services de santé) qui travaillent sur ces questions et, très récemment, une réunion sur le risque de terrorisme nucléaire, bactériologique ou chimique avec la plupart des spécialistes français de la question et en présence de mon ami Sam Nunn, ancien sénateur (démocrate) des Etats-Unis, qui copréside, avec Ted Turner (le fondateur de CNN), une ONG internationale originale, Nuclear Threat Initiative. Sans se limiter à la sensibilisation du public à ces questions, NTI cherche aussi à promouvoir une sorte de défense de l'avant, en inspirant, soutenant, voire en relayant les efforts du G 8, depuis le sommet de Kananaskis en 2003, pour recenser, contrôler et, si possible, éliminer ce type de risques à la source. Nous parlons ici des milliers d'armes nucléaires tactiques éparpillées en Russie notamment, des matières fissiles (plutonium, mais aussi uranium enrichi) que l'on trouve à travers pas moins de 44 pays, dans les 550 réacteurs expérimentaux que compte la planète, ou des substances bactériologiques ou chimiques, qui par la dispersion et la vulgarisation du savoir qui les concernent représentent probablement le problème le plus sérieux à long terme, ce qui impose de travailler, dès aujourd'hui, en contact étroit avec la communauté scientifique de par le monde. La prochaine campagne municipale à Paris, y compris la primaire interne au sein de l'UMP, doit donner l'occasion d'ouvrir le débat devant les Parisiens sur ce dossier dont je mesure l'extrême difficulté et la sensibilité dans l'opinion publique. Mais il est inimaginable que le maire de Paris reste à l'écart de cette problématique. Tout au contraire, il devrait avoir, à mon sens, un rôle central, en étroite coordination avec le préfet de police, dans tout dispositif de lutte contre le terrorisme dans la capitale. Au lieu de faire «citoyens d'honneur» de la Ville de Paris des personnages comme Abou Jamal ou, à grand renfort de publicité, de placer sous «la protection de la ville» un ancien brigadiste comme Cesare Battisti, il est grand temps, je crois, de remettre de l'ordre dans la maison et de changer cet état de choses. Réveillons Paris, avant que le cauchemar apocalyptique du djihad ne se transporte jusque dans notre capitale !
Pierre Lellouche Le Figaro |
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Septembre 2005 |
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