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Les vraies raisons des émeutes

Un père de famille battu à mort sous les yeux de ses proches, une femme handicapée brûlée vive dans un bus, un gardien d’immeuble assassiné pour avoir osé éteindre une poubelle… Comment ne pas être frappé d’horreur par des actes aussi barbares et atroces ? Comment les journalistes bien-pensants peuvent-ils encore s’interroger sur l’emploi du mot « racaille » pour désigner des individus remplis de haine qui molestèrent, incendièrent, massacrèrent tout ce qui se trouve être différent d’eux ? Comment peut-on donner des excuses sociétales à des criminels qui abusent de la mansuétude de notre société pour porter le feu et le sang dans nombre de nos villes soumises à leur régime de terreur ?

Au-delà de l’émotion légitime qu’inspirent ces actes inqualifiables, il devient urgent de s’interroger sur les causes profondes de tant de violences. La situation est d’autant plus inquiétante que le phénomène des émeutes urbaines, apparu à Vaulx-en-Velin il y a plus de 20 ans, tend à se renforcer et à s’étendre d’année en année. Autrefois circonscrites aux banlieues des grandes villes industrielles, les émeutes touchent maintenant les villes moyennes. Après-demain, si nous ne faisons rien, la plus petite localité du fin fond de la campagne sera enflammée par des hordes de barbares sans foi ni loi.

Les émeutes urbaines représentent la face spectaculaire d’une profonde crise des banlieues. Délinquance multiple, emprise de la mafia, montée de l’islamisme, autant d’illustrations d’une crise qui reste à expliquer rationnellement. Aussi la question fondamentale est la suivante : quelles sont les raisons structurelles de ce fameux « malaise des banlieues » qui envahit périodiquement la Une des médias ?  

Le chômage, un coupable idéal ?

Du sociologue à l’homme politique, tous s’accordent pour dénoncer le chômage comme le principal responsable de la crise. L’explication semble extrêmement convaincante : deux fois plus élevé que pour la moyenne nationale, le chômage touchant ces quartiers alimente la désespérance et l’oisiveté, les deux mères de toute violence. Les émeutiers, frappés de plein fouet par l’absence de perspectives professionnelles, n’auraient plus d’autre moyen que de lapider les forces de l’ordre pour exprimer leur malaise et leur souffrance.

La thèse du chômage à l’origine des violences semble idéale, à la nuance près que la moyenne d’âge des émeutiers tourne autour de… 16 ans. Or comment des mineurs encore peuvent-ils déjà souffrir du chômage, alors qu’ils ont seulement l’âge d’aller à l’école ? Par anticipation générationnelle ? Restons sérieux : si les mineurs sont les acteurs principaux de ces émeutes urbaines, cela signifie que le chômage est totalement étranger à cette crise.  

Par ailleurs, si le chômage était directement responsable des émeutes qui secouent régulièrement nos banlieues, comment expliquer que nos centres-villes, où réside une proportion tout de même assez importante de chômeurs, ne connaissent absolument pas ce genre de phénomène ? La réalité, c’est que les émeutes urbaines sont typiques des banlieues, ou plus exactement des personnes qui y résident.

La misère urbaine, une invention de sociologue ?

Une autre explication prisée par les sociologues serait la misère urbaine qui caractériserait ces quartiers difficiles. Malheureusement, la notion de pauvreté est toujours relative à une moyenne nationale, ce qui signifie que toute explication par la pauvreté risque d’induire les Français en erreur sur le niveau de vie véritable des habitants des banlieues.

Or, grâce à notre modèle social fondé sur la redistribution des richesses, les habitants de nos banlieues bénéficient d’un niveau de vie comparativement bien plus élevé que dans d’autres pays. En clair, les 10% des Français les moins riches ont un niveau de vie bien plus enviable que les 10% les plus riches d’un pays comme le Cambodge. Or, on n’a jamais vu les 10% des Cambodgiens les plus aisés (ou les moins pauvres) lancer des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre… La misère, prise en termes absolus, n’explique donc nullement le phénomène des émeutes urbaines. D’autant que les habitants des banlieues sont les premiers à bénéficier de la générosité publique à travers les allocations logement, le RMI ou les allocations familiales qui arrosent financièrement les familles nombreuses dont font souvent partie les jeunes émeutiers.

Les discriminations, une contre-vérité ?

Phénomène unanimement dénoncé par les médias et associations, la discrimination raciale dont seraient victimes les habitants des banlieues serait, avec le chômage, une cause évidente du malaise qui s’empare des jeunes émeutiers. La thèse est séduisante, d’autant qu’elle conforte l’hallucinante tendance occidentale à l’auto-flagellation et à la culpabilisation post-chrétienne. Les Français seraient intérieurement racistes, la Colonisation et la Traite des Noirs le prouvent, ils n’auraient donc que ce qu’ils méritent.

Là encore, avant tout esprit de polémique, il faut être précis sur les faits. Comme nous l’avons déjà dit, les émeutiers sont tous de jeunes gens, très souvent mineurs. Or les mineurs sortent rarement de leurs quartiers vidés d’autochtones français, et leurs fréquentations se limitent à des personnes très majoritairement issues de l’immigration. Par conséquent, ils ne peuvent en aucun cas subir la moindre discrimination raciale, encore moins à l’embauche et au logement, étant précisément des mineurs ! La seule discrimination raciale possible est celle exercée, en toute éventualité, par la police. Admettons que certains comportements de la police exaspèrent localement certains jeunes. Mais alors, comment expliquer que les pompiers subissent exactement le même sort que les policiers caillassés par des fils d’immigrés en colère ? Parce que les pompiers opéreraient des actes de discrimination raciale en éteignant des feux de poubelles ?  Trêve de mensonges : les émeutiers embrasent leurs quartiers pour des raisons étrangères au phénomène de discrimination raciale qu’eux-mêmes ne connaissent pas, n’ayant jamais eu besoin de rechercher un logement ou de passer un entretien d’embauche.

Pourtant, les habitants des banlieues sont confrontés à une authentique discrimination… en leur faveur ! Depuis plus de 20 ans, des milliards d’euros ont été investis dans la création d’écoles, d’infrastructures sportives, de zones franches, de structures préférentiellement accordées aux habitants de ces quartiers. Aucunes autres zones urbaines n’ont bénéficié de tant d’efforts publics sur des années. Avec l’effet que l’on connaît : le remerciement très particulier des émeutiers lançant des engins incendiaires contre des crèches, des écoles, des entreprises génératrices d’emplois.

La crise des valeurs

Chômage, misère, discriminations, autant de facteurs impuissants à expliquer efficacement les émeutes urbaines. Bien sûr, il serait malhonnête de les exclure totalement dans l’amplification d’un phénomène qui prospère sur un terreau socialement disqualifiant. Cela dit, la persistance d’un chômage élevé, le différentiel de richesses, les cas ponctuels de discriminations ne font que de jeter de l’huile sur le feu d’une crise qui touche aux fondements mêmes de notre société cosmopolite.

Car qui sont les émeutiers ? A l’évidence, il s’agit d’individus très jeunes, souvent mineurs, d’origine maghrébine ou sub-saharienne. Selon un rapport du Figaro du 11 novembre, les jeunes Noirs y sont surreprésentés. Or la jeunesse extrême des émeutiers met le doigt sur le problème crucial de l’autorité parentale dans les familles d’origine maghrébine ou sub-saharienne dans ces quartiers.

Souvent très nombreuses, les familles immigrées de condition modeste ne peuvent toujours exercer un contrôle efficace sur leur progéniture. De manière générale, les jeunes impliqués dans les actes de délinquance  appartiennent à de nombreuses fratries où l’autorité du grand frère s’est substituée à celle du père. Les parents, n’ayant jamais cherché à maîtriser leur fécondité excessive, se trouvent débordés par des jeunes dont la véritable famille est celle de la cage d’escalier plutôt que celle de l’étage. Par ailleurs, dans les familles traditionnelles africaines, c’est le village tout entier qui s’occupe de l’éducation des enfants, aussi leur parait-il normal de laisser leurs enfants traîner dans la rue, avec les mauvaises fréquentations qu’on imagine. La crise générale des familles dans les sociétés occidentales, bien que concernant tous les milieux, touche plus particulièrement les familles fragilisées par le déracinement culturel et moral, ainsi les familles immigrées de condition modeste.

Nous le voyons, le choc culturel entre des habitudes archaïques issues de l’Afrique et un Occident en crise de valeurs morales explique efficacement la démission parentale des familles immigrées de condition modeste. Avec pour conséquence, l’effacement des valeurs centrales de respect et de civisme que connaissent les jeunes des cités. Ensuite seulement le chômage et la condition sociale aggravent une situation explosive née de la confrontation entre deux mondes antinomiques.

Et si on parlait d’immigration ?

Car derrière tout cela, quel est le phénomène à la racine du mal ? De toute évidence, c’est une immigration massive et incontrôlée qui est à l’origine de ce choc moral et culturel dont nous subissons les effets néfastes aujourd’hui. Parce que nous avons délibérément choisi depuis les années 70 une immigration de peuplement au lieu d’une immigration de travail, nous avons développé les conditions propices à une dérive sécessionniste dans les banlieues à majorité immigrée. Malgré l’urgence d’un coup d’arrêt migratoire, nous continuons à accueillir chaque année, à travers le regroupement familial, plus de 200 000 personnes insuffisamment qualifiées et auxquelles nous ne pouvons proposer ni travail ni logement. Avec pour conséquence, le renforcement d’un prolétariat de mécontents immigrés qui se tournent progressivement vers de nouvelles représentations communautaires, au risque d’allumer une authentique guerre civile dont nous ne mesurons l’ampleur.

Car quel est le principal bénéficiaire des émeutes urbaines ? Ne nous voilons pas la face : l’islam politique sort grand vainqueur de la crise. L’islam politique, UOIF en tête, est devenu le médiateur obligé du gouvernement pour calmer les esprits. Par sa fonction structurante, il remet de l’ordre dans les banlieues livrées à l’anarchie, au risque de détourner à son profit des immigrés n’ayant plus de compte à rendre ni à la France, ni à la République. Mus par une rare intelligence, les islamistes pénètrent dans la République pour mieux en prendre le contrôle de l’intérieur. Avec les émeutes urbaines, les islamistes ont remporté une première bataille. Sommes-nous condamnés à perdre la guerre ?

Constant Rémond

Novembre 2005

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