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Arrêtez le massacre !
Lettre ouverte aux politiques de tous les partis *
Qu'avez-vous fait de ce pays ? C'est à vous tous, hommes et femmes
politiques de tous les partis, que j'adresse cette question. Êtes-vous
conscients que l'extension continuelle de vos pouvoirs et de vos
prélèvements a provoqué l'inquiétude, le désespoir ou la lassitude ? Des
siècles de civilisation, d'efforts, de goût du travail bien fait sombrent
dans un désastre: une société sans espérance et conflictuelle, l'oubli des
valeurs morales, la pauvreté et le chômage, le mépris du travail.
Enfermés dans votre logomachie sur le modèle social français – que le monde
nous envierait, mais qui est en réalité un objet d'étonnement et de dérision
–, vous continuez imperturbablement à promettre la croissance, la fin du
chômage, la disparition des inégalités. Et pour cela vous dépensez toujours
plus, vous contrôlez toujours plus, vous achetez des clientèles électorales
avec l'argent que vous soutirez sans scrupule à ceux qui l'ont gagné par des
efforts surhumains, d'autant plus surhumains que vous captez la plus grande
partie de leurs fruits.
Vous vous gargarisez de politiques-gadgets – plans de modernisation sociale
et de cohésion sociale, prêts à taux zéro, stimulation de la consommation,
primes et aides variées – qui ne font que renforcer le mal et dont les
mauvais résultats sont donc le prétexte de nouveaux gadgets. Et, au lieu de
comprendre et d'avouer que les adversaires des Français et des Françaises
sont à l'intérieur – c'est vous-mêmes –, vous partez dans des guerres de
diversion contre de prétendus ennemis extérieurs, qui s'appellent «
mondialisation », « directive Bolkestein » ou même « Google ».
Au nom de la réduction de la « fracture sociale » vous prélevez toujours
plus, vous empruntez toujours plus, obérant en cela le pouvoir d'achat des
générations futures, vous détournez l'épargne de ses emplois productifs pour
satisfaire vos promesses démagogiques. Car la réduction de la fracture
sociale n'est qu'un prétexte pour faire croître sans arrêt vos propres
pouvoirs et les pouvoirs de la bureaucratie. Cela serait risible, si ce
n'était pas tragique, de constater que vingt-quatre ans de socialisme
ininterrompu et de « lutte contre les inégalités », depuis cette date
funeste de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la
République, n'ont fait que créer du chômage, provoquer la misère, développer
les inquiétudes, susciter les conflits.
Vous avez ainsi fait naître d'autres « fractures sociales », celles qui
existent, par exemple, entre ceux qui font des efforts immenses de travail,
d'épargne ou d'imagination et ceux qui vivent de subsides, mais aussi de
rentes et privilèges: le bien-être est de moins en moins la récompense des
efforts personnels, il résulte de plus en plus de l'appartenance à des
réseaux de pouvoir ou à des groupes revendicatifs qui obtiennent d'autant
plus qu'ils sont plus nuisibles et menaçants.
Comment pouvez-vous ne pas être sensibles au drame humain que représente,
pour des générations de jeunes, la perte de l'espoir ? Souvent courageux et
motivés pendant leurs années de formation, ils savent qu'à la fin de leurs
études ils risquent de se retrouver en stagiaires mal payés ou en chômeurs
et si d'aventure ils peuvent espérer trouver ensuite un salaire
rémunérateur, les charges fiscales seront telles qu'il leur sera difficile
d'épargner pour se constituer un petit capital, pour se loger, pour faire
vivre leurs familles.
Ne savez-vous pas que la plupart d'entre eux ne rêvent plus que d'une chose:
quitter ce pays – qu'ils aiment pourtant, mais dont ils ne supportent plus
les rigidités, les réglementations étouffantes, la spoliation fiscale ? Ce
sont souvent les meilleurs qui partent, et c'est dans d'autres pays qu'ils
créent une famille et font naître richesses et emplois. Et n'est-ce pas au
demeurant un gâchis effrayant que d'avoir supporté ainsi pendant des années
le coût de la formation de ces jeunes qui partiront en exil avant même
d'avoir pu faire bénéficier autrui de leurs talents ?
Croyez-vous vraiment que l'on peut créer des emplois en punissant
systématiquement tous ceux qui sont susceptibles d'en créer ? Croyez-vous
vraiment qu'on peut retrouver une croissance forte et durable en empêchant
l'accumulation de capital, en incitant les meilleurs à partir à l'étranger,
en détruisant les incitations productives et en récompensant la paresse, les
combines et les menaces ?
Tout cela est facile à comprendre et, si vous ne le comprenez pas, c'est que
votre frénésie à dépenser pour vous attacher des clientèles électorales
envahit votre pensée et votre action. Vous n'avez pas intérêt à voir, à
comprendre, vous n'avez pas non plus intérêt à regarder le monde extérieur.
Vous y verriez pourtant des pays prospères et pacifiés où des hommes et des
femmes politiques courageux et clairvoyants ont su mettre fin rapidement à
toutes sortes d'excès étatiques, en déréglementant, en remplaçant l'impôt
progressif par un impôt à taux unique, en supprimant droits de succession et
impôts sur le capital, en diminuant dépenses publiques et prélèvements.
Certains en viennent à se demander si seule une révolution pourrait faire
éclater la gangue de rigidités et de spoliations qui enserre la vie des
Français. Un tel événement peut se produire, mais il ne conduira nulle part
si un projet libérateur n'est pas disponible et si personne n'est prêt à le
porter. Les révolutions pacifiques sont, elles aussi, possibles. Mais il
faudrait, pour cela, briser le monolithisme de la pensée dans la politique,
les médias, l'enseignement. Et il faudrait qu'apparaisse enfin une nouvelle
génération d'hommes et de femmes politiques nourris de convictions fortes et
libératrices, prêts à réduire leurs propres pouvoirs afin de permettre aux
individus de redevenir responsables de leurs propres vies.
Pascal Salin
Le Figaro, le 2 août 2005. |