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Ces maudits déclinologues ! (2)

A nouveau les « déclinologues » sont raillés sinon dénigrés [1]. Bientôt, on les accusera de haute trahison tellement leur manque de patriotisme économique est indécent. Mais quel est leur crime ? Imagine-t-on un patient accuser son médecin de sa propre souffrance, lui reprocher de vouloir bien le diagnostiquer pour mieux le soigner ? Le cancérologue serait-il responsable du cancer ?

Rend-on service à son pays en lui cachant la vérité, en flattant la tête dans le même temps qu’on lui masque la base ?

Bien-sûr, il serait contreproductif de pratiquer un dénigrement systématique qui s’avère tout aussi irréaliste que la flatterie aveugle. La France ne manque certainement pas d’atouts qui lui permettent d’occuper la quatrième position mondiale en termes d’investissements directs étrangers [2]. Raison de plus pour mieux cerner nos principaux blocages dont le dépassement propulserait notre pays parmi les plus dynamiques et les plus prospères de la planète. Mais les points forts ne doivent pas masquer les faiblesses structurelles persistantes qui empêchent, non seulement de tirer parti du potentiel de notre pays, mais à terme menacent ce potentiel lui-même.

 Rappelons quelques enseignements fondamentaux de l’analyse économique. Les théories de la croissance économique ont révélé l’importance du facteur démographique dans la genèse d’une prospérité durable. Bien-sûr, il ne faut pas s’en tenir aux éléments démographiques purement quantitatifs même s’ils jouent un rôle indéniable. Mais la France des trente glorieuses fut aussi la France du baby-boom et la révolution industrielle s’est nourrie d’une explosion démographique. L’optimisme conduit à investir et, d’une certaine manière, faire des enfants, c’est croire en leur avenir.

L’idée centrale, c’est qu’il ne peut y avoir de croissance économique forte et durable sans une progression continue de la quantité et de la qualité de la population active. Une politique de croissance digne de ce nom doit donc intégrer cette composante démographique dans son sens le plus large. Si la natalité et la mortalité jouent sur la taille de la population totale, d’autres éléments vont conditionner l’importance et la qualité de la population active, celle qui participe directement à la création des richesses. Il n’y a de richesses que d’hommes (actifs et créatifs !) de sorte que, sans population (réellement) active, point de croissance.

Or, on s’acharne en France à maintenir un système, au nom d’une exception culturelle difficilement tenable, qui envoie les pires signaux du point de vue de la taille et de la composition de la population active. Ainsi, l’abaissement de l’âge de la retraite, dans un pays qui privilégie le système de financement des retraites par répartition, contribue à affaiblir la population active (puisque c’est une perte de capital humain) dans le même temps qu’il accroît la part de la population à la charge de la collectivité (à charge donc de la population active).

De la même manière, l’allongement des études, dans un pays où les études sont pour l’essentiel financées par la collectivité, produit le même phénomène : rétrécissement de la base active et augmentation du poids de la population à la charge.

Enfin, les modalités de financement de la sécurité sociale contribuent à nourrir une émigration économique (en faisant fuir les entrepreneurs, les chercheurs et les jeunes actifs qui ne veulent pas supporter le poids de charges croissantes) qui affaiblit encore la base active tandis que la multiplication des droits sociaux sans contrepartie alimente une immigration qui augmente encore le poids de la population à charge. De ce point de vue, l'immigration n'est ni le problème, ni la solution.

Même le pays le plus riche du monde ne peut pas tenir indéfiniment dans ce contexte qui conduit à accélérer la consommation des richesses dans le même temps que l’on ralentit le moteur de sa production. Que l’on empêche les « déclinologues » de le dire ne change rien au problème si ce n’est que cela retarde la mise en œuvre rapide des solutions qui s’imposent.

[1] Agacinski S. « Le pathos du déclin pour masquer la peur de l’avenir », Le Figaro du 22 mai 2006.

[2] Mignon C. « La France, Eldorado pour les entreprises et les capitaux étrangers », La Tribune du 26 mai 2006.

  Jean-Louis Caccomo

Juin 2006

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