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L'individualisme en question

 La Déclaration des droits de l’homme de 1789 visait essentiellement à supprimer les privilèges et à protéger les citoyens de l’emprise de l’Etat, seul détenteur de la « violence légitime ». Pour peu qu’un tel monopole ne rencontre aucun contre-pouvoir, l’Etat succombe volontiers à une propension naturelle qui le conduit à s’accaparer toujours plus d’activités en dépouillant la société civile – et donc les individus – de nombre de ses prérogatives.

Ce processus mécanique d’accroissement du pouvoir passe d’autant mieux dans l’opinion qu’il s’opère sous le prétexte de lutter contre l’individualisme spontané des gens, censé être la cause de tous leurs malheurs. L’Etat cherchait à nous protéger de l’individu qui est en nous. Pourtant, seul l'individu - plus précisément la prise de conscience de ses potentialités individuelles - est source d'initiative, laquelle forme l'énergie de tout système économique.

Il est vrai que l’anti-individualisme reste de mode chez la plupart des intellectuels et des artistes médiatiques qui font l’opinion « bien-pensante ». Il apparaît évident pour nombre d’entre eux - et çà ne se discute même pas ! - que le système actuel répartit mal les richesses à cause de la montée de l’individualisme assimilé à cette occasion à du pur égoïsme. Mais on a pris l'habitude de voir les écrivains et les chanteurs fairent de l'argent en dénonçant le règne de l'argent...

Plus sérieusement, sur quoi repose cette « évidence » trompeuse qui établirait un lien mécanique entre individualisme, inégalité et injustice ? Pour affirmer cela, il faut avoir en tête une référence à l’aune de laquelle on peut juger de ce que pourrait être une meilleure répartition des richesses. Il n’y pas beaucoup de solutions. Soit l’on compare le « système » de l’économie de marché avec un système idéal qui répartirait de manière équitable les richesses. Mais la comparaison est impossible car, d’une part, un tel système n’existe pas et n’a jamais existé ; d’autre part, il n’existe aucun critère objectif définitif et unique pour juger de l’équité de la répartition des richesses, l’égalité absolue n’étant certainement pas le choix le plus équitable.

Soit l’on compare l’économie de marché avec d’autres systèmes qui ont historiquement existé. Le fait est que le système des ordres (de l’ancien régime en France par exemple) ou le système collectiviste de l’économie administrée (ex Union Soviétique) avaient en commun de répartir la richesse produite par le travail du plus grand nombre au profit d’une minorité privilégiée (la noblesse ou la nomenklatura), laissant aux autres pénuries et pauvreté égales pour tous.

Malgré tous ses défauts, que l’on ne saurait contester car l’économie de marché est un système humain et rien de ce qui est humain n’est parfait, c’est finalement l’économie de marché qui a permis au plus grand nombre d’accéder à un niveau de vie sans commune mesure avec l’effort productif individuel. Et cela ne fut possible que parce qu’en reconnaissant l’individu et sa propriété (propriété de lui-même et des fruits de son labeur), elle a libéré les énergies individuelles qui forment le seul potentiel infini de création de richesses.

Il est de bon ton de critiquer la production de masse, c’est pourtant elle qui a rendu possible la consommation des masses.

Jean-Louis Caccomo

Juin 2006

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