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Lassitude et écoeurement Je suis depuis quelques jours en chômage forcé tandis que mes étudiants se trouvent dans l’impossibilité de passer leurs examens. L’université de Perpignan est fermée sur la décision d’un président d’université (un de plus) contraint de participer à la cacophonie nationale orchestrée par des syndicats qui jouent avec la jeunesse de ce pays. Cette dernière est d’autant plus facile à manipuler qu’elle est le fruit d’un système éducatif plus tourné vers l’endoctrinement et le lavage de cerveau que l’instruction élémentaire et l’acquisition des compétences et des qualifications (qui font tant défaut à nos entreprises). Mais c’est devenu un rituel : à l’arrivée du printemps, les lycéens (qui sont censés préparer le bac) investissent la rue et les facs pour empêcher les étudiants de finir convenablement leurs études. Ainsi, les jeunes entrent dans une puberté politique dont certains ne semblent jamais sortir. Tout allait pourtant bien. Mes étudiants (Economie, IAE) en leur grande majorité suivaient consciencieusement les cours. Il faut préciser que les étudiants de master doivent partir en stage avant la fin du mois après avoir passés leurs examens. Nous entrions donc cette semaine en période d'examen. Alors les syndicats ont recommencé leur cirque infernal en réunissant une assemblée générale. Les militants – qui passent plus de temps à tracter sur le campus qu’à suivre des cours ou fréquenter les bibliothèques (c’est le contribuable qui paie leurs études) - se sont alors sentis investis d’un pouvoir surnaturel. Ils étaient devenus intouchables par la magie des mains levées. Ils ont bloqué l’accès des salles de cours en empilant chaises, tables et autres matériels de la collectivité. Depuis dix ans, j’assiste à ce rituel usant dans un pays usé face à une opinion qui assiste impuissante à la mise hors-jeu de sa jeunesse : l’année universitaire est rythmée par les vacances, les grèves et les blocages au point que, d’année en année, je ne parviens plus à boucler mes programmes. Alors, on allège les programmes. C’est d’ailleurs devenu une recommandation officielle si l’on veut offrir le diplôme de master à 80 % d’une classe d’âge dont une partie ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux requis pour entrer à l’université. Comment des étudiants qui refusent toute forme de sélection peuvent-ils revendiquer (et espérer) un vrai métier ? Je sais que les étudiants grévistes sont loin d’être représentatifs. Mais on ne voit qu’eux et ils intimident les institutions, faisant le bonheur de médias avides de sensations et idéologiquement complices. Ils ne semblent pas conscients qu’ils participent à générer la précarité qui les attend demain. Au-delà de la question du CPE, c’est à une faillite de nos institutions que nous assistons en direct, et qui rend notre pays ingouvernable. Dans les démocraties modernes et prospères, les lois se débattent et se décident au parlement, pas dans la rue. Mais quand la gauche perd dans les urnes, elle nourrit revancharde un interminable troisième tour social au mépris de la règle la plus élémentaire du jeu démocratique. Et quand la droite gagne les élections, il prévient qu'elle ne fera pas de chasse aux sorcières. Aux USA, quand les démocrates perdent, ils laissent les républicains gouverner. La gauche française, plutôt que de céder aux sirènes de l’extrême-gauche, devrait faire preuve de plus de modestie (et de moins d'arrogance) si elle veut revenir aux affaires (avec quel programme ?) alors que l’héritage mitterandien se traduit par un triplement de la dette publique, une économie essoufflée et disloquée et un horizon bouché pour une génération dupée. Quant à la droite, elle ferait bien de ne pas retomber dans ses divisions intestines. C’est précisément la rivalité suicidaire Chirac/Giscard qui a livré le pays aux socialistes. Messieurs Sarkozy et Borloo auraient bien tord de se réjouir des mésaventures de De Villepin. Ils se grandiraient aux yeux de l’opinion en faisant preuve de plus de solidarité envers un premier ministre qui a enfin le courage de tenir tête à une contestation illégitime. S’il devait céder aujourd’hui, ce serait la preuve que la France est dans l’incapacité à accepter la moindre réforme. Et un pays qui ne parvient pas à se réformer est un pays condamné. Jean-Louis Caccomo, |
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Mars
2006 |
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