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La pauvreté : fatalité ou incompréhension A l'occasion du sommet du G8, le président Jacques Chirac invita les pays riches à faire des efforts envers les pays pauvres alors qu'il est celui qui cautionne les protections agricoles du nord à travers sa défense sans faille de la Politique Agricole Commune (PAC). Or ce protectionnisme agricole, au nom d'une n-ième exception culturelle, représente une véritable entrave aux échanges entre le nord et le sud qui agit comme une source de déséquilibres alimentaires, économiques, démographiques et migratoires. L'incompréhension des causes de la pauvreté trouve son origine dans une incompréhension identique des causes de la croissance. Tout le monde n’a pas accès aujourd’hui à la production et à la distribution des richesses. L’on ne peut certainement pas se contenter d’une situation où chacun ne peut trouver sa place. Mais ce n’est certainement pas en brisant les ressorts de l’économie (notamment en multipliant les entraves aux échanges) que l’on améliore le sort de ceux qui en ont le plus besoin. Si 30 % des habitants de la planète se répartissent aujourd’hui 70 % des richesses mondiales, c’est aussi parce que 30 % des habitants ont produit l’essentiel de cette richesse. Et c’est aussi parce que grosso modo 30 % des habitants de la planète ont la chance de vivre dans des environnements institutionnels où l’on respecte les droits de l’homme et les droits de propriété. Car pourquoi, par qui le potentiel productif des autres peuples est-il à ce point brisé ? Pour certains, la réponse est évidente : c’est à cause de l’impérialisme américain dont les firmes multinationales sont les représentants les plus emblématiques[1][1]. Une analyse plus approfondie nous invite à considérer que la persistance de la pauvreté dans un grand nombre de pays devrait nous conduire à réfléchir sur les conditions institutionnelles qui prévalent dans ces pays au point d’empêcher tout décollage de l’économie. Il n'y a pas si longtemps encore, un milliard de chinois vivant en Chine produisaient autant que quelques centaines de milliers de chinois expatriés dans les pays industrialisés. Lorsque les chinois vivent en Amérique ou en France, on les trouve parmi les catégories sociales les plus dynamiques et les plus prospères au point que c’est la diaspora chinoise qui en vient à subventionner la Chine populaire. Puis, après avoir mis en œuvre un certain nombre de réformes encore impensables en France, la Chine populaire se met à son tour à devenir si productive que son activité en arrive à peser sur le cours de pétrole. Avant donc de faire le procès biaisé de l’économie de marché, il faudrait au moins se demander, en toute honnêteté, dans quelle mesure l’exclusion et la pauvreté ne sont pas le fait d’un interventionnisme systématique et abusif qui finit par dérégler les comportements des individus et, donc les mécanismes économiques qui sont toujours l’expression de ces comportements. Dans les années 70, alors que l’inflation sévissait partout dans le monde, les économistes avaient depuis longue date mise en exergue les conditions d’une croissance économique non inflationniste. Mais qui les écoutaient ? Certainement pas les dirigeants et encore moins l’opinion. Après tout, tout le monde avait quelque chose à gagner dans cette fuite en avant inflationniste : les salariés pouvaient revendiquer des hausses salariales sans aucune considération de productivité ; les patrons pouvaient répercuter ces hausses salariales dans leurs prix sans crainte de la concurrence ; l’Etat pouvait s’endetter à bon compte dans un contexte inflationniste qui dévalorise la charge de la dette. Quand il s’est avéré que l’inflation allait à terme nuire à la société dans son ensemble, en déréglant dangereusement les fondations économiques de toute l’organisation sociale, les dirigeants politiques ont décidé de prendre à bras le corps le problème… et ils ont appliqué les solutions économiques longtemps reconnues par la grande majorité des économistes. En quelques années, l’inflation, dont on nous disait qu’elle était comme une fatalité irréversible ou un mal nécessaire, fut terrassée. Il en va du chômage comme de l’inflation. Rien n’est une fatalité en économie ; il n’y a pas de mal nécessaire, il n’y a que des incompréhensions persistantes et des aveuglements suicidaires.
Jean-Louis Caccomo, |
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Juillet
2006 |
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