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Justice, police : les illusions perdues Même dans ses missions régaliennes les plus fondamentales, où l’intervention de l’Etat s’impose et se doit d’être efficace, l’Etat central montre ses limites et la société pâtit de ses défaillances criantes. L’Etat se doit d’assumer trois missions essentielles avant de s’aventurer sur d’autres terrains où le secteur privé et la société civile peuvent œuvrer : la défense des frontières, la police et la justice. Concentrons-nous sur la police et la justice en admettant que la défense du monde libre nous a échappé depuis 1940. Mais sommes-nous certains que l’Etat français soit en mesure d’assumer la paix intérieure, sans laquelle aucune économie ne peut sereinement s’épanouir ? Ce n’est pas cultiver un sentiment –supposé artificiel ou exagéré – d’insécurité que de constater une crise des institutions fondamentales que sont la police et la justice. Ces dernières parviennent difficilement à nouer un dialogue et à articuler leurs efforts alors qu'elles constituent les maillons d'une même chaîne. Mais à vouloir se mêler de tout, l’Etat français n’a plus les moyens d’assumer ses prérogatives premières. C’est une défaillance structurelle majeure de l’Etat-providence qui se fait au détriment même du fonctionnement de l'Etat de droit. Pendant que les professeurs d’économie expliquent à nos jeunes lycéens que l’Etat se doit d’intervenir dans l’économie pour pallier aux déficiences – postulées – du secteur privé, on voit dans les tribunaux de France des juges faire appel à des services d’ordre privés pour assumer leur sécurité. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres, c'est bien le marché qui vient au secours des déficiences réelles et constatées du secteur public. Déjà, l’Etat-providence conforte l’idée que les délinquants et les criminels (ou les sans-papiers et autres immigrés clandestins) sont finalement victimes d’un ordre social inégalitaire qu’il s’est donné pour mission de corriger. Pour certains esprits fragiles, cela équivaut quasiment à comprendre - et donc excuser - toute atteinte à la loi. Mais ce sont bien les policiers et les juges qui sont les premières victimes de cette conception angélique. Le budget de la justice est en effet un des plus maigres, sans parler des conditions de travail des policiers. Pourtant, les juges continuent de s’accrocher à ce dogme au nom de la prévention. Mais la répression des actes jugés répréhensibles commis par des délinquants avérés sert de prévention aux yeux de ceux qui avaient l’intention d’en commettre. A l’inverse, ne pas user de la répression au nom de la prévention agit comme une formidable incitation à passer à l’acte aux yeux de ceux qui avaient l’intention de commettre un délit. Les délinquants sont aussi des agents rationnels qui ont vite fait d’évaluer le degré d’impunité qui traduit une défaillance des institutions. Cette défaillance traduit elle-même le fait que l’Etat est sorti de ses attributions pour s’ingérer dans des domaines où il se révèle moins efficace que l’initiative privée. Plus que tout autre, l’Etat français consacre déjà des sommes colossales à l’éducation, le social ou encore la culture au point que le ministère de la justice ou la police passent en dernier. A-t-on pour autant endiguer la violence ? Bien au contraire, le sentiment d’impunité s’en trouve renforcé auprès de jeunes délinquants multi-récidivistes portés au statut de pauvres victimes dans les dîners mondains et de héros aux yeux de leurs semblables. Encore une fois, un mauvais diagnostic aboutit toujours à un mauvais remède…et le mal continuera d’empirer. Jean-Louis Caccomo
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