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Plus je m’intéresse à la situation économique de notre pays (et plus je prends le risque de négliger la mienne), plus je me demande si les solutions proposées aujourd’hui par les hommes et femmes politiques de ce pays sont à la hauteur des problèmes qui rongent la France. Or si les solutions ne sont pas à la hauteur, c’est que celles ou ceux qui les ont conçus ne le sont pas non plus.

Alors que notre économie est comme atteinte d’un cancer généralisé qui se traduit par une désindustrialisation rampante (les grandes entreprises se délocalisent tandis que les petites entreprises font tout pour ne pas devenir grandes et elles auront peu de chances de trouver des repreneurs au moment des fatidiques successions), les apprentis médecins nous proposent des tisanes et autres remèdes homéopathiques. Les candidats se multiplient mais le discours est toujours le même à l’instar de ces innombrables marques de lessives qui nous vendent finalement la même poudre.

Même M. Camdessus, sortant de sa réserve imposée par sa fonction, fut obligé de constater que nous risquerions de rentrer dans un processus irréversible de faillite sur le mode argentin à force de ne pas entreprendre les réformes radicales qui sont seules susceptibles de rétablir l’équilibre des finances publiques et de stopper l’endettement de l’Etat. Pendant ce temps, les ministres de l’économie (qui sont en fait des ministres de la dépense) se succèdent en feignant de découvrir une dette publique dont ils ne parviennent plus à maîtriser la progression. Est-ce là le sort d’un grand pays développé ?

 Alors que le secteur privé (et ouvert aux vents de la concurrence) s’est formidablement modernisé ces dernières décennies, aucune réforme en profondeur de nos institutions n’a été entreprise. Nous le payons, et nous le paierons, cher si nous refusons de voir en face les tâches qui nous attendent. Trois chantiers doivent prioritairement être ouverts :

1. réforme urgente du système éducatif qui continue d’envoyer dans l’antichambre de l’exclusion une masse de jeunes « inemployables » alors que les entreprises manquent cruellement de main-d’œuvre (des bras et des cerveaux) et que les jeunes talents désertent le territoire ;

2. réforme urgente de la sécurité sociale qui implique de rompre avec la logique des partenaires sociaux qui sont tout sauf représentatifs : on ne peut pas faire croire aux français que la croissance va résoudre ses problèmes de financement alors même qu’on refuse de s’interroger sur les conditions et les ressorts d’une croissance durable, laquelle est compromise par des charges et des prélèvements sociaux qui dérapent ;

3. réforme de la réglementation du travail : à vouloir contrôler le temps de travail, à vouloir légiférer sur les procédures d’embauches et de licenciements, à vouloir faire de la discrimination un crime - alors qu’il faut bien sélectionner les compétences et orienter les individus -, on brise les mécanismes d’ajustement spontanés du marché du travail qui seuls permettent une mise en adéquation permanente de l’offre de travail avec la demande des entreprises.

 A force de retarder les réformes, on rend les solutions – de toute façon inévitables - plus rudes encore ce qui conduit à en retarder l’application. Ce cercle vicieux est le fait d’une démission collective grave du personnel politique. Et dire que l’on enseigne dans les manuels d’économie du secondaire que la mission des hommes et femmes politiques est de se préoccuper de l’intérêt général en prenant en compte le long terme…ce qui serait la supériorité postulée de l’Etat sur le marché aveugle et égoïste.

Si rien n’est fait désormais, la France sera passée à côté d’une période de prospérité mondiale sans aucun équivalent dans l’histoire.

Jean-Louis Caccomo,

Janvier 2006

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