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La quadrature du cercle

Il est impossible de trouver des solutions aux problèmes qui restent fondamentalement mal posés. Depuis que des esprits brillants et perspicaces réfléchissent sur la question économique, la théorie économique a clairement établi que le marché, malgré ses limites et nombreuses imperfections qu’il ne s’agit nullement de nier, constitue un mécanisme puissamment régulateur qu’il est périlleux de déstabiliser. Cependant, ce mécanisme est à la fois fragile et puissant. Fragile parce que l’accumulation des nombreuses entraves issues d’une réglementation inadaptée est susceptible de le faire voler en éclat. Puissant car à peu près tout le monde s’accorde à critiquer le marché, tout le monde cherche à échapper à sa loi et celle-ci finit toujours par s’imposer.

Considérons l’histoire du cartel pétrolier de l’O.P.E.P. Remarquons au passage qu’il s’agit d’un cartel d’Etat et non un cartel de firmes qui tomberait sous le coup des lois anti-trust. Mais il est connu que les Etats s’autorisent des droits qu’ils refusent aux acteurs privés de l’économie. Passons… Ce cartel s’est constitué parce que les principaux producteurs pétroliers n’acceptaient pas que le prix du pétrole leur échappe et qu’il soit « fixé » par les pays développés. Mais tout comme le prix des automobiles échappe à Renault ou Peugeot, le prix du pétrole n’est en aucune manière fixé par les pays consommateurs. Le fait que les bourses, sur lesquelles s’échangent les matières premières, soient localisées dans les pays industrialisés ne signifie pas que ce sont ces derniers qui imposent leur prix. Les membres de l’O.P.E.P. ont cru pouvoir imposer leur prix de la même manière que les Etats, dans les pays industrialisés, ont l’illusion de contrôler les prix et les salaires lorsqu’ils s’aventurent à les réglementer.

Ils ont tout au plus réussi à provoquer un premier choc pétrolier en 1973 (un choc d’offre négatif) qui a conduit les pays consommateurs à économiser la précieuse ressource alors que la perspective d’exploiter de nouveaux gisements en mer du nord ou en Russie devenait rentable avec les nouveaux prix en vigueur.

Si les forces du marché ne se sont pas exprimées dans l’instant, elles n’en étaient pas moins puissantes à produire les adaptations nécessaires de sorte que les contre-chocs apparurent dans les années 80. Les évolutions cycliques des prix résultent de ces adaptations, qui prennent nécessairement du temps, à la fois du côté de la demande comme du côté de l’offre, tout en ayant leur propre périodicité. Dans ce contexte, l’O.P.E.P. a le plus grand mal à maintenir une discipline parmi ses membres alors que la montée des prix rend plus probable l’apparition de solutions énergétiques alternatives ou encore l’émergence de nouveaux pays pétroliers. C’est pourquoi ceux qui nous annonçaient en 1973 l’épuisement fatal des réserves de pétrole pour l’an 2000 ont fait la même erreur que ceux qui prédisaient l’épuisement des réserves de charbon à la fin du XIX° siècle.

Il est donc important de ne pas retomber dans la même erreur aujourd’hui lorsque nous analysons l’actuel choc pétrolier (un choc de demande positif). Le prix élevé du pétrole aujourd’hui n’est en rien la preuve de l’épuisement de la ressource. Il est la résultante des manipulations politiques qui déstabilisent, au risque de profondément le dérégler, ce marché dans un contexte de poussée de la demande liée à la croissance de l’Asie émergente. Mais de la même manière que le système économique est passé du charbon au pétrole avant même d’avoir épuisé toutes les réserves connues de charbon, nous utiliserons de nouvelles sources d’énergie bien avant d’avoir épuisé l’ensemble des réserves pétrolières connues à ce jour.

Jean-Louis Caccomo

Février 2006

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