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Quand les stars du show-biz donnent des leçons

 

 

Chacun devrait se contenter de faire honnêtement et consciencieusement son métier. Nous vivrions déjà dans un monde meilleur.

 

Quand un généticien s’aventure à donner des leçons d’économie, on flirte avec le comique. Quand les stars du show-biz se jettent dans l’arène politique, cela tourne à la tragi-comédie. Mais ce mélange des genres était inévitable à partir du moment où un certain nombre de personnalités politiques se sont mises à rechercher leur légitimité auprès du monde artificiel des paillettes. La gauche raffole de ce mélange des genres, et la droite aime bien courir après la gauche.

 

Les stars du show-biz devraient cependant faire preuve de plus de modestie et de modération. D’une part parce que ceux qui s’avèrent les plus critiques envers la société qui les nourrit ne se rendent pas à quel point ils crachent dans la soupe. Je ne connais guère de show-business dans les pays qui ont éradiqué le capitalisme et la liberté d’entreprendre. Hollywood et ses mythes sont nés aux U.S.A. et non au pays des soviets plus soucieux d’exporter des kalachnikov que des dessins animés. Et j’ose à peine parler des grands courants musicaux de la musique pop. Nos stars nationales, la plupart inconnues en dehors de l’hexagone, ont souvent démarré leur carrière en reprenant les succès et les recettes commerciales éprouvées outre-atlantique.

Le show-business est bel et bien une industrie du spectacle qui obéit, en tant qu’industrie, aux lois implacables du marché quoiqu’en pensent les rares élus qui en bénéficient. C’est un secteur où se côtoient la plus grande différence de résultat entre l’intermittent qui peine à se faire connaître et la star grassement nourrie par ses droits d’auteur. Mais c’est bel et bien la règle du jeu dans un domaine où l’on ne peut décréter par avance qui a du talent et qui réussira, même si l’un n’est pas toujours la condition de l’autre. A moins de créer un art officiel et largement subventionné, animé par ses représentants officiels, ses courtisans et son ministère de la culture et de la création, seuls la liberté, le risque et la concurrence sont de nature à stimuler l’art et la création. De même que personne ne peut planifier les grandes vagues technologiques, personne n’est en mesure de prévoir et contrôler les grandes modes artistiques.

Ceux qui se lancent dans ce jeu en connaissent les règles : la plupart court après le succès et la célébrité même s’ils savent qu’ils ne pourront pas tous y prétendre.

 

Dans ce contexte, il est tout simplement choquant de les entendre parler des banlieues sur le registre de la social-démagogie. Monsieur Thuram (qui a très bien compris qu’il gagnerait certainement plus d’argent en jouant pour la Juventus de Turin) devrait se concentrer sur son métier de footballeur plutôt que de donner des leçons à M. Sarkozy. Il devrait mesurer à quel point c’est un honneur de faire partie de l’équipe de France plutôt que d’utiliser cet étendard pour jouer sur un terrain sur lequel il n’a aucune compétence ni légitimité.

D’autant que si les stars du foot français passaient moins de temps sur les plateaux de télé et les studios d’enregistrement de spots publicitaires que sur les terrains d’entraînement, l’équipe de France obtiendrait sans doute des résultats plus à la hauteur de ses ambitions et attentes légitimes. Les Platini et Rocheteau étaient à la fois plus discrets (sur les plateaux de télé) et plus efficaces (sur les terrains de foot).

Mais c’est oublier que le sport de haut niveau est aujourd’hui devenu une industrie du spectacle. C’est pourquoi les frontières entre le monde du sport et celui du show-biz sont de moins en moins étanches comme l’illustre la carrière de Yannick Noah. A ce propos, ses récentes prises de position sont toutes aussi déplacées, alors que cet ancien champion de Tennis est installé en Suisse où il bénéficie d’une situation fiscale plus avantageuse qu’en France.

Je crois bien que toutes ces réactions hypocrites m’ont rendu M. Sarkozy fort sympathique.

 

Jean-Louis Caccomo,

Perpignan, le 2 janvier 2006

http://caccomo.blogspot.com/

Janvier 2006

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