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Les valeurs de l’économie

 Combien de slogans déclinent le refrain de « l’homme n’est pas une marchandise », la « culture n’est pas une marchandise » ou encore la santé…etc.

Et pourtant, le propre de l’homme est aussi de s’inscrire dans une relation d’échange avec autrui, d'accumuler du capital (humain, santé, financier...) et d'entretenir son patrimoine. La dimension économique de ces actions est fondamentale et comme inscrite au coeur de la nature humaine. Car, derrière le rapport monétaire qui décuple les possibilités d’échange, il y a un contrat ; et le contrat – qu’il soit oral ou écrit – est la forme la plus évoluée de rapports humains. Car elle est la seule forme qui soit basée sur le consentement mutuel et l’expression réciproque de la liberté individuelle, aspiration ancrée en chacun de nous.

Le fonctionnement de l'économie implique donc le rappel et le respect de ces valeurs philosophiques et contractuelles. Mais l’économie n'est pas en elle-même une valeur même si elle est trop souvent l’enjeu de batailles idéologiques et morales. Pour autant, est-elle elle-même une idéologie ? Le marché n'est pas une valeur négative, pas plus qu'il n'est une valeur positive et encore moins une idéologie : le marché est un fait et un constat. Il n’y a pas trente six façons de faire marcher une économie et d’ailleurs, aucun programme politique, aussi séduisant soit-il (surtout s’il est séduisant), ne peut être mis en œuvre s’il est bâtit sur une négation de cette réalité économique qui s’impose à nous tous, aux ménages comme aux dirigeants.

Il n’a pas fallu attendre que les économistes produisent une théorie du marché pour que le marché existe : la réalité précède la théorie. Mais les économistes ont fini par mettre au point une telle théorie quand ils ont voulu comprendre la réalité de phénomènes économiques qui sont bien indépendants de leur volonté d’économistes. De ce point de vue, l'analyse économique est toute imbibée de science et de logique pour peu que l’on adopte vraiment une démarche scientifique et que l’on en respecte ses contraintes. Cela ne signifie pas que l’économie n’a pas de dimensions morale et politique car toute analyse économique doit son existence et son autonomie relative en tant que discipline majeure aux fondements philosophiques et moraux qui rendent possible l’expression des phénomènes (prix, marché, concurrence, choix) dont elle veut saisir l’essence. Ainsi, l’existence du marché découle d’une certaine philosophie (individualiste) de l’homme qui lui reconnaît des droits fondamentaux que les Etats sont souvent prompts à bafouer alors qu’ils doivent les garantir.

 Le marché n'est donc pas une valeur en soi. Il est la conséquence logique en la croyance en des valeurs communes relativement récentes dans toute l’histoire humaine. Ces valeurs humanistes et individualistes impliquent de trouver le moyen d'organiser la production et la distribution des richesses sans retirer aux individus leur liberté d'exprimer leurs choix (en matière de consommation, d’épargne, de types de consommation, de goûts). L'économie, c'est aussi la base matérielle de la société, son intendance. Si la prospérité matérielle est une condition nécessaire à l'expression du bonheur individuel et l'épanouissement du bien-être collectif, elle n'est en aucune manière une condition suffisante.

L'économie ne peut donc se suffire à elle-même mais ce n'est pas une raison pour nier sa dimension propre. La satisfaction des besoins entraînera toujours l'émergence de besoins nouveaux - c'est l'aiguillon du progrès et du dépassement de ce qui existe déjà - dans un processus incessant de consommation de sorte qu'il est illusoire d'attendre de l'économie une finalité autre que la satisfaction des besoins matériels. N'oublions pas que les évènements de mai 68 ont éclaté en période de prospérité économique.

Face aux angoisses existentielles que chaque être humain doit un jour affronter, l'économie n'a pas et n'aura jamais de réponse. Se réfugier dans la consommation matérielle ne saurait donner à l’homme des réponses sur le sens de sa vie, ni constituer un guide pour l’épanouissement personnel de chacun. Mais on s’accomplit bien plus dans le travail (la production) en tant que processus d’actualisation de ses compétences propres (qui suppose d’avoir investi au préalable dans son capital humain) que dans la consommation (qui peut rapidement devenir démonstrative et ostentatoire).

Jean-Louis Caccomo

Octobre 2006

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