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Punir, pourquoi faire? Par Judith Lazar (Flammarion, 2004, 180 pages, 19 Euros) Dans un livre paru en 2002 chez Flammarion, La violence des jeunes, la sociologue Judith Lazar expliquait par anticipation les violences qui se sont développées depuis de manière inquiétantes dans les cités. Parmi les solutions évoquées, il y avait bien entendu la punition. Ce nouveau livre explore cette dernière solution de manière complète, claire et instructive. C'est un livre profondément libéral, donc tolérant, mais qui ne recule devant aucune vérité. La vie en société n'est possible que si tout le monde accepte de se soumettre à un certain nombre de règles simples : ne pas tuer, ne pas voler, respecter les autres et leurs biens, respecter ses engagements. Ces règles, il faut les apprendre, ce qui devrait être le rôle des parents d'abord, de l'école ensuite. Pour être efficace cet apprentissage exige une rétroaction : une sanction positive si on les respecte, une punition si on les viole. Judith Lazar explore les rapports entre punition, autorité, responsabilité, et discipline. Elle montre comment ces notions et leur application ont varié au cours des siècles, comment elles tendent à se dégrader aujourd'hui. Il faut aussi que le nombre de ces règles ne soit pas tel que personne ne puisse les assimiler toutes et dans ce domaine l'État joue un rôle néfaste en multipliant indéfiniment les règles de circonstance. Il faut enfin que les médias ne créent pas une atmosphère pouvant laisser penser qu'après tout, ces règles ne sont pas très importantes. Malgré l'abondance des références, ce livre est écrit dans une langue très simple et très claire, qui contraste agréablement avec le jargon pédant et abscons de tant de livres contemporains de sociologie. En voici un exemple : Vers la fin des années 1990, on a commencé à parler de "tournantes" organisées par des garçons dans les cités. En vrai, il s'agit d'un viol collectif, dont la dénomination "tournante" tente d'atténuer la triste réalité. Il est impossible de chiffrer exactement le phénomène, dans la mesure où la majorité des filles ne porte pas plainte, car elles ont honte, d'une part, et peur pour leur famille et elles-mêmes, d'autre part. Si elles n'en parlent pas, ce n'est pas par lâcheté, comme les garçons aimeraient à le faire croire, c'est tout simplement qu'elles ne savent pas à qui s'adresser. Quand on sait que les auteurs des viols sont le plus souvent mineurs (trois quart d'entre eux ont moins de dix huit ans) et que plus de la moitié des coupables seront laissés en liberté, vers qui peuvent elles se tourner? Où sont les adultes responsables de leur protection? Tout est dit, en peu de mots. Le livre fourmille d'exemples pratiques de ce genre. Comme il comporte 180 pages, on devine sa richesse. Jacques de Guenin
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Juin
2006 |
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