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L’apologue des melons Chaque été ou chaque automne, le même scénario se reproduit, à savoir les protestations des agriculteurs contre la grande distribution. Cette année, ce sont les melons qui sont à l’ordre du jour. Le melon vendu 30 centimes à la production se retrouve à 2 euros dans les rayons de la grande distribution. Les producteurs protestent légitimement montrant, chiffres en mains, que le prix de vente à la production ne peut leur assurer un niveau de vie décent. Ils sonnent la charge contre les hypermarchés accusés de se remplir les poches à leur détriment et, bien entendu, par un tir oblique, il condamnent les patrons de ces supermarchés. Les médias s’emparent du sujet, flattant ainsi la foule et orchestrant sans peine les légitimes indignations des consommateurs. Seul probablement parmi ces médias nous allons dire la vérité. La différence est de 1,70 €. Une immense partie de cette différence est captée par les multiples Hommes de l'État, ceux que je dénomme les « Hifis », sous forme d'impôts, de taxes, de charges diverses. Certains prétendent que l'État ne prélève en France « que » 50 % environ du P.I.B.,mais des calculs plus précis arrivent à 70 %. Dans l’incertitude, arrêtons-nous à 60 %, la différence captée par l'État étant donc d’environ 1 euro. Là est le seul problème et pas du tout dans l’enrichissement excessif des hypermarchés ou supermarchés. Cet argent volé par les « Hifis » reçoit trois destinations. D’abord, le gaspillage qu’il vaut mieux qualifier de « destruction » : les billets sont réellement déchirés sans profit pour personne. Ensuite vient l'enrichissement visible ou caché des « Hifis » et, enfin, il peut rester un usage utile de l'argent : cet usage utile est très réduit et ne dépasse pas généralement dans la plupart des cas 10 % de l'argent volé par la force publique. En s'attaquant à la grande distribution et en déclenchant les attaques contre cette grande distribution avec la complicité des médias, les producteurs de melons et, plus généralement, les agriculteurs se trompent de cible. Ministres, élus, présidents de syndicats et bien d’autres se réjouissent de cette erreur. La lutte des classes fait partie du terreau où s’alimente leur richesse insolente. Tout affairés à feindre de corriger la calamité qu’ils créent eux-mêmes, ils justifient ainsi leurs immenses gains visibles ou invisibles ; ils se prétendent harassés par des discussions interminables, pour bâtir à grand renfort d’imagination des couches supplémentaires de règlementations censées guérir le mal qui est inguérissable à cause de leur propre activité. Sarkozy à peine arrivé au ministère des finances avait reçu, peut-être par « mail » direct de la Providence, des lumières particulières sur le processus compliqué du commerce des fruits, légumes et autres biens de consommation courante. Il avait « convoqué », manu militari, les présidents de supermarchés, pour leur donner ses « instructions ». Ces derniers étaient venus en traînant les pieds, l’un d’entre eux ayant su toutefois habilement intégrer la convocation du ministre dans sa stratégie de communication. Après quoi, le ministre mit du nouveau désordre dans un univers déjà fort règlementé et se vanta publiquement d’avoir « terrassé » l’inflation des prix. C’était Jules César franchissant la Seine à bord de la luxueuse et ruineuse navette fluviale qui mène de Bercy à l’Elysée: veni,vidi, vinci. Le jour où tant les agriculteurs que les acteurs de la grande distribution comprendront que leurs ennemis communs se trouvent dans les palais nationaux et dans les multiples succursales et filiales de ces palais nationaux, un grand pas sera fait vers la Libération nécessaire et, espérons-le, probable. Se donnant tous la main, ils pourront, en effet, imaginer des stratégies permettant de faire tomber et finalement détruire l'hydre étatique qui étouffe la France. Michel de Poncins |
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Septembre
2006 |
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