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Privatiser l’archéologie

Une fois de plus il faut surprendre. La nationalisation de l’archéologie dans la plupart des pays qui se prétendent à tort « civilisés » se retourne contre l’archéologie elle-même. Il en est ainsi de toute tâche étatique qui se retourne régulièrement contre ses objectifs prétendus et l’archéologie n’y échappe pas.

Un magnifique trésor vient d'être découvert dans la mer de Java : ce sont les restes d'un des plus vieux bâteaux commerciaux du monde jamais retrouvé. L’épave est  longue de 35 mètres et  date du X ° siècle ; elle contient des milliers de céramiques chinoises.

Ces eaux à la limite de l'océan Indien et de la mer de Chine étaient l'objet de trafics commerciaux tout à fait actifs entre des civilisations très riches. Le navire faisait, semble-t-il, du cabotage  car il contenait  beaucoup de catégories de céramiques différentes de ce qui veut dire qu'il chargeait et des charges est donc beaucoup de ports.

La valeur du trésor serait de 400 millions de dollars. Cela explique qu'il se produise à son  sujet une grande dispute juridique sur les détails de laquelle nous ne nous étendrons pas.

Le désastre de la nationalisation de l’archéologie est particulièrement frappant dans le domaine de l'archéologie marine.

Les mers du globe sont de véritables cimetières au fond desquels se trouvant enfouillis des milliers et probablement des millions de navires  avec des charges commerciales du plus grand intérêt et de la plus grande valeur, sans compter en plus des objets militaires.

La nationalisation  a des effets parfaitement négatifs : freinage considérable des recherches, enfouissement des objets retrouvés dans des musées,  gaspillage des fonds publics selon l’habitude, atteinte à la liberté d'une foule de personnes qui seraient très heureuses d'avoir chez elles, pour un prix modique, une céramique chinoise  ou une amphore et, bien sûr, l'inévitable effet de pauvreté compagnon obligatoire  de toute action  étatique.

Cette nationalisation est, en plus, contraire au droit des gens qui enseigne qu'un bâteau abandonné est la propriété du premier occupant.

La nationalisation est aussi impitoyable dans le domaine de l’arhéologie terrestre. Le particulier propriétaire d’un terrain hésite à faire des recherches notamment avec la célèbre « poële à frire ». En effet, il risque selon la loi d’être privé du résultat de ses efforts devant donner aux musées le fruit de son  travail.

La privatisation des recherches archéologiques dans un grand nombre de pays aurait pour effet de les développer d'une façon inespérée  et sauverait des milliers d’objets.

Pour terminer il faut faire toucher du doigt le désastre culturel qui en résulte. Dans l'état actuel des choses, les foules blasées défilent dans les musées  devant des entassements de lampes romaines ou d’amphores. Sur le plan culturel cela n’a aucune signification.

Quel plaisir ou quel intérêt peut-on avoir à observer durant une minute un entassement de lampes romaines toutes plus ou moins semblables ? Rien n’égalerait, en revanche, pour beaucoup la satisfaction d’avoir chez soi quelques spécimens à montrer aux amis. Et si l’archéologie était libérée cette satisfaction serait « démocratisée » pour employer le langage à la mode !

Les musées publics, en fait, emprisonnent et dénaturent la culture.

Michel de Poncins. 

Mai 2006

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