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Paillotes, de nouveau  les paillotes

Chaque année, à l'approche de l'été, dans la France présumée mensongèrement démocratique les paillotes reviennent au premier rang de l'actualité.

C'en est  vraiment trop ; il y a une profession qui travaillait dans un vide juridique c'est à dire que l'État ne s'en occupait pas d'une façon complètement totalitaire, c'est la profession d'exploitation de paillotes.

Donc, pour combler le prétendument horrible vide, un décret vient de paraître qui fixe un cadre juridique à la profession. Les exploitants ne pourront avoir de construction en dur mais ils devront chaque année démonter les paillotes à la fin de la saison et supporter tous les coûts correspondants.

Une exploitante, Valérie Chevalier, vient de déclarer : « Quand on a repris le restaurant en 1993, avec mon associé, personne ne nous a dit que toute construction en dur était  interdite sur le domaine public maritime ». Elle s'avoue aujourd'hui ruinée et car elle doit démolir ce qu'elle avait construit et rebâtir une paillote  démontable tous les ans. Nous assistons donc aujourd’hui avec ce gouvernement de la fausse droite à une sorte de nationalisation des paillotes.

Mais il s'ajoute une autre nouvelle récente : c'est de nouveau le procès du préfet Bonnet. Il semble, aux dernières nouvelles, que finalement il ne retournera pas en prison, cette information étant  donnée sous toutes réserves car probablement des recours sont possibles.

Pour bien saisir le sel de cette histoire ridicule, il faut rappeler d’essentiel.

Le gouvernement français a eu, au début du siècle en peu d’années, un Préfet assassiné, un présumé coupable qui s’est caché longtemps dans les montagnes comme un quelconque Ben Laden et un successeur du Préfet assassiné, Monsieur Bonnet, qu’il a mis en prison. Le présumé coupable est aujourd'hui sous les verrous mais l'on ne saura peut-être jamais s'il est coupable.

Les plus hautes autorités, faute de vouloir faire respecter l’ordre, ont déclenché  une traque médiatique sur le successeur se condamnant elles-mêmes, car c’était bien elles qui l’avaient nommé Préfet. Les Gaulois sont tombés sur la tête !

Le Préfet Bonnet fut, à l’époque, poursuivi et mis deux mois en prison pour avoir fait détruire une paillote, dénommée "chez Francis".

Il avait, pourtant, obligation de  détruire la paillote selon la loi puisque la dite paillote était illégale comme beaucoup de paillotes. Oui, mais voilà : il avait détruit la paillote avec des moyens  non prévus par la loi et de son invention personnelle, encore que personne ne savait au juste si c'était bien lui qui avait donné l'ordre, alors qu’il affirmait   que l’ordre venait du plus haut sommet de l’Etat. Quelle est la faute dont le Préfet Bonnet  était accusé et pour laquelle il a été en prison ? Ce n'est pas d'avoir détruit une paillote, mais de ne pas l'avoir détruit dans les règles. Ce point est crucial et nous allons voir pourquoi.  La prétendue faute du Préfet Bonnet s'énonçait ainsi selon le code pénal : "Complicité de destruction de biens par incendie en bande organisée".

Construire  une paillote là où il y a des clients, faire cuire, à leur intention, des rougets dans le soleil déclinant au bord de la mer est un acte simple de la vie commerciale. Cela convient aux gens, puisqu'ils sont prêts à payer pour cela, et déguster les rougets sous la paillote fait partie de la douceur de vivre. Ce modeste travail  permet aux employés de gagner leur vie, honnêtement et dans la joie, sans aller courir chercher le RMI ou sans la gagner en se faisant payer 30 000 euros  sans impôt par une assemblée inutile pour un rapport "bidon". Dans un pays libre et non asservi à un pouvoir quasi totalitaire, cette action devrait pouvoir s'exercer dans le cadre du marché sans interventions extérieures et dans le contentement général. Jusqu’au   nouveau décret, des quantités de paillotes qualifiées d'illégales ont prospèré partout et les autres Préfets y ont été, volontiers, déguster des langoustes, il est vrai, sans pour autant enfiler leur uniforme

Le plus drôle est qu'à l'époque le Préfet du Var avait,  peu de temps après, donné lui-même l'ordre de détruire une paillote dénommée « La Ratatouille » et la presse aux ordres l'en avait  chaudement félicité ; son collègue Bonnet a dit pendant trois semaines devant des tribunaux débordés  qu'il n'avait  pas donné l’ordre de détruire la paillote ou que, s'il avait  donné l’ordre, c'était bien avec l'accord des plus hautes autorités de l'Etat. Quand on connaît les coutumes du « milieu », on peut supposer qu'il a dit la vérité, car quel Préfet, au sommet de sa carrière, aurait envoyé des incendiaires alors qu'il avait à sa disposition, dans le cadre de la loi,  toutes les « bandes organisées pour détruire la paillote ».

Son collègue du Var  fut  plus chanceux. Pour avoir détruit "la Ratatouille" sur la commune de Ramatuelle, il n'a pas du tout été envoyé en prison. Il avait simplement pris la précaution de la détruire avec les moyens habituels de la force publique en envoyant une « bande officielle parfaitement organisée ».

Voici, pour mémoire et pour la gestion des paillotes, la liste des droits, que ces politiques se donnent en application de la règle du « bon plaisir », mais chacun peut dresser d'autres listes puisque 60 % de la vie nationale est téléguidée par les mêmes grâce à une population immense de fonctionnaires et para fonctionnaires : droit d'autoriser les paillotes ou de les interdire, droit d'envoyer la police les détruire, droit de ne pas les détruire, même si elles sont supposées "illégales", droit de vendre la possibilité de garder la paillote contre une taxe, droit de fermer les yeux même si la paillote est illégale et si l'impôt n'est pas payé, droit de changer à tous moments les règles selon l’humeur. Nous n'évoquons pas le droit de vendre la  possibilité de garder la paillote non contre une taxe mais contre de gracieuses enveloppes bien bourrées ; l'honnêteté très connue des élus les empêche, ne serait-ce qu'un instant, d'avoir une aussi vilaine pensée !

Si, à l'occasion de ces dernières nouvelles, nous nous sommes étendus sur l'histoire récente de ces paillotes, c'est pour montrer que la succession quasi journalière des scandales n'est pas nouvelle dans la France en déclin permanent, mais résulte de la nature intime du « système».

Nous espérons, néanmoins, que nos lecteurs pourrons déguster en paix  des langoustes  au bord de la mer au cours de l’été, si tout au moins la traque nouvellement ouverte contre les paillotes dure ce que durent les roses… .

Michel de Poncins

Juin 2006

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