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Il ne faut pas reformer l’Etat Toute personne ayant un peu d'expérience constate qu'il ne faut surtout pas réformer l'État. À la réforme impossible il faut opposer la « libération » nécessaire. Jean–François Copé, ministre délégué au budget et à la réforme de l'État, veut montrer qu'il sert à quelque chose. Il lance tous les deux mois une vingtaine d'audits sur les procédures de l'État pour essayer d'économiser de l'argent. Bien sûr, ce sont de simples parlottes qui s'appellent, dans le cas particulier, « conférences d'économies structurelles » et à la fin desquels l'on remet à un rapport. Il reconnaît publiquement cependant l’inefficacité de cette méthode et son inutilité personnelle lorsqu'il déclare : « l'année dernière, les conférences étaient mondaines, elles seront beaucoup plus concrètes cette année. » Reconnaissons lui de la franchise dans ce terrible aveu au sujet des fêtes accompagnant les parlottes, mais cela ne l’empêche pas de persister en continuant à lancer régulièrement sa gerbe d’audits. Bien entendu l'enchevêtrement des usines à gaz administratives qui forment de véritables galaxies et des galaxies de galaxies est tel que rien ne sortira jamais de concret. 96 pages, c'est la longueur du document budgétaire qui dresse chaque année la liste des commissions et instances délibératives placées auprès du premier ministre et des ministres. La situation est si grave qu'un rapport, un de plus, remis au premier ministre indique : « qu'il est urgent de conduire un inventaire exhaustif de ses instances. ». Voilà du nouveau car l'on va, enfin, explorer à grands frais tout ce désordre un peu comme les astronomes qui agitent leurs lunettes vers le meli-melo de l'espace interstellaire. À quand l'observatoire des instances ? La dernière chimère est la « LOLF ». Ce sigle abscons désigne « la loi organique relative aux lois de finances », qui est présentée, sans rire, comme une méthode imparable pour réformer la vraie horreur « bourreaucratique » que représente le budget de la France. Depuis 2006, le budget de l'État est décomposé en une trentaine de missions, divisées en 133 programmes, soumis à plus de 1000 indicateurs de performance. D'abord les 133 programmes représentent eux-mêmes d'immenses quantités d'argent, de moyens et de personnels attachés à des objectifs extrêmement différents et variés. Ensuite, il est absolument et humainement impossible de définir des indicateurs de performance vis-à-vis de personnes irresponsables dont la plupart ignorent leurs vrais objectifs. Le seul véritable indicateur de performance est le profit qui évidemment n’a pas de sens dans le domaine étatique. Comme le montrent ces faits cités parmi d'autres, la réforme est impossible et les raisons en sont profondes. D’abord, l'enchevêtrement des administrations absolument inextricable en soi. Ensuite, l’impossibilité connue pour d'immenses groupes de fonctionnaires d'avoir des objectifs clairs. Et puis le « mur d'argent » : les intérêts financiers des ministres, des innombrables paquets d'élus, hauts fonctionnaires, leaders syndicaux sont tels que devant toute réforme il apparaît nécessairement des objections majeures, voire du sabotage. La « libération » nécessaire implique la destruction rapide et totale d'un grand nombre de tâches étatiques avec suppression du personnel, des immeubles, du contentieux, des statistiques, des papiers, etc. Parallèlement, il faut supprimer immédiatement deux ou trois des impôts qui assassinent l'économie française et empêchent les privés de produire de la richesse. Les politiques qui prétendent réformer l'État ne peuvent pas être ignorants des faits ci-dessus. En affichant leur prétention, ils sont complices de la désagrégation de l'État dont ils tirent leur richesse insolente. Ils prolongent évidemment la désagrégation en laissant courir dans l’opinion, avec la complicité de la presse, l’idée de la prétendue faisabilité d'une réforme quelconque. Le programme de la « Libération » existe, est écrit dans plusieurs livres et est parfaitement réalisable. La seule interrogation est de savoir qui le fera. Cette personne ou ces personnes qui le feront ne sont pas visibles et l’événement n’est pas prévisible aujourd'hui mais les familiers de l'histoire de France savent que les grands événements n'ont jamais été prévisibles ! Michel de Poncins |
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Mai
2006 |
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