Conscience Politique   "le journal à contre pied de la pensée unique"   www.conscience-politique.org

Chirac : les vœux aux branches mortes de la nation

Les prétendues « forces vives » de la nation ne sont que des « branches mortes ».

Le 5 février à l’Elysée, pour les voeux de Chirac, les seules forces vives  n’étaient pas invitées :  ceux qui bossent, ceux  qui chôment, les Français chassés des banlieues, les vrais étudiants, les chirurgiens restants, les artisans découragés, les créateurs de richesses.

Ceux qui étaient assis sur des chaises inconfortables vivent tous de l’argent et des réglementations publiques :

Leaders syndicalistes qui doivent leur richesse personnelle à des lois remontant à une guerre déjà ancienne, lors de laquelle certains d’entre eux ont ouvert la porte à l’envahisseur. Les mêmes leaders s’efforcent à présent de rendre la vie impossible à des millions d’habitants de la région parisienne.

Présidents d’associations subventionnées qui ont joué un rôle majeur dans les émeutes des banlieues.

Hauts fonctionnaires se préparant à prendre le train le lendemain pour courir à Metz perdre leur temps en entendant le même discours  adressé aux corps constitués.

Députés, sénateurs, maires des grandes villes, ministres anciens ou nouveaux tirant leur propre richesse et leur confort du véritable écroulement de la nation.

La presse, avec les médias, bien qu’ayant déjà subi sa propre séance, était aussi là ; elle fait partie également  des branches mortes, les subventions abondantes qu’elle reçoit achetant soit son silence, soit sa parole et l’enchaînant étroitement dans la langue de bois. Chacun a pu remarqué sa servitude absolue dans l’incroyable histoire du « rezzou » dans le train. Après trois jours de silence commandé, ce n’était plus tenable et ce fut alors des comptes rendus mensongers.

Ces véritables branches mortes de la nation ont entendu des promesses de mesures sans intérêt et dont plusieurs ne feront qu’aggraver les catastrophes. Ainsi en est-il du transfert des charges sociales deci-delà, comme si déplacer de la ruine en la propageant pouvait créer  de la richesse.  De même, pour la dette, dont l’on fait  semblant de découvrir les abîmes, Villepin a promis une grande parlotte dès janvier sous forme d’une « conférence nationale des finances publiques ». Ce n’est pas suffisant puisque Chirac a annoncé la création d’un nouveau « machin » sous forme d’un Conseil d’Orientation ! Or tout les banquiers internationaux, tant qu’ils continuent  à « banquer », savent ce que la France doit faire pour arrêter la crue meurtrière.

La presse parle avec gourmandise des « vœux » traditionnels. Elle cache que ces prétendus vœux se déclinent dans tout le pays jouant un rôle majeur dans l’effet de ruine.

Le Samu social est, selon l’usage,  débordé pendant l’hiver par le froid et la faim ; parallèlement le nombre de SDF augmente régulièrement chaque année. Au risque de surprendre, il faut souligner le lien étroit entre les vœux publics et ce désastre social.

La ribambelle de ces vœux publics est encore une exception française à laquelle nous assistons une nouvelle fois éberlués ; dans la plupart des autres pays, ces cérémonies ridicules sont réduites au minimum absolument nécessaire et  dans l’Allemagne voisine ils n’existent pratiquement pas.

Pour les moins informés, voici la liste fort incomplète des dépenses multiples et gigantesques que les politiques engagent à ce titre, soit pour leur plaisir soit pour régler leurs comptes personnels et ceci dans la pyramide des structures administratives superfétatoires qui stupéfie les étrangers.

Fêtes en tous genres avec somptueux buffets, cartes de vœux avec frais d'envoi, frais de dessinateurs et de logos, affiches, services de communication, nombreux personnel en activité dans le cadre des « 32 heures », palais bâtis pour les réceptions, voitures avec chauffeurs pour véhiculer les fêtards, avions pour courir de-ci de-là, frais de mission.

Au risque d’être accusés d’indulgence, ajoutons une gracieuseté : il peut arriver que les fêtards publics travaillent pour le bien commun et non pour leur seul intérêt électoral. Dans ce cas il faudrait ajouter aux innombrables dépenses à répertorier le coût du temps perdu par les politiques et leurs camarades :  les chiffres exploseraient littéralement.

Dans le désordre bien connu de la comptabilité publique, il est impossible d'arriver à une évaluation précise du coût total. Le calcul approché de toutes les dépenses à tous les innombrables échelons dans toute la France et sans intégrer ce phénomène du temps perdu donnerait un total général d'au moins un milliard d’euros.

Et voici maintenant le lien entre l’extension de la pauvreté et les vœux publics. Les impôts rendus nécessaires pour payer les vœux génèrent toutes les catastrophes qui conduisent à l’ouverture des trappes de pauvreté : chômage, quartiers en délabrement, écroulement des retraites, illettrisme, criminalité et désordre partout, paupérisation générale, santé en déclin.

Les pauvres le sont ou le deviennent, précisément à cause des impôts qui empêchent de créer les emplois, de bâtir des logements décents, de soigner et d'éduquer correctement les gens. C'est pourquoi l'on peut affirmer que les vœux des politiques et autres Hommes de l'État, ces vœux  dont personne n’a besoin, sont « offerts » avec l'argent des pauvres.

Les moins convaincus doivent noter l’énumération incomplète de la liste des structures où les vœux abusifs sont « offerts » si l’on peut dire : Environ  40 ministères, 100 départements, 22 régions,   400 grandes mairies, et une foule d’autres structures avec  en plus d’innombrables assemblées.

Dans un département quelconque, le Préfet serait jaloux si le président du Conseil Général le dépassait dans le faste des vœux.


Il y a quelques années un « marathonien des vœux », cumulard par vocation, avait reçu les félicitations de la presse pour son « professionnalisme » durant la réception de 5000 personnes au total dans ses diverses seigneuries. Il est toujours bien vivant et continue son travail de nuisance.

 Quand vient la photo d’un conseiller général dans le journal local, "offrant" les vœux du Conseil général dans un asile de vieux, ce conseiller général reçoit 200 euros de prime plus ses frais de déplacement ; comme ces primes ne paient pas d'impôt, c'est l'équivalent de 400 euros avant impôts. C'est à cause de ces prélèvements malhonnêtes que les vieux qu’il vient consoler sont si mal traités en France.

Quant aux fêtes et réceptions, il peut sans doute arriver que les simples contribuables soient  invités. Cela fait partie de ce que les économistes appellent "la stratégie des miettes" : l'on spécule sur leur modeste joie pour continuer à les spolier en paix. Il s'agit d'ailleurs de "miettes" en bonne et due forme : parfois, on les aperçoit même, voletant au coin des vestons. Les dames du quartier remercient le maire pour les petits fours qu'il leur a offert avec l'argent qu'il leur a pris, en en gardant précautionneusement une part pour lui.

En dehors de ces "invités par erreur", les Hommes de l'État se retrouvent entre eux dans ces réceptions de fin d'année : le président du Conseil général donne la main au député, qui la transmet au chef syndicaliste. Le président d'association subventionnée la saisit au passage et la repasse au directeur de société d'économie mixte ; tiens, voici le sous-préfet qui rend la main au président du Conseil général, terminant ainsi la boucle meurtrière. La « ballade des mains » se passe entre gens qui vivent tous des impôts sans jamais rien produire d'utile à la société. Pour les lecteurs qui restent encore sceptiques, qu’ils prennent la peine de sortir tout de suite de chez eux. À la campagne, ils recevront en pleine figure, par voie d’affiche sur les routes, les vœux du conseil régional dont ils n’ont rien à faire. Et à Paris, rebelote avec les vœux du maire.

Un pouvoir libérateur mettrait fin aux vœux, sauf le strict nécessaire comme ceux du  corps diplomatique, mais aussi à beaucoup d’autres fêtes publiques où les fêtards célèbrent le verre à la main leurs prétendus efforts contre l’exclusion : celle-là même qu’ils organisent en avalant presto le contenu du verre.

Les  branches mortes finissent par tuer l’arbre si elles ne sont pas coupées. Ce pouvoir libérateur devra élaguer  les branches mortes, pour revitaliser la nation.

Michel de Poncins

Janvier 2006

Conscience Politique ® Tous droits réservés Hebdomadaire