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De la crise de l'emploi à
la dette
Pendant des années, les gouvernements ont développé des
politiques d'aide à l'emploi qui ont eu pour conséquence un taux de chômage
inacceptable et des taux de prélèvements obligatoires excessifs. Politiques
dites sociales et en fait technocratiques, inspirées du collectivisme, du
colbertisme et du jacobinisme, ces tentatives ont été des échecs. L'Espagne
et l'Italie, parties d'une situation plus difficile, nous regardent de haut.
Seule la Pologne a un taux de chômage supérieur au nôtre. D'où, sans doute,
l'imbécile angoisse du plombier polonais...
En nous orientant vers une baisse de la fiscalité, nous commencions à nous
convaincre que les emplois et la croissance ont un lien avec le taux des
prélèvements obligatoires. La réforme de l'impôt sur le revenu - renvoyée à
2007 - reste encore loin de l'engagement d'une baisse de 30 % sur la durée
de la mandature. Ce n'était pas qu'une promesse, mais le signe fort d'un
changement de politique. Investir dans une baisse de la fiscalité est le
meilleur moyen, voire le seul, de créer durablement des emplois. Hélas,
cette année, les prélèvements obligatoires augmentent à nouveau, jusqu'à 44
% du PIB, faisant de notre fiscalité l'une des plus punitives des pays
industrialisés. Nous avons un différentiel de 5 % à 6 % avec nos principaux
partenaires. C'est presque deux fois notre déficit budgétaire. Or le
meilleur moyen de donner du pouvoir d'achat aux Français, d'améliorer la
compétitivité des entreprises, serait de leur laisser ce différentiel. La
tâche du gouvernement est de réduire ce différentiel. Il est aussi de
réduire le déficit budgétaire. On aurait pu espérer qu'il réussisse au moins
l'un ou l'autre de ces deux objectifs.
Mais on ne peut y arriver sans maîtrise de la dépense publique. Considérer
comme une victoire le fait que les dépenses de l'Etat augmentent moins vite
que l'inflation (alors qu'elles continuent néanmoins à croître en volume)
est la marque de notre insuffisance. Les dépenses publiques représentent 54
% du PIB : 12 points de plus qu'en Angleterre, 4 de plus qu'en Allemagne, 5
de plus qu'en Italie. C'est un écart supérieur à notre déficit budgétaire.
Ramener les dépenses publiques au niveau de nos voisins permettrait de
supprimer ce déficit. D'autres l'ont fait. Y compris la Suède, qui, avec des
prélèvements obligatoires aussi forts que les nôtres, a maintenu son modèle
social avec un budget équilibré.
Il y a seulement douze ans, les dépenses de personnel et la charge de la
dette représentaient 45 % du montant des dépenses. Aujourd'hui, nous en
sommes à 58 %. Comme la charge de la dette est incompressible, il n'y a pas
d'autre solution que de réduire les effectifs de la fonction publique. Le
ministre de l'Economie multiplie les déclarations pour dire que la France
vit au-dessus de ses moyens, alors qu'il ne profite pas du départ annuel à
la retraite de 77.000 fonctionnaires, pour retrouver une situation plus
équilibrée. Pourquoi ne supprimer qu'environ 5.000 postes, soit moins qu'au
cours de l'année 2005 ? Nous n'avons plus le temps d'attendre.
Le plus préoccupant, le plus grave est de constater à quel point ces
dépenses ne sont pas financées. Près d'un agent de l'Etat sur cinq dans
notre pays a son salaire qui sera payé par nos enfants. Sans guerre, sans
catastrophe naturelle, sans absorption d'un territoire comme l'Allemagne de
l'Est, notre pays a multiplié sa dette par douze au cours des vingt-cinq
dernières années, et cela malgré la vente, très consensuelle de la part de
tous les gouvernements, de la plupart des actifs de l'Etat. Un niveau
d'endettement que la France n'a jamais connu dans son histoire ! A la somme
astronomique d'environ 1.200 milliards d'euros, il faudrait ajouter, comme
l'a suggéré le rapport Pébereau, 800 milliards pour la retraite des
fonctionnaires.
A l'occasion de la mise en oeuvre de la LOLF (loi organique relative aux
lois de Finances), j'ai cherché vainement un indicateur de l'endettement
réel de chaque foyer fiscal. Cet indicateur n'existe pas. Il n'a pas été
jugé pertinent. Pour ma part, je pense qu'il est essentiel que chaque
Français sache chaque année si le gouvernement, dans ses arbitrages, a
aggravé l'endettement ou l'a réduit. Lorsque la France a apposé sa signature
sur le pacte de stabilité, les critères définis étaient considérés comme des
seuils d'alerte à ne pas franchir. Aujourd'hui, ils deviennent des objectifs
ambitieux difficiles à atteindre. Et nous sommes obligés de mentir à la
Commission européenne sans tromper les experts internationaux : l'agence de
notation Standard & Poor's a, pour la première fois, fait des commentaires
réservés sur l'importance de notre dette.
Champion pour les prélèvements obligatoires, champion pour la part des
dépenses publiques dans le PIB, champion pour la part de la population
active travaillant dans le secteur public, champion pour l'importance de la
dette, notre pays est malheureusement, malgré tous ces titres, à cause de
tous ces titres, parmi les derniers dans la création d'emplois. Nous ne
sommes pas entrés dans un cycle vertueux de créations de richesses, parce
que nous n'avons pas eu le courage de changer de politique. En Angleterre,
en vingt ans, plus de 6 millions d'emplois privés supplémentaires ont été
créés. Chez nous, aucun. Là-bas, le taux de chômage est de l'ordre de 5 %.
Il faut dire que, dans les années 1980, les Anglais ont été dirigés par
Margaret Thatcher, dont l'action a été développée par tous les gouvernements
qui lui ont succédé, même ses adversaires. Durant la même période, nous
avons eu François Mitterrand. Tant que nous ne serons pas sortis du
socialisme qu'il nous a légué, nous aurons le cumul de la dette, des impôts
et du chômage.
J'attends que l'on tourne la page : il n'y a pas d'autre voie qu'une
politique résolument libérale et européenne. Nous en sommes encore à des
années-lumière. C'est un paradoxe éclairant d'entendre accuser de nos tares
économiques nationales une politique libérale qui n'a jamais été mise en
oeuvre en France, alors que seule une telle politique pourrait accélérer la
croissance, réduire le chômage et maîtriser la dette ! La crise de l'emploi
et la crise de la dette ont une même cause : un manque de croissance, un
étouffement du travail et de l'investissement qui ne connaît qu'un remède :
de l'air ! De la liberté.
Philippe Dominati
Sénateur indépendant de Paris. |