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Le
grand retour de Charles Maurras
Charles Maurras ? Qui se souvient de Charles Maurras ?
A
dire vrai je me souvenais vaguement d’en avoir entendu parler lors d’un
cours sur les idées politiques, il y a bien longtemps, à Toulouse, au début
des années 60. Apparemment, il avait eu une grande influence sur la droite
« nationaliste » de la fin du 19 siècle a 1945 avec son journal « l’Action
Française », avait mal tourné pendant la guerre, avait été frappé
d’indignité nationale à la libération et chassé de l’Académie Française, qui
avait cependant refusé de lui élire un successeur..
Bref, une solide connaissance de salon ou de dîner mondain.
Et puis, cet été, j’ai été invité pendant une période très, très pluvieuse
dans une de ces vieilles maisons de la province française ou le temps est
resté immobile …
Et dans cette maison, oh bonheur, une merveilleuse bibliothèque, ou le
denier livre acheté datait de 1950… et dans cette bibliothèque, la
collection complète et reliée de l’Action Française, dans laquelle je me
plongeais avec une curiosité décuplée par le manque de soleil.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction ! D’un seul coup, tout s’éclairait ! En
fait, nul ne devrait chercher à expliquer la France d’aujourd’hui sans faire
référence à Charles Maurras !
La pensée de Charles Maurras est en effet totalement dominante à tous les
échelons du corps politique, diplomatique et médiatique en France, ce qui
constitue enfin une explication rationnelle à nos malheurs actuels.
Cette pensée s’articulait autour de quelques postulats très forts, que je
vais rappeler en quelques lignes pour ceux qui comme moi, ne connaissaient
pas Maurras.
Le cœur du système, c’est bien entendu la haine.
Haine du capitalisme, haine de l’individualisme, haine de la démocratie
représentative, tels sont les points d’ancrage de cette pensée. Toute haine
a besoin de boucs émissaires pour s’y fixer. Dans le cas de Maurras, ils
étaient tout trouvés : le monde Anglo- Saxon (Angleterre- Etats-Unis) et les
marchés financiers tombés (d’après lui) sous le contrôle des Juifs, qui bien
entendu représentaient la deuxième grande menace.
De ces haines coulent un certain nombre de principes d’action.
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Dans une discussion
avec un adversaire intellectuel ou politique, le but n’est pas d’apprendre
de la discussion par un débat « socratique », mais de détruire
l’adversaire dont on sait dès le départ que c’est un salaud et un mauvais
français.
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Une distinction est
faite entre la « légalité », notion parfaitement compréhensible et
opérationnelle et la « légitimité », idée purement subjective, non
démocratique et non vérifiable (la légitimité est d’ordinaire d’origine de
droit Divin, ou l’apanage exclusif de l’homme providentiel)
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De ce fait le
recours à la violence est parfaitement compréhensible (les troupes de choc
de l’Action Française, les camelots du Roi, se déplaçaient avec des cannes
plombées, pour taper sur ceux qui n’étaient pas d’accord avec eux).
Mais revenons au temps présent, car le but de ce petit article n’est pas
d’expliquer la pensée de Maurras mais de montrer à quel point elle explique
la France d’aujourd’hui.
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Commençons par le
plus évident : la haine du monde Anglo-Saxon. La dessus J.F Revel à tout
dit et fort bien et il n’est pas nécessaire de rajouter quoi que ce soit.
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Continuons par
l’anti-sémitisme, cette maladie de l’esprit. Dans l’imaginaire collectif,
les « Juifs », responsables (chez Maurras) de tous les malheurs de la
France et éternels apatrides, ont été remplacés par les « Israéliens »,
responsables de tous les malheurs du moyen–orient (et donc potentiellement
de la France) et à qui on en veut curieusement aujourd’hui de ne plus être
apatrides. Le feu vert pour cette résurgence fut donné par un fidèle
lecteur de Maurras, de Gaulle lors d’une conférence de presse ou il
caractérisa les Israéliens comme… « petit peuple sur et lui et
dominateur ». Cette remarque fut le signal qu’il était permis de redevenir
antisémite, comme l’avait très bien compris Raymond Aron à l’époque. Je ne
compte plus les dîners en ville ou de grands esprits (de gauche ou de
droite) m’ont expliqué que je ne comprenais rien, qu’Israël ne tenait que
grâce au soutien des USA, eux-mêmes tenus par le « lobby juif » aux
Etats-Unis et que l’administration actuelle aux USA ne mène la politique
actuelle que pour plaire à la minorité Juive fort influente dans la presse
et à Wall-Street. Les deux arguments, contrôle de la démocratie par une
minorité (Juive) et influence des marchés sur la politique (dictature des
marches financiers), sont purement Maurassiens. (Tous les deux idiots,
puisque 80 % des Juifs aux USA votent démocrate, et que le système
financier outre atlantique est totalement décentralisé et réside de moins
en moins à New York). Cependant, tous ceux qui étaient à la fois anti-
américains (Israël, porte avions des USA au Moyen–Orient), contre la
démocratie (Israël, seule démocratie au Moyen-Orient) et contre l’économie
de marché (Israël à elle toute seule exporte plus que tous les pays arabes
réunis, hors pétrole) purent réunir dans un seul bouc émissaire leur
antisémitisme, leur anti-capitalisme et leur haine de la démocratie, et
comme c’étaient souvent les mêmes, le résultat fut celui que l’on voit
tous les jours…c'est-à-dire un retour en masse de l’antisémitisme sous de
nouveaux oripeaux…Fort naturellement, à la suite de trente ans de
propagande ininterrompue, pour 70 % des français, le pays le plus
dangereux pour la paix mondiale est …Israël (comme la Tchécoslovaquisme en
1938 ?).
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Dans le système
politique, nous avons assistée à une délégitimation totale de la
représentativité des élus, au profit d’abord du Monarque- élu et
intouchable (constitution de la V), ensuite des légistes (la
technocratie) et plus récemment des organisations remplies de non élus
mais censées être «légitimes » (altermondialistes, écologistes,
représentants de religions liberticides etc). Comme chacun le sait,
l’élection (comme le marché d’ailleurs), n’assurent pas une bonne
représentation de l’intérêt général. Comme chacun le sait encore, le Roi,
entouré de ses bonnes corporations et de ses légistes a toujours été la
meilleure solution aux problèmes de la France. Encore une fois, voila une
évolution qui aurait ravi Maurras …
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En économie, rien ne
nous a été épargné. Pour commencer, nous avons eu droit à une avancée en
masse du protectionnisme. L’exception culturelle française, le refus de la
« globalisation », la politique industrielle du champion national ne sont
que des mots pour protéger des médiocres en se servant de la puissance de
l’Etat. Ensuite, nous avons eu une montée en masse des corporatismes (un
exemple : la politique agricole commune) et de monopoles publics
inefficaces dissimulant leurs recherches éperdues de rentes protégées sous
le nom de « services publics ». Enfin, nous avons eu la reconnaissance
tant recherchée par Maurras des corporations, sous le nom oh combien
révélateur de « syndicats représentatifs » représentatifs sans aucun doute
comme certaines démocraties étaient populaires il y a peu… (il n’y a même
pas 10 % de salaries qui soient syndiqués) .…
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Dans le monde des
idées, la débâcle est là aussi totale, entérinée par les succès du Monde
Diplomatique, de Courrier International ou d’Alternatives Economiques.
Quand on voit que Bernard Marris et Viviane Forrester ont remplace Raymond
Aron, Sauvy et Fourastié comme phares de la pensée, on mesure l’étendue du
déclin. De ce fait le Maurrassisme triomphe partout : primauté à
l’intuition, montée de la pensée magique, appel aux communautarismes,
refus de la science, retour à la nature, écologie (le terre ne ment pas
disait Maurras), refus du progrès technique, de l’industrie, utilisation
de la violence (légitime, bien entendu !) dans les conflits sociaux ou
dans les disputes telles celles perpétrées par José Bové aidés par des
élus détruisant des cultures transgéniques, principe dit de
précaution, digne de l’inquisition, introduit dans la constitution et
stérilisateur de toute recherche nouvelle (nul doute que Pasteur ou Marie
Curie auraient du être interdit d’expérimentation…) etc…
Mais restons en la, le lecteur aura compris, du moins nous l’espérons…
Un dernier détail reste cependant à préciser.
Le fait que la plupart de ceux qui revendiquent ces idées se disent « de
gauche » aujourd’hui ne changent strictement rien à notre démonstration. Ils
sont de gauche comme Castro est de gauche.
Il existe cependant une différence essentielle entre eux et Maurras.
Maurras écrivait dans un français merveilleux, et il avait une énorme
culture classique.
Quand il ferraillait avec ses adversaires, on avait vraiment l’impression de
contempler un escrimeur, et même si on détestait les idées, on ne pouvait
s’empêcher de sourire.
Eux, ils n’écrivent pas avec une épée, mais avec des tromblons.
Et de culture, ils n’en ont point, sauf la pauvre vulgate marxiste qui en
tient lieu à notre époque.
La conclusion s’impose hélas, d’elle-même : en France, la loi de Gresham
marche fort bien, les mauvaises idées chassent les bonnes, et même dans
l’expression des idées idiotes, nous sommes en plein déclin…
Charles Gave |