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Arrêtons de tricher avec la réalité ! 
 

Lorsque la ministre Georgina Dufoix a déclaré, face à l'affaire du sang contaminé, qu'elle se sentait « responsable mais non coupable », nous sommes entrés dans une dérive de la morale politique. Nous pouvons désormais évaluer le niveau de contamination de ce « déni de responsabilité » à tous les échelons. Trop nombreux sont ces dirigeants qui donnent l'apparence d'une bonne conscience et abusent de l'artifice juridique des circonstances atténuantes. Lorsque, dans un autre genre, Zinedine Zidane précise, après son coup de tête lors du Mondial, qu'il « s'excuse mais ne regrette rien », nous entrons dans une nouvelle dérive qui institue la conscience personnelle au-dessus des valeurs collectives.

La frontière entre la responsabilité et la conscience est toujours fragile. Dans le cas Dufoix, nous l'avons dénaturée en érigeant le principe de « précaution » comme clef de voûte de l'irresponsabilité en matière politique. Dans le cas Zidane, nous risquons, si nous n'y prenons garde, de poser le principe de « légitime défense » comme clef de voûte de notre coexistence. Dans les deux cas, nous glissons inexorablement vers un mode de fonctionnement où le déni de réalité servira de prétexte pour esquiver les prises de responsabilité et où l'extravagance des pulsions servira de référence de vie. Cette citation de Gottfried Benne ne peut que nous interpeller par son actualité : « On sait bien que les hommes n'ont pas d'âme, si seulement ils avaient un peu de tenue. »

Aujourd'hui, nos élites ne parlent que « d'exemplarité ». Mais ceux qui incarnent médiatiquement ce mot clef terminent trop souvent devant une juridiction pour malversation ou pour escroquerie. A ce terme qui a perdu tout sens, il serait préférable d'opposer celui « d'authenticité ». Il est moins flamboyant mais plus exigeant. Il suppose que chacun aille au plus profond de lui-même et travaille cette « force d'âme » que Jean-François Deniau appelle de tous ses voeux pour la survivance de notre société. De nombreux exemples pourraient alimenter le débat, en particulier autour des affaires de stock-options et de gouvernance de nos entreprises.

De même, nos gouvernants et les médias ne cessent d'invoquer la « solidarité » avec tout son cortège d'effets médiatiques qui permettent de mieux diluer la responsabilité et de mieux paralyser l'action. Plutôt que de faire dans « l'égalité des chances », dernier oxymore à la mode, nos élites feraient mieux de s'attacher à la question du moment qui est celle de la « confiance ». Parler de solidarité dans une société qui vit dans la défiance permanente et qui est en rupture avec ses dirigeants est une imposture politique majeure. Si nous n'avons pas plus confiance en notre avenir, nous n'aboutirons qu'à des défaites collectives. Rétablir la confiance est la véritable urgence sur tous les fronts.

Enfin, il est devenu fondamental de retrouver le sens du risque. Notre pays est devenu trop frileux et timoré. Nous cultivons la peur pour un rien. Cette dérive est devenue pathétique et dangereuse à terme. Pour nous protéger des extravagances de la vie et des effets de la concurrence, nous multiplions les commissions d'enquête, les contentieux réglementaires. Nous invoquons en permanence cette « transparence » qui sert en fait à masquer la réalité. Nous multiplions de pseudo-recherches de responsabilité pour exorciser, souvent de façon indécente, le quotidien, alors que nous devrions renouer avec plus de « sincérité » dans l'exercice du management. Mais cela exige à tous les niveaux beaucoup plus d'humilité et de lucidité. Là est le vrai courage.

Il nous faut une fois pour toutes arrêter de tricher avec la réalité et avec l'existence. Arrêtons de diaboliser notre destin, cessons d'être en permanence des victimes, relevons la tête et, face aux épreuves collectives, sachons être droits et grands. La France mérite mieux que des excuses et des défaites répétées ! Elle a besoin de victoires ! La première ne peut qu'être celle que nous gagnerons sur nous-mêmes en étant plus authentiques, confiants et sincères face à des événements et des interlocuteurs qui ne sont pas là pour nous faire plaisir. Pour y arriver, il faut plus que jamais remettre le principe de responsabilité à l'honneur et cesser de le dénaturer avec des principes hybrides et libertaires. Après tout, comme le dit Bernard Shaw : « Liberté implique responsabilité. C'est là pourquoi la plupart des hommes la redoutent. » Raisons de plus pour se battre dans ce sens.

XAVIER GUILHOU est président de XAG Conseil et coauteur de plusieurs livres sur la gestion des risques et des crises.

Septembre 2006

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