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Socle commun des connaissances selon Gilles de Robien : « Tout élève doit comprendre le fonctionnement de l'Univers » ! Les étrangers reprochent souvent aux Français leur arrogance, en particulier dans leur conviction d'avoir un « génie » propre et sans équivalent parmi les nations. Mais voilà que notre ministre de l'Education Gilles de Robien leur donne une nouvelle raison de nous traiter de « grenouilles » gonflées de prétentions en déclarant officiellement que, grâce à lui, les petits Français seront bientôt tous omniscients. Dans son discours de présentation du nouveau « Socle commun de connaissances », il affirme avec tambours et trompettes que tous les élèves connaîtront désormais en fin de 3ème « la structure de l'Univers » et « comprendront son fonctionnement. ». Quand on sait que la plupart de nos bacheliers maîtrisent mal la règle de 3, une telle déclaration fait figure, au mieux, de grosse plaisanterie. En fait, cette déclaration de Gilles de Robien est on ne peut plus sérieuse. Il voudrait même la rendre historique : « Pour la première fois depuis les lois scolaires de Jules Ferry, en 1882, la République va indiquer clairement le contenu impératif de la scolarité obligatoire. » a-t-il pris soin de déclamer avant cette fracassante déclaration sur la connaissance par tous du fonctionnement de l'Univers. Pour comprendre ce qui a poussé notre ministre, et sa brillante équipe de conseillers, à pondre une ânerie aussi stupéfiante, un court retour en arrière s'impose. Gilles de Robien s'inscrit dans la tradition inaugurée par son prédécesseur Jack Lang, ministre de l'Education nationale de 1999 à 2002. Ce dernier, largement assez fin et clairvoyant pour s'apercevoir de l'état désastreux de notre Ecole, a fait publier en 2001 trois opuscules destinés à calmer les parents, dont l'inquiétude croissante risquait un jour de lui exploser à la figure. Ces livres, intitulés « Qu'apprend-on à l'école ? » prétendent décrire le contenu de l'enseignement primaire et secondaire dans les écoles de France. Leur existence est rendue indispensable par les doutes légitimes des parents, dont beaucoup commençaient à comprendre que, justement, leurs enfants n'apprenaient plus grand chose. Quand on lit « Qu'apprend-on à l'école », on s'aperçoit vite que tous nos enfants sont en passe de devenir de véritables Léonard de Vinci. Dès l'école maternelle, ils découvrent tous les domaines des sciences, des arts et des lettres. Au primaire, ils sont à la fois poètes, peintres, musiciens, chercheurs, romanciers, biologistes, physiciens et linguistes. Au collège, nos petits prix Nobel en herbe poussent l'érudition encore plus loin, explorant tous les horizons de l'Antiquité classique jusqu'à nos jours, ainsi que la plupart des cultures présentes et passées de tous les continents. On sort de cette lecture abasourdi, avec aussi l'impression d'être bien bête de ne pas s'être aperçu plus tôt que nos enfants, sous leurs airs parfois rêveurs, connaissent en réalité l'astrophysique aussi bien que la musique médiévale et que tous les domaines de la connaissance explorés jusqu'à présent par l'humanité. Moyennant quoi, Jack Lang a réussi à étouffer les voix qui commençaient à s'élever pour dénoncer les coupes sombres dans les programmes et la prodigieuse diminution du niveau des élèves. De Jacqueline de Romilly aux professeurs du SNALC, tous ceux qui tentaient d'alerter l'opinion sur la disparition des programmes de tel ou tel pan de la culture classique se retrouvaient l'herbe coupée sous les pieds. De même, tous les avocats de « l'école de la vie » et de « la créativité naturelle de l'enfant » se retrouvaient soudain à court de revendications. Toutes les activités manuelles et artistiques qu'ils demandaient qu'on enseigne à l'école figuraient désormais, officiellement et au su de tout le monde, noir sur blanc dans les programmes. Que Jack Lang n'ait strictement rien entrepris pour remédier aux problèmes réels de l'école, par exemple les 25 % d'élèves qui entrent en sixième sans savoir lire chaque année, n'a fait qu'ajouter à son crédit. Car, en maintenant un statu quo militaire, il n'a pas donné la moindre occasion aux syndicats d'enseignants d'organiser grèves et défilés. Le sujet de l'éducation, à court d'actualité, disparut quasiment des journaux jusqu'à l'arrivée du nouveau gouvernement et de son ministre de l'Education Luc Ferry. A bon entendeur salut. Gilles de Robien applique les méthodes qui marchent. Il continue les déclarations dans les médias sur la fin de la méthode semi-globale à l'école, sans se préoccuper du fait que syndicats et pédagogues lui aient adressé une fin de non recevoir à ce sujet le 9 mars dernier. Personne ne va appliquer sa réforme sur le terrain. Aucune école, à part celles qui le faisaient déjà, n’emploiera la méthode syllabique à la rentrée prochaine. Pas question pour Gilles de Robien de se soucier de cela. Tant qu'il peut raconter partout qu'il a signé un papier abolissant la méthode semi-globale, notre ministre est satisfait. Mais, parents et grands-parents, n'espérez pas que vos enfants censés tous « comprendre le fonctionnement de l'Univers » maîtriseront mieux la règle de trois l'année prochaine.
Isabelle Hannart |
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Mai
2006 |
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