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Pourquoi il est urgent de répondre au défi iranien
Al'aube de la 6e année du nouveau millénaire, Adolf Hitler est
ressuscité. Plus exactement, il s'est réincarné, après sa mort dans les
ruines de Berlin, sous les traits d'un obscur terroriste iranien, petit et
chétif comme lui, mais propulsé à la présidence de la République islamique
d'Iran pour d'interminables répliques d'un séisme khomeynique qui n'en finit
pas de tuer, vingt-six ans après. Le président Ahmadinejad a lu le Führer.
Au demeurant, Les Protocoles des sages de Sion, le brulôt antisémite
dont on connaît les ravages, n'ont-il pas été réédités à Téhéran dès 1985
par l'Organisation pour la propagande islamique afin de servir à
l'édification des masses ? La filiation «intellectuelle», si l'on ose dire,
saute aux yeux pour qui veut bien comparer le discours du leader iranien à
la version originale de Mein Kampf.
Mais
la différence entre Hitler et Ahmadinejad est que le premier a échoué, là où
le second est en train de réussir : accéder à la bombe atomique. Selon les
rapports de l'AIEA et de son directeur, le prix Nobel de la paix Mohammed
ElBaradei, l'Iran se rapproche aujourd'hui dangereusement du «seuil»
nucléaire. Et l'acquisition de l'arme nucléaire, qui constitue depuis des
décennies l'objectif du programme clandestin iranien, en complète violation
de ses engagements internationaux, transformerait cet Etat, qui s'est depuis
longtemps affranchi des règles du monde civilisé – que l'on songe à la prise
d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran en 1979 ou à l'épisode du
«diplomate» iranien Wahid Gordji en 1986, qui n'était qu'une illustration de
sa pratique ordinaire du terrorisme, y compris sur notre sol –, en une
menace autrement plus sérieuse pour la paix et la sécurité internationales.
Ainsi parle aujourd'hui le dirigeant d'un grand pays musulman. Et que dit le
reste du monde musulman, un milliard d'hommes, lesquels ne sont pour
l'essentiel ni chiites, ni persans ? Réponse : rien. Aucun président, aucun
ministre des Affaires étrangères, aucun média arabe, y compris dans les
Etats modérés amis de l'Occident, ne s'est élevé pour dénoncer cet appel au
génocide des Juifs. Mieux, il s'est même trouvé quelques thuriféraires de la
foi islamique pour se féliciter de la force de conviction du président
iranien. Deuxième question : si le monde arabo-musulman ne réagit pas, que
fait l'Occident et surtout que fait l'Europe, qui a vu naître la folie
hitlérienne et sa conclusion : la Shoah. Réponse : les démocraties
occidentales «condamnent» et «s'indignent» de propos «scandaleux» et
naturellement «inacceptables»... mais au-delà des mots, elles ne font rien.
L'inexistence de l'Europe sur un sujet aussi fondamental n'a d'égale que son
échec, aujourd'hui patent, dans le bras de fer qui oppose l'Iran et la
Communauté internationale sur ses ambitions nucléaires. Il est clair
aujourd'hui que les négociations conduites par les trois Européens avec
l'Iran ont fait long feu. Des solutions de compromis raisonnables avaient
pourtant été proposées, en vain, aux Iraniens. Ceux-ci viennent d'annoncer,
il y a deux jours, la reprise de leurs activités de recherche et
d'enrichissement.
Au train où vont les choses, l'Iran d'Ahmadinejad aura la bombe d'ici un an
ou deux, tout au plus. Les équilibres régionaux s'en trouveront bouleversés.
Outre Israël, les pays arabes modérés, mais aussi la Turquie, qui est notre
alliée au sein de l'Otan, risquent de se voir directement soumis à son
chantage. Nous-mêmes pourrons a contrario nous féliciter d'avoir eu la
sagesse de conserver une force de dissuasion en cours de modernisation. Mais
compte tenu des liens étroits entretenus par l'Iran et en particulier par
les pasdarans – que M. Ahmadinejad dirigeait encore récemment – avec
plusieurs mouvements terroristes djihadistes, dont le Hezbollah, le pire
serait à craindre – c'est-à-dire l'emploi de l'arme nucléaire au coeur de
nos villes par une nébuleuse d'acteurs terroristes non étatiques –, alors
que le territoire iranien serait «sanctuarisé».
On objectera que le président iranien n'est pas aujourd'hui détenteur de la
totalité du pouvoir et qu'il demeure soumis en théorie à l'autorité du guide
de la révolution Ali Khamenei, sorte de Hindenburg en turban. Mais pour
combien de temps encore ? On assurera aussi que ses positions seraient
affaiblies par ses propres outrances et plus encore par l'alliance réalisée
de facto entre Américains et chiites en Irak. Cela est peut-être vrai. Mais
la fuite en avant qu'il a déclenchée est une sorte de quitte-ou-double :
soit nous laissons Ahmadinejad poursuivre sur sa lancée programmatique, et
c'est l'assurance d'un nouveau conflit majeur au Proche-Orient, dans lequel
nous risquerions d'être impliqués ; soit il en est empêché, ce qu'il faut
évidemment souhaiter. L'idéal serait qu'il le soit de l'intérieur, à la
faveur d'un changement de régime en Iran. On peut malheureusement douter que
les circonstances s'y prêtent.
A défaut, il conviendrait, avant que la situation échappe à tout contrôle,
que le Conseil de sécurité soit saisi de cette affaire, en espérant qu'il ne
fasse pas une nouvelle fois la preuve de son incapacité à agir. Car il ne
faut pas se voiler la face : l'un des dommages collatéraux du débat sur les
armes de destruction massive en Irak – alors que l'intervention de la
coalition aurait très bien pu être justifiée, à mon sens, par la seule
nécessité d'écarter un dictateur particulièrement sanguinaire – aura été
d'affaiblir durablement toute capacité de mobilisation des opinions
publiques occidentales sur les questions de prolifération, qui sont
aujourd'hui pourtant le danger le plus pressant. Ahmadinejad le sait : aussi
pousse-t-il ses feux. A nous de savoir relever ce défi, sans faiblesse. Plus
nous attendrons, plus le coût sera élevé.
Pierre Lellouche
Député et conseiller de Paris, président de l'Assemblée parlemen-taire de
l'Otan.
Cette
tribune est cosignée par les députés UMP Alfred Almont, Richard Dell'Agnola,
Bernard Depierre, Claude Goasguen, Arlette Grosskost, Jean-Yves Hugon,
Jean-Marc Lefranc, Pierre Lellouche, Lionnel Luca, Richard Mallié, Pierre
Micaux, Marc Reymann, Jean-Marc Roubaud et Philippe Vitel.
Le Figaro [12 janvier 2006]
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