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L’impossible
alternance
Extraits de « la
Révolution bleue est en marche », entretiens avec
Jean-Christophe Mounicq. « La Révolution bleue est en marche » le livre politique de cet été qui décrit le blocage politique français et va révolutionner la politique. A lire absolument. Jean-Christophe Mounicq : A la fin de l’année 2005, la France est apparue dans un état critique. Le mensuel économique L’Expansion de décembre 2005 titre sa une : « Enquête sur une France en faillite ». Avec pour sous-titres : «Les banlieues brûlent », « L’Etat se surendette », « L’école échoue ». Une enquête est intitulée : « Ville par ville, les déficits records des hôpitaux ». Certains médias, après avoir longtemps nié ou masqué ces réalités, les reconnaissent aujourd’hui. Vous avez annoncé ces événements depuis fort longtemps dans votre Libre journal sur Radio-Courtoisie, vos livres, vos articles, sur votre site internet. En 1995, dans votre ouvrage « Sécurité sociale, le vrai mal français », vous aviez notamment prévu l’effondrement des comptes sociaux. En 2003, dans votre dernier livre « Le secret de la droite », vous avez expliqué pourquoi la droite n’effectue jamais les réformes de fond nécessaires, et prévu que la majorité UMP-UDF ne ferait quasiment rien, qu’elle échouerait, et que la France continuerait de s’enfoncer. Par delà vos analyses intellectuelles, vous avez toujours été aussi un homme d’action : président du Mouvement pour la liberté de la protection sociale (MLPS), vous êtes également président du Comité CSG, du Syndicat Retraite Action, du Comité Vivre En Paix A Paris (Vepap) et de Droite de France. Vous avez derrière vous une longue expérience de militantisme. Aujourd’hui, face aux blocages du système français, vous pensez que le peuple doit désormais se faire entendre, et, à cet effet, vous venez de lancer une nouvelle initiative, la Révolution bleue. De quoi s’agit-il ? Claude Reichman : La Révolution bleue est partie d’un constat simple : la situation politique et sociale française est complètement bloquée. La situation politique est bloquée parce que les partis et les médias n’arrivent plus à traduire les opinions, les sentiments et les désirs d’action de la population française. Ils ne traduisent en général plus que les desideratas des technocrates qui gouvernent la France et de la masse des fonctionnaires qui constituent leur principal soutien. Or les événements échappent aux technocrates. Nous allons tout droit vers un embrasement général. Celui-ci ne se limitera pas aux « zones sensibles ». Il frappera l’ensemble des villes et des villages de France. Il ne peut en être autrement : la situation devient chaque jour plus critique. Quand les gens ne bénéficient plus du minimum de sécurité pour leur personne, leur emploi et leurs biens, ils sont en proie à l’angoisse et la colère. Cela peut nous conduire très vite vers une explosion absolument dramatique. Il faut donc prendre des initiatives. JCM : Le blocage de la société est-il structurel et propre à la France ? Avons-nous un problème particulier d’alternance politique ? CR : Dans un pays normalement constitué, c’est-à-dire dans un pays démocratique comme prétend l’être la France, la situation pourrait se régler assez facilement par des moyens politiques. Cela se passe ainsi dans les pays voisins. En Allemagne, en Espagne ou ailleurs, les alternances sont réelles. En Allemagne, après la défaite de la majorité sortante, une coalition vient de se constituer entre les deux principales forces politiques parce que l’intérêt supérieur du pays l’exige. En Espagne, lorsque les socialistes succèdent au Parti populaire, c’est-à-dire aux conservateurs, ils font une politique très différente. Même si elle n’est pas radicalement opposée en raison des impératifs économiques à respecter du fait de l’intégration européenne.
En Grande-Bretagne également, les différences sont grandes. Tony Blair, même
s’il ne s’est pas inscrit en rupture par rapport à l’héritage de Margaret
Thatcher, a beaucoup augmenté le pourcentage des dépenses publiques dans le
PIB par rapport à ce qu’il était sous les conservateurs. Dans tous les pays,
le peuple attend deux choses des politiques : qu’ils résolvent les problèmes
qui se posent et que le camp pour lequel ils ont voté ne fasse pas la même
politique que l’autre. Sinon, le processus démocratique est complètement
faussé et c’est ce qui se passe en France.
CR : Bien entendu. La faillite, c’est toujours quand on dépense plus qu’on ne gagne. Et c’est tout l’enjeu politique des prochaines années. Le sort de notre pays dépend pour l’essentiel de la façon dont on procèdera à la mise en bière du modèle social français et à son remplacement par un autre système. A ce sujet, nous avons des propositions concrètes sur lesquelles, si vous le voulez bien, nous reviendrons dans le cadre de cet entretien. JCM : Les élites dirigeantes françaises répètent que les Français tiennent fortement à leur modèle social. Les politiciens, notamment ceux de l’UMP, se dédouanent de leurs responsabilités en expliquant qu’ils ne peuvent rien réformer parce que les Français sont trop attachés à leur sécurité sociale, à leurs services publics etc. Ils font donc porter la responsabilité de leur inaction aux Français. Que pensez-vous de cet argument ? CR : Il est stupide, puisqu’on n’a jamais interrogé les Français à ce sujet. Les élections, dans notre pays, ne sont jamais l’occasion pour les citoyens de se prononcer sur le modèle social, sur l’immigration ou sur tout autre problème majeur. Ces questions sont toujours occultées lors des campagnes électorales. Le système politique exclut toute personne qui voudrait les poser, ou du moins la marginalise. On ne peut donc pas dire que les Français sont attachés à ce modèle social. Qui sait que ce fameux modèle, qui pour l’essentiel repose sur la sécurité sociale, n’a jamais été voté ? Certes, les grandes lignes d’un système de sécurité sociale ont été votées. Mais celui-ci s’est construit essentiellement par des accords entre des syndicats dits « représentatifs », alors qu’ils ne représentent pas grand-chose, leurs adhérents ne dépassant pas 8% des salariés. Ces accords ont été ensuite étendus, par voie réglementaire le plus souvent, parfois législative, mais sans que le parlement en ait vraiment débattu. Un comble ! Ainsi est née une invraisemblable usine à gaz qui évolue selon ses propres lois. Un peu comme un phénomène cancéreux se développe selon une logique différente de celle de l’organisme qui l’abrite. En s’étendant sans cesse, le système a fini par envahir les moindres recoins de la société et de l’économie. Rien ni personne ne lui échappe. Alors oui, les Français y sont attachés : comme à une corde ou une chaîne. JCM : Si on les interrogeait, quel serait selon vous l’avis des Français ? CR : Bien avant que la Sécurité sociale ne soit dans la situation dramatique qu’elle connaît actuellement, avec des déficits records (15 milliards d’euros par an pour la seule branche maladie du régime général !), avec des hôpitaux en état de cessation de paiement, etc., plusieurs sondages ont montré qu’il existait dès alors une majorité en faveur de la mise en concurrence de la Sécurité sociale. C’est une première indication. Il y en a d’autres. Il y a quelques mois, j’ai participé à un débat sur RMC Info. La station réalise un sondage immédiat et permanent pendant l’émission. Les auditeurs téléphonent ou envoient des emails pour voter. Cela n’a certes pas la valeur d’un sondage scientifique, mais donne une idée assez claire de l’opinion des Français, car il y a quand même quelques millions d’auditeurs et beaucoup téléphonent. Lors de cette émission, je défendais l’option de la mise en concurrence de la Sécurité sociale avec les mutuelles et les sociétés d’assurance, face à des représentants de la «Sécu » qui étaient évidemment contre. L’émission s’est terminée avec plus de 90% d’auditeurs favorables à mon action. Cela prouve que, dans un auditorat diversifié, les gens sont très majoritairement conscients de la nécessité de modifier le système. Ils savent, en particulier, que la meilleure façon de le changer est de mettre en concurrence les organismes qui assurent la protection sociale des Français. C’est pourquoi, lorsque la classe politique nous explique d’un air entendu que les Français sont attachés à leur système social, on ne peut pas la croire. Qu’on demande donc leur avis aux citoyens ! Si un référendum était organisé sur le sujet et que la question était clairement posée, on s’apercevrait que les Français sont massivement favorables à la liberté de choix. JCM : Selon vous qu’attendent les Français d’un système de protection sociale ?
CR :
Qu’il leur apporte de vraies garanties pour leur assurance maladie et pour
leur retraite. Il suffit de descendre dans la rue ou au bistrot du coin et
d’interroger les Français sur la confiance qu’ils ont dans la pérennité de
leur système de protection sociale. Ils sont très inquiets. Ils savent fort
bien que le jour est proche où on leur dira : il n’y a plus rien à
distribuer. Et qu’ils se retrouveront alors sans aucune protection, nus
comme l’enfant qui vient de naître. Mais ils ne réagissent pas parce qu’ils
se sentent impuissants. Ils n’ont aucune prise sur les événements. Personne
ne leur demande jamais leur avis et quand par extraordinaire ils ont
l’occasion de l’exprimer sur quelque sujet que ce soit, les politiciens n’en
tiennent aucun compte. |
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Juin
2006 |
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