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La caricature d’un choc de civilisations Douze petites caricatures ont réussi à mettre le feu aux poudres. De l’Indonésie à la Syrie, de l’Arabie Saoudite à la Turquie, du Liban à l’Iran, des dizaines de milliers de musulmans en colère sont descendus dans la rue, vociférant leur haine de l’Occident et réclamant la mort d’une poignée de dessinateurs danois coupables d’avoir donné un visage à leur prophète. Si le feu s’est propagé avec une facilité étonnante, c’est que l’affaire des caricatures a cristallisé un sentiment antioccidental depuis longtemps en germes parmi les masses musulmanes. Certes, des gouvernements peu scrupuleux ont sciemment attisé la colère de leurs populations pour contrecarrer l’ingérence des pays occidentaux dans leurs affaires, ainsi la Syrie sommé de se retirer du Liban ou encore l’Iran accusé de vouloir se doter de la bombe atomique en violation du traité de non-prolifération. Toutefois, la colère s’est également répandue dans des pays considérés comme « amis » de l’Occident, tels l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Egypte et l’Indonésie, de sorte que l’explication conjoncturelle s’avère totalement inopérante face à un phénomène structurel de rejet des valeurs libérales occidentales. 1. Les succès électoraux des islamistes Car cette affaire des caricatures doit se comprendre comme une illustration d’un phénomène majeur, en l’occurrence la lente islamisation des populations musulmanes qui, lorsqu’elles s’expriment librement, plébiscitent des mouvements politiques ouvertement islamistes. La récente victoire du Hamas en Palestine, l’élection du président islamiste Ahmadinejad en Iran, le succès des listes chiites conservatrices en Irak, les scrutins remportés par les courants fondamentalistes en Arabie Saoudite, tous ces évènements politiques confirment le pouvoir d’attraction du fondamentalisme musulman auprès des masses musulmanes. Refusant l’évidence, nombre d’éditorialistes occidentaux continuent à affirmer que le musulman moyen croirait aux vertus de la démocratie libérale et adhérerait spontanément à l’universalité des Droits de l’Homme. Pourtant, selon une enquête de l'institut américain Pew Global Attitudes Project publié en 2003, les deux tiers des Pakistanais, la moitié des Jordaniens et des Marocains affirment avoir une bonne opinion de Ben Laden… Aussi, même s’il demeure une majorité silencieuse de musulmans sincèrement horrifiés par la violence aveugle des terroristes islamistes, force est de constater que les foules musulmanes n’établissent guère un lien de cause à effet entre le fondamentalisme religieux et la dérive meurtrière des adeptes d’Al-Quaïda. Bien au contraire, le parachutage des institutions démocratiques dans ces pays imprégnés d’archaïsme religieux ne fait que de révéler au grand jour l’attachement sincère d’une majorité de musulmans aux lois islamiques. Cette préférence culturelle en faveur de la « loi d’Allah » ne serait pas dramatique pour l’Occident si le phénomène général de globalisation ne se soldait pas par une confrontation brutale entre deux universalismes contradictoires, et c’est là que réside le second enseignement de l’affaire des caricatures. 2. Deux universalismes en confrontation Dans son célèbre ouvrage « The Clash of Civilizations », Samuel Huntington explique la restructuration, depuis la chute du communisme en 1989, du phénomène d’indentification des masses autour de bases culturelles liées aux grandes civilisations. L’échec historique de la lutte des classes et l’émancipation sociale permise par le capitalisme ont rendu caduque l’identification des masses autour de critères sociaux, de sorte que les critères culturels redeviennent des éléments décisifs dans la construction du fait identitaire. Cette disqualification des critères sociaux au profit des critères culturels explique la perméabilité de tous les milieux, y compris « bourgeois », aux thèses islamistes. Le niveau d’éducation parfois assez élevé des terroristes ayant résidé en Europe confirme cette transversalité sociale du phénomène islamiste. Contrairement à ce que croit naïvement notre Président Jacques Chirac dont la vision du monde appartient définitivement au passé, ce ne sont nullement des facteurs économiques et sociaux qui expliquent la vitalité du fondamentalisme islamique, mais des susceptibilités culturelles ravivées par une globalisation perçue comme un danger pour la pérennité de la civilisation musulmane. En effet, le vide spirituel et la permissivité morale d’un Occident incapable de se renouveler démographiquement suscitent, parmi les masses musulmanes, une méfiance instinctive et un rejet viscéral des valeurs libérales occidentales. Cette menace occidentale semble d’autant plus crédible que l’Occident prétend à l’universalité de ses valeurs centrées sur les « Droits de l’Homme », tandis que l’Islam revendique l’universalité de ses valeurs centrées sur sa « loi d’Allah ». Ces deux universalismes contradictoires, la première s’articulant autour de l’individu, la seconde se développant sur les principes d’une collectivité qui se projette dans l’image d’un dieu unique, ne peuvent rentrer qu’en opposition violente avec l’abolition des distances induite par la globalisation. Obligés à vivre « l’un dans l’autre », par mouvements migratoires interposés ou à travers l’importations de produits de consommation, ces deux mondes menacent à tout instant de rentrer dans une logique de confrontation. L’empiètement réciproque de ces universalismes transgressant les frontières et bafouant les souverainetés nationales trouve son illustration éclatante dans cette affaire des caricatures initialement parues dans le journal danois Jyllands Posten. En effet, ces caricatures ont été délibérément internationalisées par les associations islamiques danoises, et les manifestants arabes ont réclamé une modification des lois danoises en faveur de la répression du blasphème anti-musulman. A l’heure de la mondialisation, les exigences de la rue ignorent les frontières et cherchent à s’imposer de l’Irak jusqu’à l’Australie. 3. L’islam, une religion guerrière ? L’erreur de l’Occident sécularisé réside dans son ignorance parfois hallucinante de la théologie musulmane. Cette volonté de ne pas voir la réalité de l’islam des origines conduit des islamologues réputés à affirmer que l’islam serait une « religion de paix et d’amour », alors que les débuts guerriers de Mahomet depuis l’Hégire prouvent éminemment le contraire. Une illustration de ce mensonge « islamiquement correct » réside dans l’explication étymologique du terme « islam » qui proviendrait de « salam » signifiant « paix » en arabe. La vérité, c’est que « islam » vient de la racine « slm » signifiant le fait de se soumettre. « Islam » évoque donc la soumission à Allah, à l'instar du combattant au front qui, voyant qu'il ne saurait l'emporter, dépose les armes volontairement et se soumet, choisissant la vie plutôt que la mort.
Cette racine étymologique du mot « islam » s’identifiant à « soumission » est importante, car l’islam est fondamentalement une religion fondée sur une inégalité de conditions, un rapport de force, une imposition collective qui ne laisse aucune place au libre arbitre et à l’adhésion volontaire. En islam, un musulman reniant sa religion doit d’ailleurs être condamné à mort.
4. Mahomet, chef de guerre et chef religieux
Dès l’Hégire et la fuite à Médine en 622, Mahomet confirma cette tendance totalitaire de l’islam en confondant politique et religion, sphère publique et intérêt privé. Homme d’Etat et chef de guerre, il conduisit des razzias contre les caravanes mecquoises partant vers la Syrie, ainsi durant la bataille du puit de Badr au printemps 624. La sourate 8 du Coran, appelée « les butins », garde le souvenir de cet exploit sanglant. Plus tard, en mars 625, il faillit connaître une déroute fatale à la bataille d’Ohod perdue contre les Mecquois.
Etrange écho historique à l’affaire des caricatures, Mahomet ordonna l’exécution d’opposants politiques et d’artistes, ainsi le poète critique Kab ben Asraf (624), Al Nadr Ibn Harith qui s’était moqué de lui (624), Ocba qui supplia la clémence pour sa petite fille devenue orpheline, la poétesse Asma bint Marwan qui avait accusé le prophète d’avoir tué un vieil homme, ou encore l’apostat Ibn Abou Sahr (630).
Durant la bataille du fossé en 627, Mahomet accusa la tribu juive des Qurayza d’avoir pactisé avec l’ennemi mecquois. En représailles, il fit creuser une fosse sur la place du marché, s’assit au bord et ordonna à deux complices d’égorger successivement tous les Juifs et de les jeter dans la fosse. Selon le chroniqueur musulman Tabari, 800 prisonniers juifs, y compris de jeunes garçons, furent ainsi exterminés. Les femmes et les enfants furent déportés en esclavage.
Dans l’univers mental de l’islam, le monde est divisé en deux parties : la terre de l’islam (« dar al islam ») et la terre de la guerre (« dar al harb ») où habitent les infidèles que les musulmans sont appelés à soumettre. De nombreux versets du Coran incitent directement a combat contre les infidèles, citons en quelques-uns : (Coran s.2, v.187) : « Tuez-les partout où vous les trouverez… S’ils vous combattent, tuez-les, telle est la récompense des incroyants ». (Coran s.9, v.123) : « Combattez les incroyants qui se trouvent autour de vous ». (Coran s.67, 4) : « Quand vous rencontrez les infidèles, tuez-les jusqu’à faire un grand carnage et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits ». Certes, des versets plus pacifiques existent également dans le Coran. Cependant, ces versets appartiennent généralement à la phase mecquoise, c’est-à-dire la plus ancienne, et la théorie islamique de l’abrogation stipule clairement que ces versets pacifiques doivent être remplacés par d’autres plus récents de la phase médinoise, souvent violents et guerriers. 5. Le défi de la renaissance occidentale Il existe donc des différences considérables dans la vision du monde qu’entretiennent Occident et Orient. L’Occident, profondément influencé par un Christianisme fondé sur l’adhésion volontaire de l’individu et la séparation des pouvoirs religieux et politiques (« Rends à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu »), rentre en contradiction totale avec un Orient musulman qui a toujours confondu foi et appartenance collective, sphère publique et sphère privée. La laïcité que les Occidentaux voudraient imposer aux masses arabes est totalement contraire aux valeurs de l’islam. Aussi l’adhésion volontaire de l’Orient aux valeurs des Droits de l’Homme ne peut venir que d’une réforme profonde de l’islam. Cette réforme passe par une relativisation du Coran dans son contexte historique, une prise de distance critique vis-à-vis du personnage Mahomet, une actualisation de la théologie musulmane aux valeurs de l’Homme libre. Bien que difficile, cette évolution philosophique majeure est possible, mais elle demandera des siècles d’efforts de la part des musulmans animés d’esprit critique et de responsabilité. D’un autre côté, nous aurions tort de compter sur les seules facultés de l’Orient à se réformer pour éviter le « choc des civilisations » que nous prépare l’avenir. Dès maintenant, il s’avère utile de s’interroger sur les raisons qui expliquent le rejet des valeurs libérales occidentales dans le monde musulman. Notre monde occidental n’est-il pas victime d’une dangereuse perte des valeurs, d’une relativisation du sens moral, d’un abrutissement généralisé des esprits soumis à un consumérisme outrancier ? La recherche effrénée du plaisir et le vide spirituel de l’Europe n’engendrent-ils pas notre impuissance démographique et notre manque d’engagement sur l’avenir ? Le défi de la réforme de l’islam ne passe-t-il pas également par une renaissance des valeurs morales en Occident ? Assurément, c’est un immense chantier qui se trouve devant nous. Constant Rémond |
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Février
2006 |
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