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La nécessaire libéralisation de l’Ecole

Chaque année, la focalisation des médias sur la rentrée scolaire permet d’évoquer des sujets sensibles qui concernent directement l’avenir de nos enfants. La performance de l’Education nationale, son rôle dans notre société, les principes qui doivent l’animer sont autant de questions qui surviennent à chaque rentrée scolaire, bien que le mot de la fin appartienne toujours à une minorité de syndicats d’enseignants qui estime contre l’évidence que la direction générale de l'Education nationale relève de sa seule compétence.

Noyautée par des syndicats d’enseignants qui refusent toute critique extérieure d’un système dont ils sont partie prenante, l’Education nationale constitue le premier poste de dépenses du budget de l’Etat avec 80 milliards d’euros, soit 25 % des dépenses totales. L’Education nationale devant son existence à l’argent des contribuables, ce sont les citoyens contribuables qui devraient décider de l’avenir du système éducatif, avec naturellement les parents qui confient leur progéniture à une institution décisive pour leur future intégration sur le marché du travail.

Une défiance grandissante

Or quelles sont les motivations des parents à chaque rentrée scolaire ? A l’évidence, les parents cherchent à placer leurs enfants dans le meilleur établissement disponible, d’où la ruée vers le privé qui affiche complet et le contournement de la fameuse carte scolaire par un tiers des intéressés. Le plus symptomatique réside dans la distorsion entre le discours "égalitariste" des professeurs et leur comportement réel car plus de 40 % d’entre eux boycottent l’établissement public de proximité au profit d’un établissement plus coté, preuve qu’eux-mêmes ont parfaitement intégrés les ressorts de notre société concurrentielle. 

Cette défiance envers les établissements publics de proximité pose cruellement le problème de l’efficacité de l'Education nationale en général, ainsi que la légitimité d'une carte scolaire désavouée par une proportion grandissante de parents. Le discours actuel des syndicats d'enseignants consiste à asséner des vérités faciles sur les "valeurs républicaines" et à suggérer que le remède passe par davantage de contraintes et d'obligation à l'encontre des parents récalcitrants. Leurs méthodes sont connues : culpabilisation des parents ayant opté pour le contournement de la carte, diabolisation du moindre soupçon de concurrence appliquée au système éducatif, revendications de moyens supplémentaires alors que les contribuables n'ont jamais autant payé pour assurer aux nouvelles générations une éducation qui ne cesse de se dégrader...

Briser le tabou de la concurrence

Pourtant, avec la suppression de la carte scolaire, un cycle vertueux de concurrence entre établissements pourrait s’amorcer. Véritable pilote d'un établissement dont il a la charge, le proviseur doit pouvoir choisir les professeurs en fonction de la qualité de leur enseignement, de l'étendue de leurs savoirs pédagogiques, du sérieux de leur présence effective. La plaie de l'absentéisme parmi les enseignants se réglerait très facilement si le proviseur avait le pouvoir de licencier ceux qui abusent de la mansuétude du système. A l'inverse, la motivation des professeurs pourrait s'accroître sensiblement si le proviseur avait le pouvoir de casser la grille des salaires uniquement fixés sur l'ancienneté au profit de critères intégrants la performance et la bonne réputation. L'évaluation de cette performance serait facilitée par des visites plus régulières d'inspecteurs de l'Education nationale, tandis que la bonne réputation serait fondée sur l'appréciation du proviseur de l'ancien établissement où exerçait auparavant l'enseignant.

L'offre pédagogique représente un autre élément susceptible d'aiguiser la concurrence entre établissements. Actuellement, c'est l'Etat qui détermine autoritairement l'orientation pédagogique des collèges et lycées. Pourquoi ne pas permettre aux proviseurs d'adapter, dans la limite raisonnable d'un seuil incompressible pour les matières fondamentales, l'offre pédagogique prodiguée aux élèves ? L'accent mis sur la maîtrise des langues étrangères, ou encore la spécialisation dans les matières scientifiques, pourrait séduire des parents et retenir leurs enfants. Cette responsabilisation des proviseurs et l'autonomisation des collèges et lycées renforceraient une émulation bénéfique entre établissements, à condition que les proviseurs aient également le pouvoir de maîtriser l'admission des nouveaux élèves. 

Et si on parlait de la sélection ?

Car la sélection à l'entrée des établissements constitue le dernier tabou de notre société habité par le spectre de l'égalitarisme, bien que l'évitement actuel de la carte scolaire crée déjà une situation de concurrence et de sélection des meilleurs éléments. Conséquence logique de la suppression de la carte scolaire, un minimum de sélection s'impose afin de ne pas oblitérer les chances des bons élèves qui sont les premiers à subir l'abaissement général du niveau. Au lieu d'investir des sommes considérables pour lutter contre la violence scolaire, il suffirait que le proviseur ait tout simplement le pouvoir de refuser l'admission d'un élève connu pour faits de violence, au nom de l'intégrité morale et physique des enfants sérieux désirant travailler.   

En fait, l'erreur fondamentale de notre système éducatif fut de croire qu'il était possible d'amener toute une génération à un niveau équivalent au baccalauréat. Comme notre société s'avère fondée sur le mérite et la discrimination des compétences, l'incontournable sélection s'exerce plus tard, durant les premières années de l'université. Avec pour conséquence l'incommensurable déception des jeunes qui ne comprennent pas pourquoi, avec une brillante Licence en philosophie comparée, ils se retrouvent à vendre des yaourts au Monoprix. Ce mensonge de l'Education nationale sur la vraie valeur des diplômes nourrit un ressentiment général des jeunes à l'égard du monde du travail. Le désir majoritaire des jeunes consistant à devenir fonctionnaire ainsi que les récentes manifestations contre le CPE illustrent le malaise des jeunes générations confrontées à la dure loi du marché du travail, alors que la seule démagogie égalitariste de l'Education nationale s'avère responsable de leurs déboires.

Cette fuite en avant égalitariste et anti-sélective a également une grave conséquence pour notre économie : alors que plus de 300 000 emplois manuels ne sont pas pourvus faute de candidats, l'Education nationale continue à orienter de manière irresponsable des milliers de jeunes vers des filières sans avenir. Alors que notre économie a besoin de bras dans la restauration, l'hôtellerie, le bâtiment, le soin aux personnes âgées, notre "beau modèle" éducatif continue à envoyer des charrettes entières de jeunes au chômage, au nom d'une idéologie poussiéreuse visant à discréditer toute professionnalisation des filières dès le plus jeune âge.

Des raisons plus globales

Ces progrès souhaitables dans la libéralisation des talents et l'autonomisation des établissements, bien que nécessaires, ne contribueront peut-être pas à régler entièrement la crise abyssale du système éducatif. En effet, les collèges et lycées sont à l'image de leur environnement immédiat. Ainsi le phénomène inquiétant de la montée des violences scolaires dans les établissements sensibles, ou encore la dévalorisation des diplômes, plongent également leurs racines dans des causes plus profondes. L'immigration incontrôlée qui remplit les classes populaires d'élèves socialement défavorisés, la remise en question des valeurs nationales et laïques par des groupes de pression communautaristes, la déstructuration des familles sont autant de défis qui ne concernent pas uniquement l'Education nationale, mais plus généralement la notion de l'autorité dans notre société. Nous le constatons, le chantier de l'Ecole est immense et doit être abordée avec la plus grande énergie.

Constant Rémond               

Septembre 2006

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