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Pourquoi Benoît XVI a raison
Encore une fois, le monde musulman s'embrase à cause d'une simple opinion dérangeante sur l'islam. Après l'affaire des caricatures de Mahomet en octobre 2005, les dirigeants arabes s'associent aux dignitaires religieux musulmans pour dénoncer avec ardeur les propos du pape Benoît XVI concernant le fondateur de la religion islamique. En effet, lors d'une conférence de pure théologie à l'université de Ratisbonne, le souverain pontife rapporta l'opinion de l'empereur Byzantin Manuel II affirmant que "Mahomet n'avait apporté que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l'épée la foi qu'il prêchait". Le pape enchaîne en suggérant une relation de cause à effet entre l'absolue transcendance de Dieu chez les musulmans et l'impossibilité de l'islam à se conformer à la moindre des valeurs humaines, y compris la raison.
Or, face à une démonstration théologique aussi solide et rationnelle que celle du pape, quelle fut la réaction du monde musulman ? Des effigies du pape furent brûlées, une soeur italienne assassinée, des manifestations de haine organisées dans les rues indiennes ou palestiniennes. Exactement comme lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, le paradoxe de cet émoi mêlé d'hypocrisie apparaît au grand jour : la critique de l'islam au nom de sa violence conduit précisément à des manifestations de violence qui confirment la justesse de la critique initiale. Validée par les faits, la thèse rapportée par Benoît XVI a été démontrée par les musulmans radicaux eux-mêmes.
L’instrumentalisation par les politiques
Bien sûr, il serait très exagéré de pointer un doigt inquisiteur sur la totalité des musulmans qui, dans leur grande majorité, ne sont pas descendus dans la rue pour vociférer leur haine contre le souverain pontife. Par contre, le plus remarquable dans cette affaire réside dans la responsabilité évidente des dirigeants arabo-musulmans qui furent les premiers à enfourcher leurs grands chevaux d’indignation. Au lieu de calmer l'ardeur d'une poignée d'extrémistes, les gouvernements marocain, palestinien, malaisien, iranien réagirent avant même que la conférence de Ratisbonne ne soit traduite en arabe, malais ou persan, ce qui prouve que les racines de la colère plongent parmi les élites de ces pays. Le sommet de l’hypocrisie fut atteint par les protestations de l’Arabie Saoudite, dans ce pays où la construction d’églises est interdite, le port d’une croix chrétienne motif d’emprisonnement et l’apostasie punie de mort, conformément à législation islamique...
Dans la continuation de l'affaire des caricatures, les gouvernements arabo-musulmans se sont servis de cette polémique pour mieux détourner l'attention des masses arabes de leur propre incompétence économique et démocratique. A la légendaire susceptibilité orientale s'ajoute une sombre manoeuvre de diversion de ces régimes corrompus afin de faire croire à un complot occidental qui expliquerait tout naturellement le déficit de démocratie et l'absence de justice sociale dans le monde arabe. Par essence ennemies de la liberté, par ailleurs soumises à la pression interne des islamistes, les dictatures perses et arabes trouvent dans l'Occident un bouc émissaire facile, surtout quand il s'agit de dénoncer une liberté de conscience qui pourrait s'avérer dangereuse pour la pérennité de leurs régimes.
Et si Manuel II voyait juste ?
Pourtant, Benoît XVI n'a nullement repris à son compte l'opinion critique de Manuel II, comme l'affirment certains journalistes trop zélés. A la prudence du souverain pontife s'oppose l'extrême susceptibilité des musulmans conservateurs qui ne supportent pas l'idée que leur prophète Mahomet puisse faire l'objet du moindre soupçon de critique. Mais justement, cette susceptibilité ne trahirait-elle pas une vérité dérangeante pour la croyance des musulmans conservateurs, ces musulmans écartelés entre le désir de croire et l'objection intraitable de la raison ?
L'étude objective du Coran et de la biographie du prophète Mahomet nous apprend que le jihad s’avère consubstantiellement lié à la naissance de l'islam. Depuis l'Hégire en 622, Mahomet multiplia les excursions militaires contre les païens mecquois. En 624, il attaqua une caravane mecquoise au puit de Badr. Dans le Coran, la huitième sourate appelée "Les butins" garde le souvenir de cette victoire ainsi que du partage du butin qui s'ensuivit. Mahomet en profita pour faire exécuter parmi les prisonniers un certain Al Nadr qui s'était moqué de lui. En 625, il subit une défaite à la bataille du Mont Ohod, mais remporta en 627 la bataille décisive du Fossé. Accusant les Banu Qurayza d'avoir pactisé avec l'ennemi, Mahomet organisa une expédition punitive contre cette tribu juive de Médine dont il extermina tous les membres mâles et fit déporter les femmes et enfants en esclavage. Mahomet condamna à mort nombre d'opposants politiques, tel le juif Kab ibn al-Ashraf ou encore la poétesse Asma Bint Marwan durant son sommeil.
Le Coran fourmille de très nombreux passages appelant à la guerre totale contre les infidèles, ainsi la sourate 2 verset 191 : "Tuez les infidèles là où vous les trouverez [...] S'ils combattent, tuez-les : telle est la récompense des infidèles". On encore dans la sourate 47 verset 4 : "Quand vous rencontrez les infidèles, frappez-les à la nuque jusqu'à en faire un grand carnage." Enfin, quand on lit le Coran, on est frappé par le message récurrent de Mahomet qui, à longueur de versets, martèle que ceux qui lui obéissent auront droit au paradis tandis que les infidèles brûleront éternellement dans le feu de l'enfer. En islam, la notion de crainte est omniprésente et détruit tout sens critique.
Certes, l'islam n'a nullement le monopôle de l'intolérance religieuse. Des pages violentes et guerrières existent aussi dans l'Ancien Testament, reflet d'une époque où les successeurs de Moïse conquirent par les armes l'actuelle Palestine. Cela dit, le fait qu'aucune religion ne soit exempte de reproches n'autorise nullement les musulmans conservateurs à interdire toute critique concernant Mahomet ou le Coran. En rapportant l'opinion critique de Manuel II sur l'islam, Benoît XVI fit involontairement sauter le tabou religieusement correct de la critique interreligieuse.
Le tabou de la critique interreligieuse
Sous l'influence de la décolonisation et des idées héritées de mai 68, les Eglise catholiques et protestantes s'interdisaient, au nom du "respect des croyances d'autrui", de porter le moindre jugement critique sur les fondements religieux d'une autre religion, surtout quand cette dernière semble l'apanage des déshérités de cette planète. Paradoxalement, l'acte de repentance initié en l'an 2000 par le feu pape Jean-Paul II pour les crimes commis au nom de l'Eglise catholique modifia considérablement la donne. En effet, il était maintenant devenu difficile pour les chrétiens de pratiquer à eux seuls l'autocritique tandis que les musulmans se sentiraient totalement exempts de reproches. L'atmosphère de repentance historique dans laquelle baigne l'Occident depuis l'initiative du pape ne pouvait que donner raison à ceux qui s'étonnent de l'absence totale de réciprocité dans la mémoire musulmane. Les musulmans n'avaient-ils pas connu leurs "croisades" (le jihad depuis l'origine), leurs "inquisitions" (l'application de la chariah), et même leurs "traites des Noirs" (17 millions d'africains déportés depuis le haut Moyen-âge) ? Dans un autre registre, les attentats terroristes commis au nom de l'islam depuis le 11 septembre 2001 confirmèrent les doutes de l'Occident concernant la nature non-violente de l'islam. L'explosion du tabou de la critique interreligieuse était donc inévitable. Les propos de Benoît XVI ne constituent donc nullement une initiative spontanée, mais l'expression d'une tendance lourde qui devait se manifester un jour ou l'autre.
Toute sa vie durant, le pape Jean-Paul II avait fermement combattu le communisme, cette idéologie criminelle du 20ième siècle. Après la chute du communisme, le pape Benoît XVI prend désormais conscience de la nécessité de combattre la nouvelle idéologie totalitaire de ce siècle naissant, l'islamisme. Or comme le mur de Berlin s'écroula sous les coups de butoirs des peuples opprimés à l'Est, la muraille de l'islamisme ne peut tomber qu'à l'initiative des musulmans eux-mêmes qui auront décidé de prendre une distance critique vis-à-vis de certains fondements théologiques de l'islam. Loin de remettre en cause leur foi légitime en un Dieu unique, les musulmans sincères gagneraient à replacer le personnage Mahomet dans son contexte historique, à souligner l'apport déterminant du judaïsme dans la genèse de la doctrine musulmane, à revendiquer le droit à l'exégèse pour l'étude des livres sacrés.
Et la meilleure façon d'aider les musulmans à relativiser l'immuabilité du texte coranique pour adhérer à une vision purement intellectuelle et spirituelle de la foi passe par un échange franc et sincère. Cet échange inclut la critique du Coran et de Mahomet, aussi sensible soit-elle.
Constant Rémond |
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