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La République des lamentations Crimes de Vichy, guerre d’Algérie, Traite des Noirs, esclavage, colonisation… Combien de fois la France devra-t-elle s’exercer à la repentance permanente pour les « crimes de son passé » ? Combien de fois les médias s’acharneront-ils à ressortir les vieux cadavres de l’Histoire pour mieux entretenir les français dans la détestation de leur mémoire ? Comme pour exorciser son manque d’imagination à préparer l’avenir, notre « République des lamentations » aime exhumer les malheurs du passé au risque de susciter la défiance, voire la haine de la France parmi les jeunes générations. Régulièrement, des campagnes médiatiques censées « briser les tabous » jettent une lumière inquisitrice et simplificatrice sur des évènements certes tragiques, mais totalement déconnectés de leur contexte historique. Le livre de Claude Ribbe comparant Napoléon à Hitler constitue la plus récente illustration de cette schizophrénie mémorielle. Le sang paye plus que la sueur Naturellement, des raisons bassement mercantiles sont à l’origine de cette dérive. Dans notre société médiatique fondée sur l’émotion plutôt que sur la raison, il s’avère bien plus porteur de dénoncer les scandales du passé plutôt que d’évoquer les œuvres positives de nos aïeux. Un livre démontrant le surplus de croissance engendrée par la colonisation intéresse beaucoup moins le grand public qu’une exposition obscène de cadavres algériens, sanguinolents de préférence. Le sang paye plus que la sueur. Touts les faits historiques, de l’exploration de l’Amérique à la guerre en Afghanistan, sont maintenant perçues à l’aune du nombre de morts et de blessés. Dans notre pays peu porté aux valeurs de l’entreprise et du travail, les dimensions économiques des évènements historiques sont très largement ignorées. « La colonisation, combien de persécutions ? » dirait volontiers aujourd’hui un directeur de publication. Piégés par le pouvoir omniprésent de l’image, nous sommes devenus incapables de percevoir les énormes enjeux stratégiques derrière n’importe quel fait historique car notre « rétine médiatique » est irrémédiablement réglée sur le rouge vermeil des atrocités. Par exemple, la conquête de l’Ouest est unanimement dénoncée pour ses nombreuses exactions contre les Amérindiens, alors que cette même conquête a été à l’origine de la formidable montée en puissance des Etats-Unis génératrice de croissance économique et de progrès scientifique. Les soldats d’Austerlitz, premières victimes de « l’historiquement correct » Cette obsession pour les « crimes du passé » contribue à la contamination de « l’historiquement correct » parmi nos élites politiques. Alors que l’Etat français a dépêché un porte-avions pour fêter le 200ième anniversaire de la bataille de Trafalgar, mémorablement perdue contre les Anglais, aucun effort particulier ne fut déployé pour commémorer le 200ième anniversaire de la bataille d’Austerlitz. A cette vision masochiste tournée vers l’exhibition des hontes collectives et la détestation des gloires nationales, s’ajoute une frilosité incompréhensible et un manque d’audace coupable. La commémoration de cette bataille majeure aurait été justement une occasion de sceller définitivement, sur cette terre d’Austerlitz imprégnée du sang des soldats français, autrichiens et russes réunis, la réconciliation de toutes les nations européennes déchirées par des conflits ancestraux et maintenant éclairées par un même soleil de fraternité et de paix. La pénalisation de la pensée Plus grave encore, la pénalisation de la pensée « historiquement incorrecte » constitue un motif d’inquiétude pour l’avenir de notre démocratie. Depuis les lois Gayssot de 1990 condamnant toute contestation de la Shoah telle qu’elle a été décrite par le tribunal international de Nuremberg en 1945, une tendance lourde se dessine en faveur d’une répression pénale de toute forme de pensée ou d’appréciation contraire à l’Histoire officielle. La loi Taubira sur la Traite des noirs ou la reconnaissance du génocide arménien illustrent cette volonté de réglementer les esprits. Alors que Mme Taubira s’offusque, à juste titre, de la propension du Parlement à « vouloir écrire l’Histoire » par la nouvelle loi reconnaissant le rôle positif de la colonisation en Afrique du nord, cette même Mme Taubira semble oublier qu’elle-même avait déposé une loi reconnaissant la traite des Noirs comme un crime contre l’humanité, ce qui prouve toute la contradiction et la mémoire sélective dont sont capables les professeurs de vertu « historiquement corrects ». A cause de cette loi Taubira, un vrai professeur d’Histoire celui-là, le professeur Olivier Petre-Grenouilleau de l’Université de Lorient, est actuellement traîné devant les tribunaux par « Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais » pour avoir osé établir une nuance objective entre l’esclavage et un authentique génocide. Un indice troublant réside dans la présence de « l’historien » Claude Ribbe sur les bancs de l’accusation, comme si ce pamphlétaire cherchait à régler ses comptes avec ses confrères par tribunal interposé. Rappelons que la démonstration d’Olivier Petre-Grenouilleau reposait sur le fait qu’un esclave, en dépit de la rudesse de sa condition, conservait une valeur marchande aux yeux de son maître, à l’inverse d’une victime de génocide dont la négation de toute dignité la conduisait irrémédiablement à la mort. S’il n’est plus possible pour un historien d’émettre de bonne foi une analyse objective sur l’esclavage, alors qu’en est-il de notre société prétendument fondée sur la liberté d’expression et le débat d’idées ? La liberté d’expression bafouée Bien sûr, il peut être moralement choquant de remettre en question la véracité des crimes contre l’humanité reconnus par le parlement. La négation du génocide arménien, par exemple, provoque une émotion tout à fait compréhensible parmi les descendants des victimes arméniennes. Mais justement, la liberté d’expression ne consiste pas à tolérer ce qui est unanimement admis pour mieux réprimer ce qui s’échappe de la pensée dominante. Si telle était la définition de la liberté d’expression, alors il y aurait une liberté d’expression en Chine populaire ou à Cuba. En réalité, la vraie liberté d’expression consiste à laisser s’exprimer toute idée intellectuellement construite, aussi choquante soit elle. Car comment une société pourrait-elle progresser si elle commence à réprimer toute expression susceptible de choquer les idées majoritaires de son époque ? La réprobation morale qu’inspire une pensée choquante n’est nullement un motif valable pour emprisonner les gens dans une authentique démocratie. C’est au débat d’idées, non à la matraque du juge, de guérir notre société des idées dangereuses ou immorales. Pourtant, depuis les lois du communiste Gayssot et maintenant la loi tendancieuse sur « l’homophobie », le fait d’exprimer publiquement une idée sulfureuse est devenu source de tous les dangers, du bûcher médiatique comme en a fait l’amère expérience Alain Finkelkraut, à l’emprisonnement pur et simple. La prison pour délit d’opinion publique n’est nullement une vue de l’esprit : récemment, un élu du Front National fut condamné à 6 mois de prison ferme pour avoir relativisé la Shoah. Or si l’usage de la contrainte judiciaire est devenu le seul recours pour lutter contre des idées moralement « déviantes », en quoi cela prouve la différence intrinsèque entre notre démocratie et des régimes autoritaires fondés sur un ordre moral ou religieux ? Un communautarisme ennemi de la liberté Cette dérive liberticide tient son origine dans de multiples raisons, dont la confusion entre légalité et moralité, une judiciarisation toujours plus poussée de la société, le manque de confiance dans le pouvoir curateur du débat d’idées. Mais davantage encore, la liberté d’expression régresse sous le travail de sape des groupes de pression communautaires qui usurpent le titre de représentants légitimes de leur prétendue « communauté ». Collectifs « noirs ou antillais », lobbies « gays et lesbiens », associations « féministes » , tous ont en commun la volonté d’obtenir des privilèges en instrumentalisant les souffrances réelles ou imaginaires du passé. La recherche d’une fausse légitimité dans les pages sombres de l’Histoire démontre toute l’inanité de leurs exigences incapables de trouver des raisons valables dans la situation du jour d’aujourd’hui. Seule l’exacerbation d’une Histoire manipulée et le chantage à la « phobie » censée viser leur communauté procurent à ces groupes de pression une tribune médiatique dont ils abusent. S’introduisant dans les failles d’un système judiciaire complaisant, la pieuvre communautariste menace d’étouffer la liberté d’expression sous ses ventouses. A nous de nous y opposer résolument. Constant Rémond |
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Janvier
2006 |
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