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L'autoflagellation, mal français
Qui
bat sa coulpe pour son passé esclavagiste et s'excuse du colonialisme de
jadis ? Qui abandonne la mémoire collective au gré des ressentiments de
nouvelles communautés ethniques ? La France, toujours la France.«En
commémorant, vous luttez contre le racisme», a dit Jacques Chirac à des
lycéens, lundi, à l'occasion de sa décision d'instituer, le 10 mai, la
commémoration de l'abolition de l'esclavage. Mais un racisme antifrançais se
délecte de ces procès en déshonneur.
Que la nation regarde son histoire en face est la moindre des choses.
L'esclavage et le colonialisme doivent être enseignés au même titre que la
Saint-Barthélemy, le génocide vendéen, le zèle collaborationniste de Vichy.
Cependant, les demandes de repentances ne cherchent plus seulement à
consolider des souvenirs. Elles sont utilisées pour s'approprier des plaies
et marquer des humiliations. Un refus de l'héritage commun accompagne
souvent ces dénigrements.
Commentaire de l'historien et philosophe Paul Thibaud, mobilisé contre «la
guerre des mémoires» : «Nous sommes inquiets des effets de la concurrence
mémorielle qui tend à déchirer le corps politique et à dresser des groupes
de victimes de l'histoire les uns contre les autres (...)». Une surenchère
présente la France comme injuste, méprisable, criminelle. La seule évocation
par le Parlement des «aspects positifs» du colonialisme a été vue comme une
provocation.
En s'appliquant l'autoflagellation, la France en quête de destin laisse son
passé lui échapper. Où est la fierté quand le bicentenaire d'Austerlitz est
célébré en catimini, de crainte d'irriter des minorités ? D'autres pays
européens, davantage impliqués dans la traite des Noirs ou le colonialisme,
se gardent de succomber à cette mésestime de soi. L'exercice n'effleure pas
les pays arabes et africains, premiers des esclavagistes.
C'est une faiblesse que montre la France, en se pliant aux «devoirs de
mémoire» réclamés unilatéralement, y compris par le Parti communiste,
s'agissant du colonialisme. Remarquons, au passage, que le PC a contribué,
la semaine dernière, à faire échec à la condamnation officielle, par le
Conseil de l'Europe, des crimes commis par les régimes communistes (100
millions de morts). «Touche pas à mon histoire !», dit-il, quand ça
l'arrange...
Villepin : le revirement
Dominique de Villepin a-t-il pris la mesure du malaise existentiel des
Français, qui voient leur histoire, mais aussi leur culture et leur langue
malmenées ? A Salzbourg (Autriche), vendredi dernier, il a déclaré, parlant
du besoin de frontières pour l'Europe : «Aucun projet politique ne peut se
construire dans un mouvement d'expansion rapide et continue aux limites
incertaines (...) L'Europe n'a pas vocation à s'élargir indéfiniment. L'idée
d'une fuite en avant me paraît dangereuse.»
Propos d'autant plus intéressants que le premier ministre était, il y a un
an, parmi les défenseurs de l'entrée de la Turquie en Europe, projet sur
lequel il se fait plus discret, et l'avocat enfiévré d'une Europe ouverte à
l'Islam (Bloc-notes du 3/06/05). Dans L'Homme européen (Plon, 2005), il
plaidait aussi pour que l'Europe reste «une ambition en mouvement, au lieu
de se résigner à la glaciation». «Évitons ce piège d'une Europe qui se
fermerait et déclarerait d'elle-même la fin de son histoire», écrivait-il.
Ce revirement rappelle l'éloignement des dirigeants face aux préoccupations
des peuples attachés à leurs origines. «Depuis des décennies, nos élites
sont devenues les pédagogues du renoncement national», écrit Max Gallo dans
un livre décapant qui sortira mercredi («Fier d'être français», Fayard).
L'écrivain y appelle à défendre la «survie de la nation». Un message qui
devrait être entendu : le patriotisme, longtemps qualifié de réactionnaire,
s'impose depuis peu dans sa respectabilité.
Certes, il reste encore de bon ton de critiquer l'hégémonie occidentale, qui
mettrait en péril l'identité musulmane. Mais c'est l'inverse qui se profile,
avec la poussée de l'Islam en Europe. 60 000 «Gaulois» se seraient déjà
convertis à cette religion (L'Express du 26 janvier). Elle est disposée à
développer son influence, au-delà de la sphère privée, dans des domaines
sociaux et politiques. Qui saura contenir la charia, sinon l'affirmation
d'une identité respectueuse de ses racines judéo-chrétiennes ?
Menaces sur la liberté d'opinion
A ce propos : la libre expression, constitutive de l'esprit français, ne
peut donner raison aux menaces du monde islamique contre les quelques
journaux européens, dont France-Soir, qui ont publié des caricatures
cruelles de Mahomet. L'épreuve de force veut faire taire les critiques
contre l'Islam. Le Vatican a-t-il remis en cause la liberté d'opinion, après
telle caricature avilissante de Benoît XVI parue le 17 août dans Charlie
Hebdo, ou après des films et publicités jugés blasphématoires ?
Ces intimidations ont conduit, hier, au renvoi du directeur de la
publication de France-Soir. L'enseignant Louis Chagnon avait également été
lâché par sa hiérarchie, en 2004, après avoir décrit les comportements
guerriers du prophète. En décembre, une pièce de Voltaire, Le Fanatisme ou
Mahomet le prophète, avait suscité la colère d'associations et de la mosquée
de Genève. Au Pays-Bas, Theo Van Gogh a été assassiné pour avoir dénoncé
l'islamisme. Une résistance est, plus que jamais, nécessaire.
Front commun
La victoire du Hamas : elle a le mérite d'ouvrir les yeux des Européens sur
la réalité du totalitarisme islamiste et son obsession à détruire Israël. Un
front commun des démocraties se dessine enfin contre le «nazislamisme»
palestinien et iranien. C'est la seule bonne nouvelle, dans cette région
désespérante pour la paix.
Ivan Rioufol
Le
Figaro [03 février 2006] |