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Réformes : la méthode Outreau La
réforme de la France passe par sa mise à nu. Telle est la leçon de l'horreur
judiciaire d'Outreau, dévoilée grâce aux audiences télévisées de la
commission d'enquête parlementaire. Les souffrances des innocentés ont fait
apparaître une justice pouvant être déséquilibrée, irresponsable, inhumaine.
D'autres témoignages ont fait comprendre les failles de l'instruction et des
mécanismes de mise en détention provisoire. Résultat : la refonte de
l'institution est devenue une urgence pour tous. La mise au jour d'autres réalités peut convaincre les Français de la nécessité de les maîtriser. D'autant que la majorité d'entre eux a pris ses distances avec les discours déconnectés de la vie de gens et les commandements des élites. C'est ainsi que la rébellion des cités, révélée par les insurrections ethniques de novembre, a poussé le sujet interdit qu'est l'immigration musulmane au rang des thèmes qui s'imposeront dans la campagne présidentielle. Personne ne s'émeut de voir la justice rendre des comptes de ses abus : preuve que l'opinion est prête à soutenir d'autres mises en cause. Pourquoi les parlementaires n'entendraient-ils pas, devant les télévisions, ces enseignants agressés par leurs élèves, ces médecins débordés, ces déshérités abandonnés ? Et qu'attendent les commissions d'enquête pour étaler publiquement la situation économique du pays, à travers audits et constats indépendants ? Qui a peur de la vérité ? Désinformation La palme de la désinformation d'Etat revient à la persistante sous-évaluation de l'immigration. L'exercice recueille, à chaque fois, l'appui de la bien-pensance, prête à dénoncer l'influence de l'extrême droite dans les propos de ceux qui viendraient à douter du sérieux des chiffres avancés. C'est ainsi que l'Insee a fait connaître, l'autre semaine, l'actualisation de son bilan démographique. Il ferait apparaître que l'accroissement de la population ne devrait pratiquement rien aux flux migratoires. Selon l'organisme officiel, l'immigration ne représenterait pour la France que 25% de l'augmentation de la population, contre 80% pour l'ensemble de l'Europe des 25. Comme l'expliquait l'auteur du bilan, dans Le Parisien : «Il est vrai que les femmes immigrées ont plus d'enfants que les autres. Mais la proportion des mères d'origine étrangère est si faible que leur contribution à la fécondité en France est très limitée.» Est-ce si évident ? La démographe Michèle Tribalat : «A force de tripatouillages, plus personne ne sait vraiment à quoi s'attendre en matière de solde migratoire. L'Insee continue de naviguer à vue par rapport à l'idée qu'il s'en fait.» Le démographe Jacques Dupâquier, ce mois-ci dans La Nouvelle Revue d'histoire : «Le total apparent des entrées légales a atteint 217 000 en 2003, mais il n'inclut ni les mineurs ni les demandeurs d'asile.» Les entrées légales seraient donc d'environ 300 000 par an. Sans compter les clandestins... Face à ce flou institutionnalisé, un grand débat public sur les vrais chiffres s'impose. D'autant que l'opacité se prête à toutes les interprétations. Le président de l'Institut de géopolitique des populations, Yves Laulan, admet s'être lui-même égaré dans un de ses calculs (Bloc-notes du 18 novembre) concernant le coût moyen d'un immigré arrivant. Il ne serait pas de 100 000 euros par an pour la collectivité nationale, mais de 7 000 euros. Le sujet se prête à un nombre suffisant d'acrobaties pour ne pas en rajouter. «Refus de la réalité» Sans surprise, la gauche veut supprimer le contrat première embauche, coupable de s'émanciper de l'assistanat au profit du libéralisme. Cependant, ce qui frappe est la vacuité des arguments. Quand Jack Lang lance, mardi, un appel «SOS jeunesse en danger» pour secourir une «génération galère», la ringardise des clichés souligne le décrochage du PS. D'autant qu'une majorité de Français (52%) estime que le CPE permettra de réduire le chômage des jeunes, selon un sondage publié hier par L'Humanité. En dénonçant, mercredi à l'Assemblée nationale, «le discours de refus de la réalité» de la gauche française, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, vise juste. Les lycéens et étudiants répondront-ils, le 7 février, à la «très forte» mobilisation espérée par François Hollande ? Alors que l'antilibéralisme avait été donné, par beaucoup, grand gagnant du rejet du référendum du 29 mai, un échec du front anti-CPE inviterait à réviser ce jugement rapide. Délit d'opinion Rude coup contre la liberté d'expression. Mercredi, la justice a condamné pour «injures homophobes» (loi de décembre 2004) le député (UMP) Christian Vanneste. Il avait déclaré, hors de l'hémicycle, que l'homosexualité «était inférieure à l'hétérosexualité». Comment débattre, en démocratie, quand une opinion peut devenir délictueuse ?
Ivan Rioufol Le Figaro [27 janvier 2006 |
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Janvier
2006 |
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