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Les silences de Ségolène Des décennies de mâles incompétences ne font pas nécessairement des femmes la solution au renouveau politique. Pourtant, ce simplisme chemine, soutenu par des sondages dessinant pour Ségolène Royal une stature de chef d'État. L'élection, dimanche, de la socialiste Michelle Bachelet à la tête du Chili a même été vue comme un signe adressé à la présidente du Poitou-Charentes. A droite, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, en vient à rêver : «Les Français sont prêts à élire une femme présidente.» Un vent souffle, il est vrai, dans cette direction. Outre la désignation d'Angela Merkel à la chancellerie allemande, le Liberia vient d'élire Ellen Johnson Sirleaf, tandis que Tarja Halonen devrait être reconduite ce week-end à la présidence finlandaise. Aux États-Unis, la secrétaire d'État Condoleeza Rice pourrait être choisie par les Républicains pour briguer la succession de George Bush, qui pourrait être disputée, côté Démocrates, par Hillary Clinton. L'intérêt porté à «Ségolène» exploite la défiance accrue de l'opinion pour les caciques et leurs bilans. L'ancien ministre PS récolte aussi les fruits d'un conservatisme réhabilité, qui fait encore rougir la droite. «La famille et l'autorité parentale sont des valeurs à respecter dans notre société», dit-elle. Tony Blair ne serait pas, pour elle, l'épouvantail décrié par la gauche fossilisée. Cependant, ses mérites s'arrêtent là. La députée des Deux-Sèvres n'est pas – cela se saurait – la réformatrice que la France sclérosée attend. Si le monde politique peut se voir reprocher son goût pour la parole au détriment de l'action, c'est le silence qui caractérise la présidentiable. Ses analyses sur les grands défis, à commencer par l'immigration de masse, la faillite du modèle social ou l'avenir de l'Europe, sont inconnues. L'audace prêtée à cette femme brillante ne peut se contenter d'évidences sur le poids des cartables ou la bonne éducation des enfants. Les citoyens, libérés des dogmes, sont devenus plus exigeants. Ils attendent des élites qu'elles se rachètent de leurs menteries en se colletant avec les faits. L'absence de programme de Ségolène Royal peut faire d'elle la candidate d'un PS gagné par le vide. Mais les Français ont appris à se méfier des sirènes. Libéralisation des esprits Le dirigisme de la gauche ressemble d'ailleurs bien peu aux aspirations de la présidente socialiste du Chili. Michelle Bachelet s'est gardée de remettre en cause le libre-échangisme, qui a fait de cette sociale-démocratie d'Amérique du Sud un exemple de réussite économique. Rappel : la motion «pour un socialisme libéral» du blairiste Jean-Marie Bockel, sénateur-maire de Mulhouse, présentée en novembre lors du congrès du PS au Mans, n'avait récolté que 0,64% des suffrages des adhérents. La manière attendue dont le PS a critiqué, lundi, le deuxième plan pour l'emploi présenté par Dominique de Villepin («un alignement sur le modèle anglo-saxon le plus rétrograde») ne fait espérer aucune évolution du parti. Il ne voit dans ces mesures, qui facilitent les embauches mais aussi les licenciements des moins de 26 ans, qu'un accroissement de la précarité. Pourtant, lorsque 23% des jeunes sont au chômage, n'est-il pas urgent de tout tenter pour leur donner du travail ? En réalité, la France des tabous vacille, avec l'acquiescement tacite du peuple. Alors que, pour Jacques Chirac, «le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme» (2005), le premier ministre vient de choisir la voie libérale en rendant plus flexible l'intouchable Code du travail : un pragmatisme qui s'ajoute au contrat nouvelles embauches, à l'aménagement de l'ISF, à l'allégement maintenu des cotisations sociales, à l'exonération des plus-values à long terme, à l'ouverture du capital d'EDF, etc. Se profile l'effondrement des idéologies ayant ruiné la France au nom de l'assistanat et de la défense du modèle social. Mardi, la présidente du Medef, Laurence Parisot, a demandé au gouvernement d'aller plus loin dans la modernisation du Code du travail («pire qu'une usine à gaz soviétique») et dans les réformes du smic, des 35 heures, de la fiscalité. «La France est devenue illisible», dit-elle rudement. Un profil à la Margaret Thatcher. L'école du bon sens D'autres indices montrent que le bons sens, valeur longtemps méprisée, gagne la politique. Voyez Gilles de Robien, ministre de l'Éducation. Depuis 2005, il additionne des changements qui auraient été impensables sous la seule férule des pédagogistes : fin du collège unique, apprentissage à 14 ans, enterrement de la méthode de lecture globale au profit de la méthode syllabique, bivalence des enseignants au collège, etc. Reste néanmoins l'urgent : la correction d'un système ne sachant plus faire respecter les professeurs. Le désaveu maladroit porté, mardi, par l'Éducation nationale aux dires de Karen Montet-Toutain, poignardée dans sa classe par un élève, fait mieux comprendre le désarroi des enseignants confrontés à l'absence de solidarité de leur hiérarchie. Qu'attend l'École pour se ressaisir ? Abandons Un mot encore sur cette affaire : l'enquête administrative estime qu'il n'y a eu «ni faute caractérisée de la direction du lycée professionnel, de l'inspection académique ou du rectorat, ni lien entre l'agression de Karen Montet-Toutain et le climat régnant au sein de son établissement». Une même défausse est tenue par le juge Fabrice Burgaud, au coeur de l'erreur judiciaire d'Outreau. «J'estime avoir rempli ma mission honnêtement», dit-il à L'Express. Ces aveuglements disent tout du sentiment d'abandon ressenti par les Français. Ivan Rioufol Le Figaro [20 janvier 2006] |
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Janvier
2006 |
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