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Stephen Harper ou la résurrection de la droite canadienne

 Au renouvellement du Parlement fédéral d’Ottawa en janvier dernier, la droite canadienne, dirigée par Stephen Harper, est revenue au pouvoir à la suite d’une longue traversée du désert de treize années. Après avoir été aux affaires entre 1984 et 1993 sous le gouvernement de Brian Mulroney, les conservateurs avaient en effet été proprement anéantis lors d’une défaite mémorable en 1993, où ils n’avaient conservé que deux de leurs cent cinquante sept sièges, et perdu le statut de parti officiel !

Face à l’hégémonie du Parti libéral (gauche) qui s’était emparé de ses idées, et à la concurrence du Reform party (parti réformiste) plus à droite, le Parti progressiste-conservateur (PPC), issu de la fusion entre le Parti progressiste et le Parti conservateur existant depuis 1854, avait alors pratiquement disparu du paysage politique fédéral : il n’a jamais retrouvé plus de vingt députés dans les années 1990, et s’est fait ravir sa place d’opposant au pouvoir libéral par la cinquantaine de députés réformistes.

Car si le PPC était marginalisé, la droite n’avait pas disparu pour autant, notamment dans ses bastions de l’Ouest conservateur, où elle a pu subsister. C’est dans ces provinces des Prairies (Alberta, Saskatchewan et Manitoba principalement) anglophones et protestantes, enrichies par l’agriculture intensive et l’industrie pétrolière, qu’elle a continué à exister, d’abord au sein du Reform party, né en réaction à la politique trop modérée du gouvernement Mulroney, puis de l’Alliance canadienne, qui ont récupéré une bonne partie des progressistes-conservateurs.  

Et c’est dans ce contexte difficile qu’un homme en particulier, Stephen Harper, a travaillé inlassablement à réunifier la droite, afin de la ramener au pouvoir. Né en 1959 à Toronto mais installé dans l’Alberta, il est diplômé en économie de l’université de Calgary, le berceau du classic liberalism* canadien. Déçu par le PPC, il est élu député réformiste de Calgary Southwest pour la première fois en 1993. Devenu président de l’Alliance canadienne en 2002, il réussit l’année suivante à regrouper les frères ennemis, alliancistes et progressistes-conservateurs, au sein d’un nouveau Parti conservateur canadien (PCC), dont il prend la tête.

Redorant l’image d’une formation souvent dépeinte comme un repère de fondamentalistes de l’Ouest, c’est cependant avec un programme résolument conservateur, « […] à défendre les Canadiens qui travaillent fort, paient leurs impôts et respectent les règles », qu’il remporte les élections de 2006. Les provinces industrialisées de l’Est, habituellement hostiles aux conservateurs, ont permis au PCC de devenir le premier parti au Parlement. Même s’il s’agit davantage d’une défaite du Parti libéral que d’une volonté de donner un blanc-seing aux conservateurs, Stephen Harper et son gouvernement ont le temps de faire leurs preuves.

Cette renaissance du conservatisme canadien, après s’être fait repousser loin à droite par un Parti libéral qui lui avait pris l’essentiel de son programme et l’a longtemps tenu à l’écart du pouvoir, doit être médité. En effet à partir de cette situation fort critique, les conservateurs canadiens, pour retrouver les allées du pouvoir, n’ont à aucun moment renié leurs valeurs. Au contraire, après avoir gouverné au centre dans les années 1980, ils se sont ressourcés dans l’opposition en retrouvant des valeurs de droite assumées. Stephen Harper a ainsi promis en priorité de réduire la fiscalité, de renforcer la Défense, d’interdire le mariage homosexuel et de tourner le dos au protocole de Kyoto.

L’exemple canadien montre que dans l’adversité, il ne faut jamais se renier et conserver toujours le même cap. « Espérer, ne jamais se relâcher », disait Machiavel ; le salut passe par là !

                                                                                                 Laurent Robelin

* Qui désigne en Amérique du Nord le libéralisme strictement économique, et qui n’a rien à voir avec le liberalism, synonyme de progressisme, et dont le Parti libéral canadien est un des représentants, avec le Parti démocrate américain.    

 

Juin 2006

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