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Des illusions
destructrices
En lisant le
programme que vient de présenter le Parti socialiste dans la perspective des
élections présidentielles, on croit être victime d'hallucinations et l'on se
trouve brutalement plongé dans le climat d'illusions idéologiques qui a
entouré la venue au pouvoir de Mitterrand. Décidément, les socialistes
français n'ont rien appris, n'ont rien compris, n'ont pas vu les mutations
profondes et rapides qui se produisent au-delà de nos frontières.
Le fameux modèle social français a conduit notre pays à une situation
catastrophique. La croissance est faible, le chômage élevé, le déficit
budgétaire et la dette accumulée font peser de lourdes charges sur les
générations à venir, les jeunes les mieux formés ou les entrepreneurs les
plus doués n'ont pas d'autre issue que de quitter leur pays, la société est
fracturée entre de multiples catégories antagonistes. Oui, vraiment, le
modèle social français a fait faillite de manière spectaculaire. Et c'est ce
moment que choisissent les socialistes français pour proposer de le
développer encore plus !
Ne sachant rien faire d'autre que de dépenser de l'argent, ils proposent
tout un catalogue de mesures démagogiques, et ils restent prudemment dans le
flou pour en évaluer le coût et en préciser le financement. Les premières
estimations du chiffrage de ce programme se situent entre 34 milliards
d'euros pour cinq ans (évaluation de François Hollande) et 100 milliards
d'euros (évaluation de Thierry Breton). N'ayons pas la prétention de
vérifier ces chiffres qui seront abondamment discutés par toutes sortes
d'experts en comptabilité. Remarquons simplement qu'il paraît absurde de
dépenser une douzaine de milliards d'euros pour renationaliser à 100% EDF,
probablement à seule fin de faire plaisir à la toute-puissante CGT ; ou de
construire 120 000 HLM par an, alors qu'il conviendrait de libérer la
propriété privée.
Quel que soit le chiffrage exact du programme socialiste, il représente une
augmentation spectaculaire des dépenses publiques, alors que l'urgence
impliquerait au contraire de les réduire afin de diminuer la dette publique
et de faciliter une réduction drastique de la pression fiscale qui constitue
le seul moyen avec la déréglementation de retrouver la prospérité ! Comment
les socialistes comptent-ils financer ces augmentations de dépenses ? Ils
ont pour cela deux bonnes recettes : la première consiste, bien entendu, à
augmenter les impôts, en particulier en taxant les revenus les plus élevés
et les profits et en rendant la CSG progressive par son intégration à
l'impôt sur le revenu ! Quant à la deuxième, elle relève de la pure
incantation puisqu'on compte sur une accélération de la croissance. Par quel
miracle pourrait-elle se produire ? Les socialistes se gardent bien de
l'expliquer. Leur seule présence au pouvoir pourrait-elle avoir un tel effet
stimulant ? Ou faut-il y voir une fois de plus quelque mystique économique
d'inspiration vaguement keynésienne consistant à penser contre toute
véritable logique qu'il suffit de distribuer du pouvoir d'achat (le smic à 1
500 euros...) pour que la consommation constitue un facteur de relance
économique ?
En réalité, la croissance ne peut venir que d'une restauration des
incitations à produire, à travailler, à épargner. Mais ceci implique une
décrue fiscale profonde et rapide, en particulier la diminution ou même la
suppression de la progressivité de l'impôt sur le revenu, la suppression de
l'ISF et des droits de succession, l'introduction de la concurrence dans
l'assurance-maladie, etc. Même si cela peut sembler paradoxal, c'est la
baisse des impôts et non leur augmentation qui permettrait de rééquilibrer
les comptes publics, grâce à son action positive sur l'activité économique.
Comme l'écrivait déjà Frédéric Bastiat en 1849, même s'il y a un déficit, il
faut diminuer les impôts, car «ce n'est pas hardiesse, c'est prudence».
Ce programme a tout faux. Il compte sur la croissance pour équilibrer les
comptes, alors que tout est fait pour la freiner ! Mais au-delà du
chiffrage, il est clair que les socialistes français ne sont pas arrivés à
se débarrasser d'un mode de pensée de type marxiste. Ils sont, en cela, des
dinosaures de la pensée et de l'action politique. Dans leur vision
dichotomique et simpliste de la société française, il y a les spoliateurs et
les spoliés. A la première catégorie appartiennent évidemment les
capitalistes dont les profits proviennent de l'exploitation des
travailleurs. Il conviendrait donc que l'Etat rétablisse l'équilibre en
protégeant les seconds et en pratiquant une politique de redistribution à
grande échelle. Incapables de se renouveler, contrairement à tant d'autres,
les socialistes français restent habités par les fantômes de Marx et de
Keynes, ces deux auteurs à qui l'on doit certains des pires ravages du XXe
siècle. Il n'y aurait pas de plus grand drame pour tous les Français que de
retomber dans leurs griffes.
Pascal Salin |