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Fiscalité et compétitivité française : à quand un véritable benchmarking ?
 

La période est dominée par deux grands débats économiques : celui des délocalisations et celui du fameux « patriotisme économique ». La première de ces questions n'a pas qu'un contenu fiscal : amorcée par les difficultés du secteur textile résultant de la fin de l'accord multifibres, elle révèle un problème global de compétitivité. La seconde, celle du « patriotisme économique », a, quant à elle, un contenu très largement fiscal : il s'agit bien de maintenir en France des « capacités productives » entendues au sens saint-simonien du gouvernement des capacités, c'est-à-dire des contribuables qui sont à l'origine non seulement de matière taxable (à l'ISF, entre autres...), mais aussi de création, d'innovation, bref d'apport à la collectivité d'une valeur ajoutée résultant non pas tant des facteurs de production traditionnels que de la matière grise et de l'esprit d'entreprise.


Mais, dans les deux cas, la question de la compétitivité de l'« espace France » (comme on parle du « Standort Deutschland ») est posée, notamment dans son volet fiscal. Si la « crise de compétitivité » dont souffre l'économie française ne se traduit pas, en effet, par une crise financière au sens classique du terme (l'existence de l'euro constituant à la fois une barrière contre des spéculations visant un Etat membre, mais empêchant, simultanément, des remèdes comme la dévaluation compétitive), elle appelle des solutions structurelles.


Dès lors se pose rapidement la question de la mesure de la compétitivité fiscale de la France : si des chiffres circulent, ils sont sans doute plus fiables sur des grandeurs purement physiques (l'équipement en Internet haut débit, le kilométrage d'autoroutes ou le salaire moyen et le taux de cotisations sociales) que sur une matière comme la fiscalité, dans laquelle, plus que le poids réel, importe le jugement porté par l'investisseur.


Ainsi, en matière d'impôt sur le revenu, la « surtaxation » apparente, qui résultait d'un barème n'intégrant pas l'abattement forfaitaire de 20 %, constitue un handicap non négligeable, qui devrait disparaître en 2007. Je relève d'ailleurs que cette mesure, à l'impact énorme, simple à réaliser, et à coût nul pour les finances publiques, ne se réalise qu'aujourd'hui, alors même qu'elle avait été, il y a plus de cinq ans, préconisée par le Conseil des impôts ou par le Conseil économique et social dans son avis sur la fiscalité française de 1998.


Comment mesurer ce « poids apparent » de la fiscalité et son impact sur notre compétitivité ? Le benchmarking apparaît comme l'une des solutions les plus prometteuses. Il est de notre intérêt bien compris, pour améliorer et promouvoir la compétitivité fiscale de la France, d'y avoir recours plus fréquemment et dans des conditions reconnues internationalement. A titre de comparaison, l'Institut du benchmarking représente un instrument utile pour le secteur privé.


J'ajoute que l'analyse de la compétitivité fiscale doit traiter du poids (apparent ou non) de la fiscalité, mais aussi de l'efficacité de l'appareil fiscal. De ce point de vue, le réseau de collecte français n'en finit pas d'empiler les strates : Direction générale des impôts, Trésor public, Douanes, Urssaf... Cela a un coût, autant financier qu'en termes d'image.


Enfin, une dimension ne doit pas être négligée : la question spécifique de la compétitivité fiscale de la place financière parisienne. Cette question, qui a beaucoup agité la fin des années 1990, est aujourd'hui moins mise en avant : il faut certes voir dans cet effacement relatif l'effet très positif de la politique volontariste menée par Jean-François Théodore et qui a bousculé en quelques années le train-train des opérateurs parisiens. Toutefois, des questions non résolues demeurent : il s'agit de la fiscalité propre aux opérations de Bourse (mais elle a progressivement été alignée sur les pratiques des autres places européennes), de la fiscalité des sociétés cotées et de la fiscalité des opérateurs de marché. Ainsi, il serait utile de disposer d'un premier bilan du statut d'« impatrié » créé l'année dernière, permettant aux entreprises de recruter des cadres de haut niveau, mais aussi d'un véritable « benchmarking » sur ce statut, comparé aux instruments dont disposent les autres places financières européennes.


Dernier élément de compétitivité fiscale : l'appréciation des marges de manoeuvre, tant politiques que techniques, en matière d'harmonisation fiscale européenne. L'objectif d'harmonisation a été mis à mal par les désillusions du référendum de mai 2005 autant que par les difficultés techniques (l'harmonisation des bases de TVA par exemple). Un benchmarking de notre compétitivité fiscale ne pourra donc pas s'exonérer de l'estimation de ces marges de manoeuvre.


Edouard Salustro

Les Echos

Président honoraire de la section des finances au Conseil économique et social.

 

Avril 2006

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