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 Droits de successions : faut-il les abolir ?

Drapée dans sa suffisance morale, la gauche multiplie les attaques contre une éventuelle abolition des droits de successions. Justice sociale, égalité des personnes, redistribution des richesses, autant de concepts dévoyés qui tendent à faire oublier la profonde iniquité de ces droits, ainsi qu'une inefficacité économique avérée. Pourtant, face à la démagogie socialiste, il devient nécessaire de prendre du recul et d'analyser l'arrière-plan idéologique à l'origine de cette disposition fiscale. Quelle vision de la société apparaît en filigrane derrière les droits de succession, et pourquoi s'avère-t-elle si dangereuse ?

L'égalité absolue de naissance

Les droits de succession ne constituent rien d'autre qu'un impôt sur la mort de ceux qui ont travaillé toute leur vie pour accumuler un capital susceptible d'être transmis à leurs enfants. En imposant la transmission de ces biens, les promoteurs des droits de succession cherchent délibérément à priver les enfants de ce droit d'héritage, au nom de l'égalité absolue de naissance. Les plus raisonnables estiment que dans une société égalitaire, les jeunes générations doivent partir sur la même ligne de départ, quitte ensuite à se distinguer par le fruit de leurs talents.

Bien sûr, cette conception méritocratique suscite l'approbation de tous ceux qui défendent la valeur travail. Cela dit, bien que l'égalité de conditions à la naissance demeure un acquis républicain fondamental, cette idée repose sur un présupposé fondamental aussi inexact que dangereux.

En effet, l'idée sous-jacente à l'égalitarisme de naissance réside dans le fait que chaque individu serait isolé, sans histoire, sans famille dès le premier souffle de la vie. La gauche marxisante et la gauche libertaire convergent pour estimer que la personne humaine ne doit sa réussite qu'à ses propres actions ou à l'Etat, jamais à ses parents. Et si tel n'était pas le cas, il faudrait inventer un homme nouveau débarrassé de l'influence familiale. D'où l'obsession oedipienne de faire table rase du passé, de couper le cordon ombilical qui nous unit aux générations passées. D'où le mépris pour la famille qui a longtemps caractérisé la gauche se nourrissant au lait funeste de mai 68.

La famille, le premier lieu de citoyenneté

La vérité, c'est qu'aucun être humain ne résulte d'une génération spontanée, comme sortant du néant pour s'intégrer dans une société sans racines. Bien au contraire, la famille constitue la première marche dans l'élévation de la personne humaine. La famille transmet les premières valeurs de respect, du travail, de tolérance. La famille initie l'enfant aux vertus de l'écoute, au respect des faibles, à l'amour des petits. La famille utilise la fermeté des liens affectifs pour transmettre les valeurs de sociabilité indispensable pour construire toute forme de société. La société n'est dès lors que le prolongement à l'âge adulte du noyau familial, et la qualité des rapports sociaux résultent directement de la qualité des rapports unissant les parents à leurs enfants, les frères à leurs soeurs, les aînés aux cadets.

Les droits de succession contre la transmission familiale

Or les droits de successions, en détournant au profit de l'Etat la transmission de l'héritage, contribue à la dévalorisation des liens familiaux. La notion de transmission, si cruciale dans la définition de la famille, s'avère altérée par l'intervention arbitraire d'un Etat violant l'intimité du pacte familial. Les droits de successions contribuent à briser les liens unissant les générations, rendant plus difficile l'aide aux anciens et plus malaisé la proximité intergénérationnelle.

Par ailleurs, le testateur transmets bien autre chose qu'une simple valeur marchande : à travers sens biens, il transmets également son histoire, le souvenir de ses actions passées, l'exemple de sa réussite ou la mémoire de ses échecs. A chaque bien transmis est associé une valeur symbolique et affective que seul l'hériter peut reconnaître. Ainsi, un fils d'agriculteur héritant de la ferme de son grand-père n'hérite pas uniquement d'un toit et de murs : il hérite également d'un lieu de vie qu'il aura plus de chances de traiter avec égards. Son enracinement à travers les générations contribuera à éveiller en lui le sens de l'action sociale en faveur des habitants de sa commune, à nouer des rapports humains avec les voisins de son village. Ainsi, en cherchant à briser la continuité morale de l'héritage, les droits de successions contribuent à détruire la dimension affective des biens transmis, aboutissant à une société sans âme, et donc sans avenir. 

Notre mobilisation s'avère nécessaire

Au delà de leur inefficacité économique avérée qui contribue à l'émigration des talents à l'étranger, les droits de succession constituent une menace pour la famille, cette famille pourtant malmenée depuis 40 ans. Alors que la revalorisation des familles et de la natalité représente un enjeu majeur pour la revitalisation de nos sociétés occidentales, une telle disposition fiscale ne peut qu'encourager la dévalorisation de l'effort récompensée par la transmission entre générations.

Notre combat contre les droits de successions sera d'autant plus efficace qu'il touchera bons sens populaire en faveur de la famille. C'est en combattant sur le terrain des valeurs que la droite réussira à convaincre.

Constant Rémond 

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