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Retraites : des réformes nécessaires La multiplication des grèves de cheminots contre le projet d'alignement des régimes spéciaux sur le régime général illustre toute la crispation hystérique dont sont capables certains syndicats alliant la mauvaise foi à la démagogie. Alors que l'augmentation de la durée de cotisation constitue la seule réponse crédible à l'augmentation de l'espérance de vie, alors que le resserrement démographique rend impossible le financement des retraites par des actifs moins nombreux, alors que l'ensemble des pays européens se sont engagés sur la voie des réformes en allongeant leur durée de cotisation, la France semble représenter une exception culturelle en assistant, presque impuissante, au renouvellement des grèves qui avaient brisé net le timide train de mesures engagés en 1995. La société française a changé En réalité, l'erreur majeure des syndicats consiste en la croyance d'une possible répétition de 1995, nonobstant des évolutions majeures dans les mentalités depuis douze ans. La prise de conscience de la mondialisation a convaincu les Français qu'il était impossible de maintenir la compétitivité de notre pays face à des pays émergeants comme la Chine ou l'Inde où la quantité de travail par actif désarme toute concurrence. La valeur travail, qui avait tendance à s'estomper à cause de l'instauration catastrophique des 35 heures, tend à reconquérir du terrain parmi les jeunes générations. De plus, les actifs de 1995 étaient encore marqués par l'esprit contestataire hérité de mai 68, tandis que les jeunes d'aujourd'hui voyagent beaucoup et demeurent conscients des entraves que le droit du travail français place sur leur esprit d'initiative. Aussi la France qui travaille aspire à une réforme profonde pour sauver un régime de retraite condamné par la timidité des gouvernements précédents, bien que nos compatriotes connaissent la difficulté de l'équation à résoudre. L'allongement de la durée de cotisation, la meilleure des solutions Pour arriver à l'équilibre, trois possibilités se dessinent : soit diminuer les pensions ce dont personne ne veut, soit augmenter les cotisations ce qui signifie davantage de prélèvement obligatoires donc moins de pouvoir d'achat, soit augmenter la durée de cotisation. Seule la dernière solution permet de sauver les retraites tout évitant d'entamer un pouvoir d'achat qui s'anémie depuis des années. Conséquence d'une heureuse augmentation de l'espérance de vie de 3 mois tous les ans environ, l'allongement de la durée de cotisation représente une évolution naturelle et logique qu'il devient irresponsable de contester. La revalorisation des seniors : des mentalités à changer Certes, un préalable important doit être résolue : la disqualification des seniors au sein des entreprises françaises. Au lieu de combattre systématiquement les initiatives gouvernementales, les syndicats feraient mieux de proposer des solutions pour promouvoir l'insertion des seniors dans le tissu économique nationale. Si la suppression de la possibilité légale de la retraite par anticipation représente une voie prometteuse, l'accent doit être mis sur le changement des mentalités au sein des entreprises. Le taux particulièrement bas de l'activité parmi les jeunes et les seniors illustre le manque de confiance des entreprises à l'égard du potentiel humain que constituent ces deux groupes de populations. Alors que l'économie du 21ième siècle repose sur les services et la connaissance, la marginalisation de ceux qui ont accumulé toute leur vie une expérience professionnelle précieuse représente une pure aberration économique. En fait, la transformation des mentalités nécessite un effort équivalent parmi les seniors. Dans notre pays obsédé par le culte de la hiérarchie, la fin d'une carrière réussie ne doit plus nécessairement s'identifier à l'occupation de postes de responsabilités. Les postes de direction exigent des qualités de dynamisme et de réactivité que les seniors maîtrisent moins que les actifs d'âge moyen. Aussi les seniors doivent accepter davantage des postes tournés vers le conseil, de même que les entreprises doivent revaloriser les postes d'expertise technique. C'est en rompant avec le modèle français de réussite sociale, fondé sur la progression continue dans l'échelle hiérarchique, que notre société pourra redonner aux seniors toute la place qui leur revient. La retraite par capitalisation Sur le plus long terme, l'introduction de la retraite par capitalisation permettrait d'atténuer les effets pervers d'un système par répartition surtout adapté à une période de croissance démographique, comme durant les Trente glorieuses. Pourvu qu'elle soit bien encadrée, pourvu qu'elle s'exerce en complément de la retraite par répartition, la retraite par capitalisation permettrait de faire fructifier l'argent des actifs tout en injectant des capitaux considérables dans l'économie française. La capacité d'investissement des nos entreprises se trouverait renforcée, permettant de stimuler une croissance qui fait cruellement défaut dans notre pays. Tenir bon Le gouvernement doit tenir bon contre la tentative de déstabilisation des syndicats. Une majorité de Français adhère à son attitude courageuse et soutient ses projets de réforme sur la question des retraites. Bien sûr, pour qu'une mesure de rigueur puisse être totalement acceptée dans la population française, il s'avère important de l'associer à une vision plus générale et positive de l'avenir. La promotion de l'insertion des seniors dans les entreprises ainsi que l'instauration d'une dose de capitalisation représentent des conditions indispensables pour sauver l'équilibre des retraites. C'est à ce prix que nous pourront sauver un modèle social réconciliant équité et performance. Constant Rémond |
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