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Pour la suppression de l'ISF Rien ne provoque autant de crispations idéologiques qu'une possible réforme de l'impôt sur la fortune. Au lieu de susciter un débat rationnel sur sa légitimité et sur son utilité sociale, la refonte de l'ISF provoque une émotion injustifiée et des réactions hystériques parmi des partis politiques qui articulent leur discours sur l'exaspération des tensions sociales. Ainsi l'opposition socialiste n'hésite pas à exploiter les difficultés réelles des couches populaires pour attiser une dangereuse rancoeur de classes aussi dommageables au bien commun qu'à la solidarité nationale. Nous verrons que cette rancoeur de classe procède d'une croyance fausse, héritée du marxisme, concernant l'origine des richesses des individus. Par ailleurs, si l'illégitimité de la fortune n'est nullement démontrée, un changement de perspective s'avère nécessaire pour convaincre le peuple que la fortune d'une élite contribue à l'enrichissement général. Nous terminerons en montrant que l'intérêt des couches populaires réside dans le maintien des fortunes qui engagent moralement leurs bénéficiaires. Une croyance fausse héritée du marxisme Toute la doctrine économique du socialisme repose sur une vision profondément influencée par la thèse marxiste opposant le travail au capital. Pour le marxisme, le capital ne résulterait nullement d'un travail méritant, mais de l'exploitation des travailleurs. Ainsi la fortune d'une élite économique traduirait sa capacité à détourner à son seul profit l'énergie créative des salariés trop désorganisés pour s'opposer au patronat. Toute fortune serait dès lors illégitime, car résultante de l'aliénation des masses. En réalité, cette croyance est erronée car reposant sur une vision statique de l'économie. Dans une économie statique, c'est-à-dire étrangère à l'évolution des techniques et des comportements, le capital investi génère des dividendes remarquables par leur stabilité. Assimilables à une rente dénuée de risque, ces dividendes s'avèrent d'autant moins légitimes qu'ils tirent leur origine du travail des salariés qui, eux, sont susceptibles de perdre leurs emplois. Le capital n'est dès lors plus une condition de progrès, mais un prétexte pour détourner au profit d'une minorité les efforts des travailleurs. L'espérance de la fortune, facteur de changement Bien entendu, l'économie réelle n'est nullement statique mais dynamique, c'est-à-dire marquée par l'évolution parfois imprévisible des techniques et des comportements. Les dividendes reconquièrent leur légitimité car traduisant la prise de risque du capital investi. Plus généralement, la principale fonction des capitalistes réside dans leur anticipation des évolutions économiques, et leur capacité à provoquer ces mutations qui ne verraient pas le jour autrement. Le capital investi constitue aussi bien un pari sur l'avenir qu'un facteur de changement de la structure économique d'une nation qui n'évoluerait pas aussi facilement sans l'action de ces hommes et femmes assumant à eux seuls le risque de leurs placements. L'indépendance de ces agents économiques par rapport à l'Etat démultiplie leur clairvoyance et l'acceptation du risque, qualités totalement inconnues dans une économie administrée. Or la motivation de ces capitalistes acteurs de changement réside dans l'espérance d'une fortune rapidement construite. En cherchant à saper ce désir de fortune, l'ISF contribue à éteindre l'ardeur à la prise de risque et donc l'investissement. Ces hommes et ces femmes capitalistes, si précieux pour la société du fait des mutations économiques qu'ils provoquent, ne trouvent plus de raisons suffisantes pour risquer leurs capitaux dans une aventure financière qui, même si elle s'avérait couronnée de succès, verrait sa récompense spoliée par l'ISF. Aussi, avec l'ISF, une tendance se dessine en faveur des placements financiers les moins risqués et donc les plus improductifs pour la société toute entière. Par ailleurs, l'exil fiscal des personnes assujetties à l'ISF constitue une perte fiscale sèche pour le trésor public puisque ces personnes payaient autrefois l'impôt sur le revenu dans notre pays. La richesse des uns fait la richesse des autres De manière générale, les couches populaires ont toujours intérêt au maintien des fortunes au sein du territoire national. Les personnes fortunées consomment plus, achètent plus et contribuent davantage à l'augmentation de la demande, source d'activité économique et d'emplois. Une fortune exilée à l'étranger représente un manque à gagner dans le cycle économique d'un pays. Une fortune abusivement taxée est moins facteur de demande et de croissance, surtout que les redistributions opérées par l'Etat se distinguent par leur gabegie et leur improductivité. Pour un petit artisan par exemple, il est financièrement plus avantageux d'avoir des clients capables de payer plus cher que de recevoir des subventions financées indirectement par les contribuables aisés, car la redistribution génère des coûts de fonctionnement inutiles de son point de vue. D'où l'intérêt de maintenir une forte solvabilité des ménages, y compris les plus aisées, pour maintenir la consommation à un fort niveau. Le capital moral découlant du capital financier A l'inverse d'une société socialiste qui déresponsabilise les citoyens, une société libérale se distingue par sa capacité à faire confiance aux forces vives de la nation. Or, tant que le système fiscal sera perçu comme confiscatoire par les plus fortunés, une déresponsabilisation sociale s'opèrera en défaveur des moins favorisées. En effet, avant l'avènement de l'Etat providence, il était de bon ton dans les milieux aisés de participer à des oeuvres de charité et de contribuer ainsi à une aide directe en faveur des plus pauvres. Avec l'impression d'un détournement forcé de leur argent en faveur d'une "justice sociale" jugée abstraite et inefficace, la nécessaire prise des conscience des riches en faveur des pauvres devient inopérante. La "charité publique", via la redistribution forcée des richesses, tend à effacer la charité privée, alors que cette dernière contribue à spontanéité et à la qualité des rapports humains. La sensibilisation des riches à l'égard des moins aisés constitue une condition de renouveau du tissu social. A l'Etat impersonnel qui distribue des chèques sans âme aux bénéficiaires des minima sociaux doit se substituer une société fondée sur la relation d'hommes à hommes, gage d'intégration sociale et d'accompagnement moral de la situation d’échec que peuvent connaître les moins chanceux. En supprimant l'ISF, en redonnant aux plus fortunés la possibilité de gérer selon leur conscience les fruits de leurs talents, en redonnant toute sa valeur à la notion centrale de charité privée, la perspective d’une société plus humaine devient possible. Constant Rémond |
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