Le virement de bord de la
civilisation en Amérique est surtout visible dans un ras le bol vis à vis du
"Tout-État".
Attention! Non pas contre l'État indispensable (celui de la justice, de la police ou des
rapports internationaux) mais celui qui est superflu: l'État qui prétend éduquer les
enfants, connaître quels légumes faire pousser et imposer les films à voir.
La rébellion contre cet État est une réaction instinctive. Elle vient d'hommes et de
femmes qui veulent le remplacer par un "Plus de citoyens". Dans l'aide aux plus
démunis, pour prendre un exemple, ces hommes et ces femmes veulent enlever le
fonctionnaire qui "fait du social, pour y remettre l'ami ou le grand père qui
sont le social".
Ils le font d'abord en réduisant les impôts et les activités de l'État. Ils laissent
par conséquent plus d'argent à la population, fournissant ainsi la possibilité aux
personnes de s'occuper d'elles-mêmes. C'est un vrai renouveau et redonne plus de vie à
la population et moins au gouvernement.
Car même si 44% des Américains associent la stagnation de leur niveau de vie à la
concurrence mondiale, même si 52% l'associent aux excès des grands financiers, beaucoup
plus encore l'associent aux hausses des impôts, donc à la croissance de l'État (73%).
Ils estiment donc que la plus grande atteinte à leur bonheur est perpétrée par le
Tout-État et à la place croissante qu'il occupe dans leur vie (Sondages Business Week et
Harris Poll).
L'évidence de cette défaite idéologique est plus grande encore quand on regarde les
autres questions posées par les sondages: "A quelles institutions faites-vous
confiance ?"
La question est fondamentale. En Amérique, le terrible chiffre de 8% manifeste le peu de
confiance des citoyens envers l'État.
Le parti Démocrate (parti de gauche, donc plus favorable au Tout-État) n'obtient que 11%
de confiance.
Le parti Républicain (parti de droite, donc plus enclin à rendre du pouvoir à la
population) reçoit 14% de confiance.
Ce sont par contre les petites entreprises et les institutions religieuses qui sont les
mieux cotées (24% et 42% de confiance), les institutions justement les plus éloignées
du système Étatique. Ce sont à travers elles que les individus peuvent mener à bien
leur vie sans dépendre en tout du gouvernement.
Les patrons de cette firme nommée État.
Mieux encore que les sondages: les votes. Ils montrent le rejet populaire d'un État
hypertrophié. A travers les référendums (très courants en Amérique), les citoyens
Américains montrent d'année en année leur intention de réduire l'expansion du
gouvernement. En novembre 1994 a eu lieu la dernière vague significative de
référendums, 238 au total ... En l'occurrence, le plus fort message envoyé aux
politiciens était qu'ils devraient limiter leurs rêves de pays de cocagne une fois
arrivés au pouvoir. On appelait cela les "term limits".
Dans les États du Colorado, du Maine, du Nebraska, de l'Idaho, de l'Oklahoma, du Nevada
et de l'Alaska, les électeurs limitèrent à trois mandats (ou trois termes) la durée
d'exercice des politiciens à la Chambre des Représentants, et à deux au Sénat.
En réduisant leur possibilité de devenir des politiciens à vie, la population évitait
que ceux-là accroissent la place prise par le gouvernement. Car où est l'ambition d'un
patron ? Dans la prospérité de son entreprise. Le politicien est patron de l'État. Il
veut instinctivement le développer.
En limitant le nombre d'années que les politiciens passent au gouvernement, les
électeurs les ramènent à leur vocation première (en démocratie du moins): celle de
représentants. Les politiciens doivent faire partie de la population et donc connaître
ses difficultés, être envoyés au gouvernement un temps, puis retourner à leur place
dans le monde non-politique. Finis l'esprit de classe, l'arrogance de haut fonctionnaire,
l'esprit de grand seigneur. Bienvenue par contre au représentant qui apporte au
gouvernement le bon sens commun.
Ces limitations du temps que les politiciens passent au gouvernement s'appliquent
désormais en Amérique à 22 États sur 50. Elles concernent 40% de la population et le
phénomène n'est pas réservé aux États. 250 villes ont limité elles aussi la durée
totale des mandats de leurs représentants politiques.
Un autre signe de la volonté de limiter l'État en Amérique est la réduction de ses
fonds (les impôts). Car comme le dit l'un des activistes pour la réduction du
Tout-État:
En Ohio donc, les votants ont rejeté une taxe sur les
boissons non-alcoolisées à peine instaurée lors des élections précédentes.
Dans le Colorado, les électeurs ont rejeté à 62% une
augmentation des taxes sur les cigarettes.
En Californie, 80% d'entre eux ont refusé une taxe sur
l'essence.
Dans le Massachusetts, pour la cinquième fois, les
électeurs ont rejeté un impôt progressif sur les revenus et l'ont remplacé par un
impôt égal de 5% pour tout le monde.
Ce même État, baptisé "Taxachussetts" sous le
règne de Dukakis, a même envoyé aux oubliettes le contrôle des loyers.
Dans le Nevada, enfin, prouvant une maturité politique
encore plus développée, les citoyens ont instauré la loi de la "Super Majorité".
Désormais, pour augmenter tout impôt, les politiciens devront obtenir non pas la
majorité des voix de leur assemblée mais les deux tiers. Ce sera la super-majorité.
Cette proposition, dans les urnes a remporté 78% des voix des citoyens...
A côté de la réduction de la place de l'État au sens
général, les citoyens chassent aussi le gouvernement de leur lieu de travail. A leurs
yeux, la plus grande abomination est la loi des quotas raciaux. Selon cette législation,
les entreprises dépendant plus ou moins de l'État doivent compter dans leurs rangs 12%
de personnes appartenant à des minorités (races ou même sexe féminin). S'il y a 12% de
minorité dans un région, si, à San Francisco, on compte en caricaturant, trois blancs,
un Asiatique, un noir et un hispanique, ces entreprises doivent avoir les mêmes
proportions parmi leurs employés.
Qu'importe si certaines communautés sont moins qualifiées pour l'instant. L'employé
mieux qualifié perdra le poste, l'entreprise en pâtira, la vie des clients pourra même
être en danger (pensez aux médecins), mais l'égalitarisme aura été imposé.
On trouve ainsi dans certaines villes des corps de pompiers constitués d'un panachage
d'employés arithmétiquement proportionnel à celui de la population.
Mais pour cela, les critères d'embauche ont dû être rabaissés. On réduit par exemple
les connaissances techniques que les pompiers doivent avoir sur les produits chimiques. On
réduit le poids d'un blessé que les pompiers doivent pouvoir porter ... Le corps de
sapeurs est politiquement correct, oui, mais ceux qui seront désormais pris dans les
flammes seront moins bien secourus. Le citoyen en danger dépendra désormais de sapeurs
pompiers sélectionnés selon des critères idéologiques, non selon des compétences
professionnelles.
******************
Cela engendre bien sûr de nombreuses injustices. Beaucoup
ne sont pas qualifiés mais obtiennent leur emploi grâce à leur race. Beaucoup sont
qualifiés mais ne sont pas embauchés à cause de leur race. Des individus qui ne le
méritent pas obtiennent des emplois enviables. Des individus qui le méritaient sont
refoulés. L'atmosphère sociale en est affectée. L'affaire prend un tour encore plus
inattendu: ceux des pompiers appartenant à une minorité mais qui bel et bien qualifiés
sont toute leur vie soupçonnés d'avoir obtenu leur emploi grâce à leur race ou de leur
sexe.
La lutte des classes marxiste sest traduite dans les faits en lutte des races ou
guerre des sexes. Le but de cette politique n'est plus de vouloir le bien de tous (en
embauchant qui sera le mieux qualifié pour réaliser des travaux satisfaisant pour tous),
son but est la revanche d'une classe sur une autre.
Or 60% des Américains sont contre. La Californie qui fait
tout avant tout le monde, commence à démanteler de tels programmes. La California Civil
Rights Initiative qui réservait des parts de marché aux entreprises tenues par des noirs
a ainsi été abolie à l'automne 1996.
Cela engendre bien sûr de nombreuses injustices. Beaucoup ne sont pas qualifiés mais
obtiennent leur emploi grâce à leur race. Beaucoup sont qualifiés mais ne sont pas
embauchés à cause de leur race. Des individus qui ne le méritent pas obtiennent des
emplois enviables. Des individus qui le méritaient sont refoulés. L'atmosphère sociale
en est affectée. L'affaire prend un tour encore plus inattendu: ceux des pompiers
appartenant à une minorité mais qui bel et bien qualifiés sont toute leur vie
soupçonnés d'avoir obtenu leur emploi uniquement grâce à leur race ou de leur sexe.
La lutte des classes marxiste sest en fait traduite
en lutte des races ou guerre des sexes. Le but de cette politique n'est plus de vouloir le
bien de tous (en embauchant qui sera le mieux qualifié pour réaliser des travaux
satisfaisant pour tous), son but est la revanche d'une classe sur une autre.
Or 60% des Américains sont contre. La Californie qui fait
tout avant tout le monde, commence à démanteler de tels programmes. La California Civil
Rights Initiative qui réservait des parts de marché aux entreprises tenues par des noirs
a ainsi été abolie à l'automne 1996.
Finie la vie de grand seigneur
Mais il y a plus réjouissant encore. L'élection le 8
novembre 1994 d'un corps législatif Américain à majorité Républicaine démontre
encore plus clairement la révolte dans ce pays contre le Tout-État. Les Républicains,
cela est rare en politique, avaient eu le courage dans l'année qui précédait d'informer
les électeurs sur le détail de leur programme. Ils avaient stipulé dans leur
"Contrat avec l'Amérique" les mesures précises qu'ils prendraient une fois
élus.
Or les mesures du "Contrat avec l'Amérique"
étaient toutes, dans leur essence, des projets de réduction du "Tout-État".
Toutes elles redonnaient plus de vie à la population. Leur philosophie pouvait être
condensé e en cette phrase: "Le gouvernement dépense trop, dépense mal, et nous
allons l'écarter de votre vie".
Dans ce programme il était un joyau: la réduction des
impôts. Pas moins de 189 milliards de dollars devaient cesser d'être absorbés par le
gouvernement et être laissés aux hommes et aux femmes d'Amérique. Grover Norquist, de
l'association "American for Tax Reform", expliquait: "Nous
voulons réduire le gouvernement et redonner la vie au pays. Soit nous diminuons ses
dépenses, soit nous lui coupons les vivres. Le résultat est le même".
Même philosophie vis à vis du travail. La "Loi
pour la Création d'emplois et la Hausse des Salaires" devait alléger les
impôts des petites entreprises sur les sommes investies dans l'équipement et accorder
des allègements fiscaux aux Américains qui travaillent chez eux.
La plus déterminante des mesures sur la famille, une autre réalité humaine étouffée
par l'État, était probablement la déduction fiscale de $500 par enfant. Appelée mesure
de "Restauration du Rêve Américain", elle redonnait plus d'initiatives
aux gens dans la gestion de leur vie familiale.
Plus émoustillante encore était la volonté de réduire
les pouvoirs personnels des employés du gouvernement. Les Sénateurs et les
Représentants allaient désormais être assujettis aux mêmes lois que les autres
Américains. Plus d'impunité devant la loi, finie la vie de grand seigneur!
C'est sur ce programme que les Républicains ont été
élus. Ce n'était pas un programme vague, ils avaient la ferme intention de l'appliquer.
Ils avaient même promis de le mettre en oeuvre dans les trois premiers mois de leur
investiture, dès les cent premiers jours. Et ils furent élus ... Pour la
première fois depuis quarante ans, les conservateurs prenaient avec ce projet le
contrôle de l'appareil législatif Américain. La leçon de ces élections était claire:
les électeurs voulaient être délivrés de la pesanteur Étatique.
Clinton se mue en conservateur.
Qu'est devenu le programme? Pratiquement tous les projets
ont été votés par la chambre des Représentants, la moitié l'a été par la chambre
des Sénateurs (deuxième étape de la législation), mais beaucoup restent encore
bloqués par le veto du Président Clinton.
Pourtant, le veto de Bill n'est qu'un obstacle momentané. Comme l'intention populaire de
se débarrasser du Tout-État est incluse dans le projet Républicain, la tendance vers le
moins d'État continue à d'autres niveaux. Et lorsque le Président changera pour un
Républicain, nous le souhaitons, l'ensemble législatif passera très rapidement à
l'application.
Car deux ans plus tard, à l'occasion du vote présidentiel
et du renouvellement d'un tiers de l'appareil législatif, la tendance vers le moins
d'État est toujours aussi forte.
A l'automne 1996, le congrès renouvelait un tiers de ses sièges. Il retrouva
légèrement plus de Républicains et la plupart de ces Républicains étaient plus
conservateurs encore. Quelques "centristes" furent évincés et des jeunes
pragmatiques arrivèrent. Les Démocrates, de leur côté, perdirent 12 Sénateurs et 48
Représentants.
Clinton, élu quant à lui une deuxième fois, a dû se
muer en faux conservateur. Bill est un Démocrate et l'on n'a pas vu de Démocrate se
faire élire deux fois à la présidence depuis Franklin Roosevelt en 1936. Mais voila,
c'est un Démocrate qui parle maintenant comme un Républicain.
Il encourage les couvre-feux dans les ghettos, l'uniforme dans les écoles et la V-Chip
dans les téléviseurs (pour censurer la violence et la pornographie).
Depuis que le vent a tourné et que les citoyens
Américains acceptent de moins en moins de soutenir les échecs répétés du gouvernement
dans toutes les branches de la vie, Bill Clinton camoufle ses actions par des paroles
contre le Tout-État. Même si ce n'est qu'une opération de camouflage.
Car après sa première élection en 1990, Clinton avait proposé un budget comprenant 360
milliards de dollars supplémentaires de missions gouvernementales. Il voulait continuer
ainsi le traitement proposé par la gauche: toujours plus d'État.
L'une de ses plus célèbres déclarations est pourtant devenue celle-ci: "L'ère
des grands gouvernements est révolue."
Phrase prophétique s'il en est, quand on assiste à la fin d'un siècle reconnu pour son
développement des tentacules de l'État. Tout homme et toute femme lucide doit se
réjouir d'entendre un homme de gauche admettre dans son discours la fin de sa propre
idéologie.
Il en est de même de la politique des quotas sur le lieu
de travail. En 1996 son administration élimine le trop voyant quota racial de 10%
réservé aux Américains de couleur dans les administrations publiques. Avant les
élections de 1996, Clinton rassure: "Sans mettre fin à la politique des quotas,
nous devrons la corriger". C'est là encore une déclaration dans la bouche d'un
homme de gauche suffisamment rare pour ne pas y voir une étape historique.
Mais dans les faits, la machine politique de Clinton continue tant qu'elle peut à freiner
la réforme. Dans sa charte, son administration a maintenu le principe des marchés
réservés aux minorités: "Il y a nécessité à déterminer le nombre de
contrats attribués à des entreprises à minorités..."
Il en va de même de l'avortement. Déclaration de Clinton
avant les élections présidentielles de 1990: "J'espère voir l'avortement rester
légal mais devenir rare". Son action une fois au pouvoir: faciliter l'accès à
l'avortement des mineures. En juillet 1996, il autorise même la continuation de
l'avortement le plus horrible de la médecine moderne, l'avortement "à
mi-naissance". Le procédé laisse sortir en partie l'enfant de sa mère, garde
sa tête dans le canal utérin puis la vide par succion du cerveau... Comme l'enfant est
encore à moitié dans sa mère, Clinton et ses amis considèrent qu'il n'est pas encore
né ... D'autres appelleraient cela un meurtre d'enfant.
Stratégie répétée dans le domaine du social. Clinton
s'appuie en réthorique sur des déclarations du type de celle qu'il avait faite en 1993
à Yale University: "Je pense que Dieu veut que nous nous asseyons tous à la
même table pour examiner les valeurs que nous partageons et les insérer dans l'existence
des millions d'Américains qui vivent dans le chaos".
En France, la mention des termes "Dieu", "valeurs" ou "vivent
dans le chaos" le ferait classer à l'extrême droite.
Mais l'une de ses décisions en août 1995 a été de
nommer au sommet de la législature Californienne un juge pro-homosexuel, le juge Judith
McConnell. En 1987, celle-ci se fit remarquer pour avoir donné la responsabilité d'un
garçon de 16 ans à un homme homosexuel. Cet homme était l'amant du père, alors
décédé de l'enfant. La décision allait à l'encontre des protestations désespérées
de la mère. Ce juge, mis en place par Clinton, nommera pour les 20 prochaines années les
juges clés des tribunaux californiens.
Il est pourtant certains cas dans lesquels Clinton finit
par céder à la pression du temps, mais c'est seulement quand les Républicains l'y
acculent.
Le 31 juillet 1996, il signe enfin le plan de réforme des aides sociales. Chaque État
aura dorénavant la liberté d'administrer lui-même ses aides sociales, de limiter à 5
ans le nombre d'années assistées par l'État et de demander aux bénéficiaires, après
deux ans, de travailler en échange des allocations.
Alors que depuis deux ans Clinton s'opposait à la réforme, il se fit le porte-parole de
la nouvelle philosophie lorsqu'il la signa: "Nous avons aujourd'hui l'occasion
historique de faire de l'aide sociale ce qu'elle devrait être: une seconde chance et non
un mode de vie". Là encore, cet homme de gauche démontra que pour se faire
élire en Amérique, il faut désormais parler en conservateur.
La victoire philosophique des Républicains.
Clinton sait mentir et si on peut lui en vouloir pour cela,
l'orientation de ses mensonges est pourtant réjouissante. Cela constitue un baromètre
quant aux valeurs en faveur, celles de la réduction du Tout-État et du retour à
l'humain. Pour la première fois au XXème siècle, un homme de gauche et de première
importance émet des doutes quant à ce dogme de la pensée de gauche: "l'État
fera votre bonheur".
Le principe opposé, "l'État vous permet d'atteindre votre propre bonheur",
revient sur le devant de la scène.
On doit donc saluer la victoire philosophique des
Républicains. Ils ont réussi à faire admettre comme une nécessité la restriction de
l'action gouvernementale. Ils ont mit à la mode l'équilibre du budget et la réduction
des aides sociales. Même si le champ rhétorique demeure grand ouvert au président, il
lui reste peu d'espace pour agir.
L'orientation forcée de Bill Clinton vers le "centre" apparaît aussi à
l'occasion du choix des nouveaux collaborateurs. Plusieurs de ses conseillers d'extrême
gauche ont été remerciés: Robert Reich, le secrétaire au travail, George
Stephanopoulos porte-parole et Harold Ickes haut personnage de la Maison Blanche. Par
contre, c'est un pragmatique qui a été nommé chef de l'Etat Major de la Maison Blanche:
Erskine Bowles. Monsieur Bowles est un investisseur financier de profession et un
conservateur de caractère. Il ne s'est jamais fait remarquer par des tirades sur des
lendemains heureux procurés par l'État mais plutôt par des sentences propres aux cours
de management les plus réalistes: "Je crois en une administration qui définit
clairement ses buts et ses délais, afin qu'elle et son personnel puissent être tenus
responsables de leurs actes".
Et puis, il y a un livre curieux que le président Clinton fait circuler parmi ses amis.
Un livre de Morley Winograd et Dudley Buffa, "Prendre le contrôle: Politique à
l'âge de l'Information" - Les copies délivrées, largement annotées,
permettent entre autre de lire ceci: "Aujourd'hui, la majorité des Républicains
et des Démocrates pensent que le rôle du gouvernement devrait être de faire ce qui est
nécessaire pour - aider les gens à s'aider eux-mêmes - Ils ne veulent pas que le
gouvernement se désintéresse de leurs problèmes, mais ils ne veulent pas non plus que
le problème soit rafistolé grâce à des lois et des régulations supplémentaires.
A une majorité écrasante, conservateurs et libéraux (NDLA: en Amérique, libéral est
synonyme de gauche) veulent que le gouvernement fournisse à la communauté les outils qui
lui permettront d'agir par elle-même."
Si la gauche Américaine a admis dans sa rhétorique
l'essentiel des principes de l'adversaire, le rôle qui lui reste à jouer est celui de
"gentille" conservatrice. Elle persiste à vouloir la même chose, mais "sans
douleur" ...
C'est ainsi que lorsque Clinton décide de couper les aides financières aux filles-mères
mais de maintenir leurs coupons alimentaires, il apparaît comme un "conservateur
modéré": "Ce que je ne veux pas, c'est que les enfants souffrent des
erreurs de leurs parents". Il définit de la sorte sa position par rapport aux
Républicains. Le parti de droite américain est ainsi devenu le parti des nouvelles
idées.
Les journalistes craquent.
A l'occasion de leurs votes pour le président en 1996, les
Américains se sont aussi et à nouveau exprimés à travers des référendums. L'un des
plus significatifs a été en Californie celui contre l'embauche préférentielle des
minorités. La California Civil Rights Initiative ou "Proposition 209" mit fin
à la préférence en faveur de certaines catégories de population (les non-blancs et les
femmes) dans le recrutement par les institutions gouvernementales, dans les attributions
de marchés par le gouvernement et dans le choix de lorigine des étudiants admis
dans les universités.
54% des votants ont décidé d'abolir cette loi. A l'issue de ce succès, l'un des
organisateurs du référendum compara ce vote à la révolution Reaganienne. Sous Reagan
en effet, la "Proposition 13" adoptée par référendum mettait fin à
l'augmentation des impôts par le gouvernement sans autorisation populaire. Sous Clinton,
cette fois, la "Proposition 209" met fin à l'influence gouvernementale dans le
recrutement sans l'accord de la population.
De nouvelles limites aux mandats des hommes politiques ont
aussi été adoptées. En Virginie, une association proposa aux électeurs 14 initiatives
de réduction du pouvoir des politiciens, dont 9 furent adoptées. La plus importante
exige désormais que les législateurs présentent promptement des projets de loi pour
limiter leur propre temps au pouvoir. Avant les prochaines élections, l'une de ces
initiatives oblige même l'administration gérant les élections à signaler dans les
formulaires de vote à venir si, oui ou non, les politiciens ont tenu leur parole...
En dehors des partis politiques, mais toujours dans le
monde de l'establishment, il est un autre corps qui recule, horrifié, devant ces prises
de positions de la population, et de la prise de parole par le peuple..
Il s'agit des journalistes Américains. Tout d'abord, ils
n'ont pas vu venir le raz de marée. Ou plutôt, parce que le mythe du Tout-État est chez
eux un principe établi, on peut supposer qu'ils n'ont pas voulu en parler pour ne pas en
propager l'idée. Dans leurs reportages, il leur a même été difficile de cacher leur
hargne. En 1994, quelques jours après la victoire des Républicains au Congrès, Peter
Jenning sur ABC Radio interprétait à sa façon: "Imaginez une nation d'enfants
qui piquent une crise de nerfs ... et bien les électeurs viennent de se mettre en
colère. Mais ce ne sont pas ces caractériels qui pourront gouverner la nation".
(sic)
Oui, les électeurs étaient en colère, et n'en déplaise
à Peter Jenning, ils avaient de très bonnes raisons de l'être.
La catastrophe sociale d'un siècle d'Étatisme
Américain.
Le crime en Amérique recule. C'est grâce à une politique
du "tough Love" que les Américains commencent à s'en sortir.
Comment font-ils? En ce qui concerne les maux de société, les Américains avaient
"assez donné". Depuis les années 60, tous leurs compteurs sociaux avaient
viré au rouge.
Au chapitre des violences, les crimes avaient augmenté de 300% sur trente ans. Chaque
année, 5 millions d'Américains sont victimes d'agressions, de viols ou de meurtres.
Au chapitre de la famille, les naissances hors du mariage avaient cru de 400% depuis 1960.
Elles représentent environ 29% des naissances et l'on remarque parallèlement qu'un tiers
des criminels sont des personnes élevées sans présence paternelle.
Au chapitre de léducation, la moyenne aux tests scolaires avaient baissé
dramatiquement. Selon les barèmes américains, ils étaient passés de 975 points à 758.
Enfin, alors que le marché de l'emploi Américain est un eldorado (taux de chômage de
seulement 5.5%), 82% des chômeurs restaient sous assistance d'État pendant en moyenne 5
ans.
Et pourtant, pendant ces mêmes trente années, suivant la recommandation de la gauche,
les Américains avaient bien voulu déverser 5 trillons de dollars dans l'aide sociale de
l'État. Cela faisait 300 milliards de dollars par an ou encore 7000 dollars (40 000 F)
par bénéficiaire chaque année. Tout cela jeté dans une oeuvre sans résultats. Après
ces efforts colossaux, le niveau de la pauvreté n'avaient pas changé et les
comportements sociaux avaient au contraire empiré.
Plus d'État égale plus de souffrances.
A mesure que les observations des historiens du XXème
siècle prennent forme, une corrélation entre le Tout-État et la misère humaine
apparaît (par Tout-État nous entendons la situation des sociétés où l'État, plutôt
que la population, dirige de très nombreuses activités du pays, bien au-delà de celles
de la sécurité et de la justice).
Alors qu'en 1960 la majeure partie de l'assistance publique n'existait pas, seulement 2%
des enfants blancs et 22% des enfants noirs naissaient hors du mariage. En 1991, après
les millions de dollars consacrés par le gouvernement, les chiffres des enfants sans
foyer unis ont enflé pour atteindre dans chaque communauté 22% et 68%.
Robert Samuelson, journaliste à Newsweek, relève astucieusement: "Ce n'est pas que
les naissances hors du mariage aient été voulues par l'"assistanat
dÉtat". Mais ce qui compte, ce sont les faits. Et c'est un fait que cette
assistance financière a permis aux filles-mères de quitter la maison de leurs parents,
qu'elle a rendu possible l'effacement des pères (les aides vont aux filles-mères si le
père est absent) et à un moment donné, la norme sociale a changé, et l'illégitimité
est devenu la norme."
Même corrélation à propos du crime. L'intelligentsia composée des journalistes, des
éducateurs sociaux, des producteurs de film et des enseignants a été extrêmement
laxiste en faveur des criminels et ont largement influencé les lois dans le mauvais sens.
De nos jours en Amérique, toutes les 90 secondes, un criminel dangereux est libéré sur
parole. Malgré plus de 13 millions d'arrestations chaque année, 2% seulement conduisent
à une sentence de prison. En moyenne, les criminels accomplissent 37% seulement de leurs
peines. En moyenne, on peut calculer que la durée réelle d'incarcération pour un tueur
est de six ans seulement, pour un violeur de trois ans, pour un vendeur de drogue d'un an.
Comme la sagesse populaire le pressentait, à mesure que les punitions se sont réduites,
les crimes se sont accrus.
C'est à peu près la même logique qui régit le déclin des connaissances à
lécoles: plus l'État s'y est investi, plus les résultats ont chuté.
Alors qu'en 1960, les États Unis d'Amérique consacraient 2 035 dollars par élève (en
dollars constants de 1990), la moyenne aux scores du SAT (barème d'évaluation
Américain) était de 975. A l'heure actuelle, malgré des dépenses plus que doublées
pour chaque élève ($ 5 247), les chiffres sont tombés à 758.
On peut même comparer les régions qui utilisent encore le bon sens commun (notation
exigeante, discipline en classe, étude des bases) et les régions régies par les
fantaisies soixante-huitardes (notes généreuses, égalitarisme des résultats, méthodes
globales, mathématiques dites modernes).
Le Dakota du Nord utilise toujours les méthodes traditionnelles. Il se classe deuxième
aux tests du SAT. Pourtant c'est aussi l'un des États les plus économes: en matière de
dépense déducation, il est le 44ème état sur 50. De plus, on remarque que la
famille y est en bien meilleure forme. En ce qui concerne le pourcentage des enfants
élevés par leurs deux parents, le Dakota du Nord est le second dans la nation. En
conclusion, dans le Dakota du Nord, le Tout-État n'a pas encore remplacé le pays réel
(en l'occurrence les familles), il n'a pas non plus imposé ses lubies de fonctionnaires.
Le résultat est très important: les enfants ont un avenir plus assuré.
C'est ainsi une constante qui apparaît peu à peu dans tous les domaines sociaux: plus le
gouvernement dépense d'argent, plus son bras maladroit fait de dégâts.
Parce que, d'une part il affaiblit la nation réelle (en augmentant les impôts il laisse
moins d'argent aux familles et force une bonne partie des mères à travailler à
l'extérieur).
Parce que, d'autre part, les décisions des fonctionnaires sont la plupart du temps
irréalistes et idéologiques.
Pour penser "global" on peut résumer qu'en 1960 en Amérique, seulement 143
milliards de dollars, soit 6% du Produit National Brut étaient consacrés au social. En
1990, 787 milliards, soit 14% le sont, et les résultats sont pires.
D'où nous est venu cette culture de la pauvreté ?
Le comble encore est que si tout l'argent consacré aux
gens en dessous du seuil de pauvreté, si toutes les aides directes et indirectes étaient
livrées directement aux hommes dans le besoin ... la somme reviendrait à l'équivalent
de 120 000 F par an... C'est ce que gagnent bon nombre d'Américains et de Français au
train de vie correct...
Seulement voilà, ces 120 000 Francs doivent aussi rémunérer les fonctionnaires qui
gèrent les "oeuvres". Toutes les études montrent que les administrations
absorbent en pertes internes, 35% des budgets en moyenne.
D'un côté des interventions de l'État, sans cesse en augmentation, de l'autre des maux
sociaux en hausse. Accroissement des rouages sociaux Étatiques, effacement des réflexes
sociaux naturels (parents, amis, famille). La conclusion des sociologues est aisée: plus
l'État s'insinue dans la vie, plus les mécanismes naturels se grippent et plus la
souffrance des hommes est grave.
"Beaucoup d'Américains", résume Robert Rector, chercheur à Heritage
Foundation, "pensent que le système de protection sociale actuel a contribué à
l'émergence d'une culture de la pauvreté, à un esprit d'assisté, à une éthique du
travail érodée et à un manque d'ambition dans la vie".
"Ce ne devrait être une surprise pour personne", résume Ralph Reed, consultant
politique. "Nous avons obtenu plus de ce que nous soutenions (naissances en dehors du
mariage ou divorce) et moins de ce que nous taxions (familles intactes avec des
emplois)."
De ces conclusions on retire un enseignement pour tous les hommes. Les expérimentations
des années soixante ont été mises sur le papier. Les chiffres sont là, les
comparaisons avec le passé et même les comparaisons entre régions appliquant des
méthodes différentes sont enregistrées.
Ces études sont devenues les outils de ce qu'on appelle dorénavant les conservateurs
sociaux. Des hommes et des femmes qui se préoccupent du bien-être des hommes mais qui le
font sans proposer la solution "État".
Ces nouveaux travailleurs sociaux redécouvrent quelles sont les structures naturelles qui
permettent à l'homme de s'épanouir, non pas à travers la tradition ou la morale
(quoique en parallèle à celles-ci), mais à travers la statistique et l'histoire. Ils
ajoutent ainsi une dimension scientifique à la sagesse, ils développent une écologie
scientifique de l'être humain.
C'est un fait dans le monde de la pensée qui n'est pas à considérer à la légère.
Après deux ou trois siècles d'utopies (marxisme, égalitarisme, existentialisme), cette
expérience fait changer de cap la pensée. Ces sociologues appliquent désormais leur
intelligence à comprendre les rouages naturels de la réalité humaine et à travailler
en symbiose avec eux. En fait, ils agissent en bons docteurs qui étudient d'abord la
nature puis oeuvrent à rétablir les mécanismes naturels.
La gauche a perdu la guerre contre la misère.
Il est aisé aux conservateurs sociaux en Amérique de
rappeler qui fut en charge du "social" pendant 40 ans. Tout le monde sait qui
s'est entêté à clamer sa qualification dans le soin des pauvres. Les gens savent que ce
sont les hommes et les femmes habités par l'idéologie de gauche qui ont éduqué les
adultes d'aujourd'hui. Il y a désormais 90 millions d'illettrés aux États-Unis dont la
plupart sont pourtant passés par l'école.
La logique est claire. Si la gauche entendait amener le paradis sur terre en prenant
l'argent ici et en le redonnant là, elle a en fait dégoûté les Américains sur trois
points:
ils en ont assez d'être taxés,
ils n'aiment pas les orientations que les fonctionnaires
ont décidé sans eux,
ils en ont assez de voir l'inefficacité des projets
entrepris avec leur argent.
Grover Norquist, directeur d'une association de citoyens
contre le trop d'impôt (Americans for Tax Reform), le fait remarquer: "Aujourd'hui,
plus personne ne peut ignorer le ras le bol vis a vis du "tout État". Ni les
Démocrates, qui malheureusement ne peuvent plus faire marche arrière car les syndicats
ne le leur pardonneraient pas, ni les conservateurs qui se doivent de mettre fin à ces
crimes contre l'humanité, ni les pauvres qui comprennent qu'ils ont été dupés."
Les seuls à avoir bénéficié de l'industrie sociale étatique, en somme, ont été les
distributeurs de ces aides. Ils en tiraient leur salaire, leur statut et, finalement, leur
bonne conscience.
A la tête de cette classe se trouvent les politiciens. N'a-t-il pas été dans leur
stratégie de se faire élire en promettant toujours plus d'aides? A la caravane de ceux
qui promettaient la fortune des "riches" aux "pauvres" se joignaient
tout ceux qui croyaient ou dépendaient d'une telle politique: la plupart des travailleurs
sociaux, la plupart des enseignants, la plupart des artistes du show-business et la
plupart des journalistes.
Accepter de dépendre avant tout de la politique pour
guérir les afflictions morales, c'est manquer de bon sens.
Bill Bennett, ancien secrétaire à l'éducation sous
Ronald Reagan, remarque: "Notre premier devoir est de reconnaître que nous avons mis
trop d'espoir dans le politique pour guérir les afflictions morales et que le politique
est un pauvre substitut par rapport aux soutiens naturels de l'homme (la famille, les
amis, les associations et les églises).
S'en remettre avant tout à la politique pour résoudre les afflictions morales,
culturelles et spirituelles d'un peuple est simplement stupide ."
Chuck Colson, l'un des défenseurs de Nixon pendant le Watergate, s'est reconverti dans
l'aide aux prisonniers. De ses 20 ans d'expérience dans les geôles américaines, il tire
une leçon: "La crise que nous vivons ne se résoudra pas avec plus de policiers et
plus de prisons. La crise se résoudra grâce au retour dans les consciences du sens du
bien et du mal."
Ralph Reed, à la tête d'un immense rassemblement de croyants Américains, donne son avis
lui aussi: "L'origine réelle du crime est la désintégration de la famille et plus
spécifiquement en Amérique la séparation des hommes de leurs foyers. A partir du moment
où les jeunes garçons sont privés d'une discipline paternelle et à partir du moment
où ils sont privés de la sublimation sociale du mariage, les hommes perdent le sens de
leurs devoirs."
Les maux ainsi mis en évidence ne s'évanouiront donc pas
du jour au lendemain avec l'accession au pouvoir de nouveaux partis. L'érosion culturelle
a pris des décennies à se faire, elle mettra au moins autant à se réparer.
Mais si l'État doit passer la main, à qui de jouer ? A la population. La réalité
devrait sauter aux yeux. Il y a dorénavant un trop grand espace entre la nation réelle
(que nous appelons pour simplifier la population mais qui comprend les associations les
plus spontanément crées par elle comme la famille, les associations de tous types, les
entreprises, et les églises) et le gouvernement. On se décharge sur l'État.
On ne se sent pas concerné par les besoins d'autrui. On s'attend à ce que l'État
s'occupe des sans-emploi, à ce qu'il loge nos grands-parents et offre l'argent pour payer
les cartables de la rentrée. Et on ne le fait plus de soi-même. Dans le fait même
d'attendre son action dans ces actes de civisme ou de solidarité, on s'aperçoit que nous
nous sommes dépouillés de réflexes humains primordiaux. L'état n'est plus nous et lui
ayant légué nos actes les plus solidaires, nous ne sommes plus nous-mêmes.
Un tel retour à nos responsabilités passe par la possibilité de reprendre à l'État
l'initiative dans nombre d'activités humaines. Elle passe nécessairement par la
possibilité des citoyens de placer leur argent dans les oeuvres qu'ils veulent. C'est la
solution, non seulemenr en matière de prévention du crime mais aussi en matière
d'éducation, de politique des naissances et de chômage. Dans tous ces domaines, la
situation demande que l'État recule et que l'homme avance.
Contre le Tout-État, ceux qui maintenant se rebellent, ce
sont les pauvres.
Si le mouvement de révolte contre le Tout-État se
manifeste en France comme il s'est développé en Amérique, les plus ardents adversaires
du Tout-État seront les pauvres.
Pourquoi ?
Parce qu'en Amérique les noirs sont parmi les plus pauvres et beaucoup de leurs
intellectuels sont les plus ardents accusateurs de ce Tout-État.
Premiers bénéficiaires, en effet, de la politique sociale Étatique, les noirs en ont
été aussi les premières victimes. Après avoir souffert de l'esclavage, ils ont été,
en Amérique, les principaux cobayes des expérimentations sociologiques du XXème
siècle: emplois assurés, santé surveillée, hébergement bon marché, intelligences
prises en charge par l'école publique et les programmes sociaux pour jeunesse à risque.
Aujourd'hui, les noirs réalisent que cette pitance bureaucratique est peut-être ce qui
leur a fait le plus de mal: 70% des prisonniers en Amérique sont noirs, 68% des enfants
naissant hors du mariage le sont aussi.
Veut-on tuer un peuple ? Tuons son âme !
Pour cela épargnons-lui la peine de mettre en oeuvre ses forces intérieures (dans le
labeur, dans la création d'entreprises, dans la responsabilité parentale, dans la
solidarité). Epargnons-lui, en somme, la peine de se prendre en charge, donnons-lui
gratuitement ce dont il a besoin: logement ou allocations.
Bientôt nous aurons éteint ce qu'il y a de plus vital en lui, non pas le corps mais la
flamme intérieure. On a vu cela dans les pays de l'Est, on retrouve ce même regard
éteint chez les noirs des ghettos, dans les réserves indiennes d'Amérique et, plus
près de nous, chez les chômeurs à long terme.
Conséquence indirecte, le nombre record des candidats
Républicains noirs qui se sont présentés aux élections de novembre 1994 (24 contre 15
en 1992).
Sept d'entre eux ont obtenu au moins 40% des votes, deux ont été élus au Congrès dont
J. C. Watts, ancien champion de football américain. Le potentiel pour une croissance est
là. Alan Keyes le candidat noir aux présidentielles de 1996, fut d'ailleurs l'homme au
discours le plus moral.
Disk jokey noir et conservateur.
Les conservateurs noirs Américain ont du succès à la
radio. C'est peut-être parce que la rébellion nécessaire contre l'assistanat d'État
les touche de très près, qu'ils sont passionnés et qu'à la radio, cela se sent.
L'un d'entre eux, Armstrong William, est un petit homme habité d'une surprenante
énergie. Il vous ouvre la porte de sa voiture avec courtoisie mais vous laisse à peine
le temps d'y grimper avant de démarrer.
Fils de fermier, il coupait à douze ans le tabac dans les champs de son père. Sous
Reagan, il était à 25 ans assistant juridique au Département de l'Agriculture. Il se
faisait ensuite remarquer par Clarence Thomas, futur juge noir à la Cour Suprême, et
devenait son conseiller personnel. Il est devenu a 35 ans, commentateur politique, radio,
télé et presse. Le Wall Street Journal et le magazine Forbes publient ses essais.
Son parcours est représentatif des nouveaux jeunes
conservateurs américains. Son indépendance d'esprit, trouve sa source dans une famille
s'isolant d'abord de la déprime sociale: "Mon père voulait que nous restions à
part. Il jugeait beaucoup des autres noirs trop défaitistes. Nous ne pouvions rien
apprendre d'eux". Une solitude préalable présente dans beaucoup de phénomènes
décrits dans ce livre semble nécessaire pour se fortifier, nécessaire pour cultiver une
identité propre, nécessaire avant d'aller dans le monde.
C'est dans cet esprit, que tous les jours Armstrong William commente à la radio les
méfaits du tout État. Ainsi, à propos de l'Assistance Sociale d'État: "Aujourd'hui,
une mère célibataire avec deux enfants continuera à recevoir $1000 par mois si elle
évite deux choses: épouser un homme qui travaille ou travailler elle-même. Est-il
étonnant dans ces conditions que 5,6% seulement des bénéficiaires de ces d'aide
cherchent un emploi ?" Armstrong sait peut-être le mieux de quelle façon
commenter les désastres humains de la philosophie du Tout-État: "L'assistance
sociale d'État, c'est de la gentillesse qui tue. Honte au système qui dilue la famille
et sape l'initiative personnelle plus efficacement encore que l'esclavage ne l'a fait".
Un auditeur noir s'étonne: "Après toutes nos souffrances, vous retournez votre
veste !".
Et oui, Armstrong retourne même sa chemise: "Qui peut encore croire à ces
slogans, "brother" ? Qui peut encore soutenir cet esprit de revanche ? Même si
les noirs d'aujourd'hui étaient indemnisés pour ce qui a été fait aux noirs d'hier, ce
qui déjà n'est pas de la justice mais de la revanche, qui en profiterait ? Seulement les
noirs des classes moyennes ! Et les victimes, cette fois, seraient d'autres pauvres, les
petits blancs".
William, à la radio, réveille donc ses frères de race:
"Le racisme existe. Mais ce que nous avons de mieux à faire, c'est de nous
protéger contre lui. Parce que si nous le considérons comme la cause de tous nos
problèmes, cela nous détruira, nous consumera et nous réduira en cendre".
L'esprit de revanche et le fatalisme sont pour Armstrong des perversions de l'âme qui
rabaissent encore plus les plus faibles: "Les gauchistes, à travers une fausse
compassion, se servent des noirs pauvres. Par leurs aides sociales, ils ont en fait
démantelé les familles. Ils ont créé une sous-classe et ils sont peut-être
responsables de la mort de plus d'enfants et d'hommes noirs que le Ku Klux Klan".
Il fait allusion à la drogue et à la violence issues en grande partie d'un cadre
familiale détruit.
A ceux qui exploitent l'envie du bien des autres pour créer des programmes sociaux,
William Armstrong donne un vilain nom: "Vous êtes les grands prêtres de la
négritude".
Comme on enfonce le coin dans le bois, William insère l'exigence morale dans les
consciences: "Toutes les politiques de gauche corrodent le succès réel et
mérité des minorités et des femmes qui travaillent dur. Ces politiciens donnent une
excuse à ceux qui ne veulent pas se dépenser. Leur effet global est de handicaper
culturellement les populations qu'elles prétendent aider et d'aggraver les rapports
déjà tendus entre les catégories. Pire que tout enfin, ces politiques corrompent le
seul critère fonctionnel et moral pour juger professionnellement les hommes quelle que
soit leurs origines: le mérite personnel ".
Dans ses bureaux, trois noirs et trois blancs s'activent:
"Vous voulez de la diversité" demande-t-il en levant les yeux, "je
vais vous en donner de la diversité". Il hoche du menton vers l'équipe, "voilà
la diversité de l'excellence".
Le salut des hommes, pour William, vient donc de leur culture de caractère. Aussi
étonnant que cela paraisse, c'est une nouvelle donne dans le discours public.
L'engagement d'Armstrong est d'ailleurs tout sauf superficiel. Il lit la bible
quotidiennement, va à l'Eglise et parle de fidélité. Depuis trois ans, il dit attendre
l'âme soeur: "J'ai ma discipline de vie !" En banderole dans son petit
appartement au centre de Washington, trois mots rappellent son engagement: "Compassion,
Contrôle, Dévouement".
Il ne fait pas l'ombre d'un doute pour lui, que celui qui veut être droit, comme le
suggère le nom de son émission "The Right Side" (Le Côté Droit),
celui-là est de droite.
Il mêle dans ses émissions la harangue du prêcheur à l'optimisme de l'entrepreneur, il
est là pour retourner votre vie comme pour vous faire voter Républicain.
Qu'apportent les penseurs noirs? Sa réponse est rapide: "une perception de la
morale au sens le plus transformateur de la vie". Non pas la morale moralisatrice
mais la morale profonde, l'éthique sincère qui assainit la vie, même parmi les
conservateurs.
Car après tout, beaucoup d'autre conservateurs ne sont-ils par conservateurs par
égoïsme, par défense d'un style de vie qui les avantage, par sentimentalisme aussi
parce que leur psychologie les pousse à défendre le passé ? Ceux-là auraient défendu
le communisme s'ils étaient nés dans ce cadre. Ceux-là, d'après Armstrong, sont
réactionnaires. Ils ne sont pas de droite.
Il y a une vie après la gauche !
Les conservateurs noirs américains sont conservateurs par
altruisme. Ils le sont parce qu'ils ont vécu eux-mêmes les méfaits d'une jeunesse
oisive devenue criminelle. Ils font après tout une oeuvre de solidarité, de psychologie,
de sociologie. Des sciences trop longtemps abandonnées aux philosophes de gauche. Ils
incarnent au mieux l'expérience humaine de l'Amérique, la voix conservatrice sociale.
Ils prouvent qu'il y a une vie après la gauche, elle s'appelle réveil moral. 60% de
leurs concitoyens estiment que leur société est devenue trop tolérante vis-à-vis du
crime. les temps sont venus pour parler du juste et du bien.
Ce changement de philosophie dans la population sonne le glas des partis politiques de
gauche, et même de certains partis dits de droite qui préconisent un état omniprésent.
Car le noir en Amérique, un peu comme l'ouvrier en France, était le "soldat"
des partis étatistes
Daniel Rabourdin, 1999
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