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conservatisme.jpg (4526 octets) FUTUR...
Voyage dans le conservatisme américain

Chapitre 1 : Cela a commencé par un ras le bol...

Par Daniel Rabourdin

Le virement de bord de la civilisation en Amérique est surtout visible dans un ras le bol vis à vis du "Tout-État".
Attention! Non pas contre l'État indispensable (celui de la justice, de la police ou des rapports internationaux) mais celui qui est superflu: l'État qui prétend éduquer les enfants, connaître quels légumes faire pousser et imposer les films à voir.
La rébellion contre cet État est une réaction instinctive. Elle vient d'hommes et de femmes qui veulent le remplacer par un "Plus de citoyens". Dans l'aide aux plus démunis, pour prendre un exemple, ces hommes et ces femmes veulent enlever le fonctionnaire qui "fait du social, pour y remettre l'ami ou le grand père qui sont le social".
Ils le font d'abord en réduisant les impôts et les activités de l'État. Ils laissent par conséquent plus d'argent à la population, fournissant ainsi la possibilité aux personnes de s'occuper d'elles-mêmes. C'est un vrai renouveau et redonne plus de vie à la population et moins au gouvernement.
Car même si 44% des Américains associent la stagnation de leur niveau de vie à la concurrence mondiale, même si 52% l'associent aux excès des grands financiers, beaucoup plus encore l'associent aux hausses des impôts, donc à la croissance de l'État (73%). Ils estiment donc que la plus grande atteinte à leur bonheur est perpétrée par le Tout-État et à la place croissante qu'il occupe dans leur vie (Sondages Business Week et Harris Poll).

L'évidence de cette défaite idéologique est plus grande encore quand on regarde les autres questions posées par les sondages: "A quelles institutions faites-vous confiance ?"
La question est fondamentale. En Amérique, le terrible chiffre de 8% manifeste le peu de confiance des citoyens envers l'État.
Le parti Démocrate (parti de gauche, donc plus favorable au Tout-État) n'obtient que 11% de confiance.
Le parti Républicain (parti de droite, donc plus enclin à rendre du pouvoir à la population) reçoit 14% de confiance.
Ce sont par contre les petites entreprises et les institutions religieuses qui sont les mieux cotées (24% et 42% de confiance), les institutions justement les plus éloignées du système Étatique. Ce sont à travers elles que les individus peuvent mener à bien leur vie sans dépendre en tout du gouvernement.

Les patrons de cette firme nommée État.

Mieux encore que les sondages: les votes. Ils montrent le rejet populaire d'un État hypertrophié. A travers les référendums (très courants en Amérique), les citoyens Américains montrent d'année en année leur intention de réduire l'expansion du gouvernement. En novembre 1994 a eu lieu la dernière vague significative de référendums, 238 au total ... En l'occurrence, le plus fort message envoyé aux politiciens était qu'ils devraient limiter leurs rêves de pays de cocagne une fois arrivés au pouvoir. On appelait cela les "term limits".

Dans les États du Colorado, du Maine, du Nebraska, de l'Idaho, de l'Oklahoma, du Nevada et de l'Alaska, les électeurs limitèrent à trois mandats (ou trois termes) la durée d'exercice des politiciens à la Chambre des Représentants, et à deux au Sénat.
En réduisant leur possibilité de devenir des politiciens à vie, la population évitait que ceux-là accroissent la place prise par le gouvernement. Car où est l'ambition d'un patron ? Dans la prospérité de son entreprise. Le politicien est patron de l'État. Il veut instinctivement le développer.

En limitant le nombre d'années que les politiciens passent au gouvernement, les électeurs les ramènent à leur vocation première (en démocratie du moins): celle de représentants. Les politiciens doivent faire partie de la population et donc connaître ses difficultés, être envoyés au gouvernement un temps, puis retourner à leur place dans le monde non-politique. Finis l'esprit de classe, l'arrogance de haut fonctionnaire, l'esprit de grand seigneur. Bienvenue par contre au représentant qui apporte au gouvernement le bon sens commun.

Ces limitations du temps que les politiciens passent au gouvernement s'appliquent désormais en Amérique à 22 États sur 50. Elles concernent 40% de la population et le phénomène n'est pas réservé aux États. 250 villes ont limité elles aussi la durée totale des mandats de leurs représentants politiques.

Un autre signe de la volonté de limiter l'État en Amérique est la réduction de ses fonds (les impôts). Car comme le dit l'un des activistes pour la réduction du Tout-État:

En Ohio donc, les votants ont rejeté une taxe sur les boissons non-alcoolisées à peine instaurée lors des élections précédentes.

Dans le Colorado, les électeurs ont rejeté à 62% une augmentation des taxes sur les cigarettes.

En Californie, 80% d'entre eux ont refusé une taxe sur l'essence.

Dans le Massachusetts, pour la cinquième fois, les électeurs ont rejeté un impôt progressif sur les revenus et l'ont remplacé par un impôt égal de 5% pour tout le monde.

Ce même État, baptisé "Taxachussetts" sous le règne de Dukakis, a même envoyé aux oubliettes le contrôle des loyers.

Dans le Nevada, enfin, prouvant une maturité politique encore plus développée, les citoyens ont instauré la loi de la "Super Majorité".
Désormais, pour augmenter tout impôt, les politiciens devront obtenir non pas la majorité des voix de leur assemblée mais les deux tiers. Ce sera la super-majorité. Cette proposition, dans les urnes a remporté 78% des voix des citoyens...

A côté de la réduction de la place de l'État au sens général, les citoyens chassent aussi le gouvernement de leur lieu de travail. A leurs yeux, la plus grande abomination est la loi des quotas raciaux. Selon cette législation, les entreprises dépendant plus ou moins de l'État doivent compter dans leurs rangs 12% de personnes appartenant à des minorités (races ou même sexe féminin). S'il y a 12% de minorité dans un région, si, à San Francisco, on compte en caricaturant, trois blancs, un Asiatique, un noir et un hispanique, ces entreprises doivent avoir les mêmes proportions parmi leurs employés.
Qu'importe si certaines communautés sont moins qualifiées pour l'instant. L'employé mieux qualifié perdra le poste, l'entreprise en pâtira, la vie des clients pourra même être en danger (pensez aux médecins), mais l'égalitarisme aura été imposé.

On trouve ainsi dans certaines villes des corps de pompiers constitués d'un panachage d'employés arithmétiquement proportionnel à celui de la population.
Mais pour cela, les critères d'embauche ont dû être rabaissés. On réduit par exemple les connaissances techniques que les pompiers doivent avoir sur les produits chimiques. On réduit le poids d'un blessé que les pompiers doivent pouvoir porter ... Le corps de sapeurs est politiquement correct, oui, mais ceux qui seront désormais pris dans les flammes seront moins bien secourus. Le citoyen en danger dépendra désormais de sapeurs pompiers sélectionnés selon des critères idéologiques, non selon des compétences professionnelles.

                 ******************  

Cela engendre bien sûr de nombreuses injustices. Beaucoup ne sont pas qualifiés mais obtiennent leur emploi grâce à leur race. Beaucoup sont qualifiés mais ne sont pas embauchés à cause de leur race. Des individus qui ne le méritent pas obtiennent des emplois enviables. Des individus qui le méritaient sont refoulés. L'atmosphère sociale en est affectée. L'affaire prend un tour encore plus inattendu: ceux des pompiers appartenant à une minorité mais qui bel et bien qualifiés sont toute leur vie soupçonnés d'avoir obtenu leur emploi grâce à leur race ou de leur sexe.
La lutte des classes marxiste s’est traduite dans les faits en lutte des races ou guerre des sexes. Le but de cette politique n'est plus de vouloir le bien de tous (en embauchant qui sera le mieux qualifié pour réaliser des travaux satisfaisant pour tous), son but est la revanche d'une classe sur une autre.

Or 60% des Américains sont contre. La Californie qui fait tout avant tout le monde, commence à démanteler de tels programmes. La California Civil Rights Initiative qui réservait des parts de marché aux entreprises tenues par des noirs a ainsi été abolie à l'automne 1996.
Cela engendre bien sûr de nombreuses injustices. Beaucoup ne sont pas qualifiés mais obtiennent leur emploi grâce à leur race. Beaucoup sont qualifiés mais ne sont pas embauchés à cause de leur race. Des individus qui ne le méritent pas obtiennent des emplois enviables. Des individus qui le méritaient sont refoulés. L'atmosphère sociale en est affectée. L'affaire prend un tour encore plus inattendu: ceux des pompiers appartenant à une minorité mais qui bel et bien qualifiés sont toute leur vie soupçonnés d'avoir obtenu leur emploi uniquement grâce à leur race ou de leur sexe.

La lutte des classes marxiste s’est en fait traduite en lutte des races ou guerre des sexes. Le but de cette politique n'est plus de vouloir le bien de tous (en embauchant qui sera le mieux qualifié pour réaliser des travaux satisfaisant pour tous), son but est la revanche d'une classe sur une autre.

Or 60% des Américains sont contre. La Californie qui fait tout avant tout le monde, commence à démanteler de tels programmes. La California Civil Rights Initiative qui réservait des parts de marché aux entreprises tenues par des noirs a ainsi été abolie à l'automne 1996.

Finie la vie de grand seigneur

Mais il y a plus réjouissant encore. L'élection le 8 novembre 1994 d'un corps législatif Américain à majorité Républicaine démontre encore plus clairement la révolte dans ce pays contre le Tout-État. Les Républicains, cela est rare en politique, avaient eu le courage dans l'année qui précédait d'informer les électeurs sur le détail de leur programme. Ils avaient stipulé dans leur "Contrat avec l'Amérique" les mesures précises qu'ils prendraient une fois élus.

Or les mesures du "Contrat avec l'Amérique" étaient toutes, dans leur essence, des projets de réduction du "Tout-État". Toutes elles redonnaient plus de vie à la population. Leur philosophie pouvait être condensé e en cette phrase: "Le gouvernement dépense trop, dépense mal, et nous allons l'écarter de votre vie".

Dans ce programme il était un joyau: la réduction des impôts. Pas moins de 189 milliards de dollars devaient cesser d'être absorbés par le gouvernement et être laissés aux hommes et aux femmes d'Amérique. Grover Norquist, de l'association "American for Tax Reform", expliquait: "Nous voulons réduire le gouvernement et redonner la vie au pays. Soit nous diminuons ses dépenses, soit nous lui coupons les vivres. Le résultat est le même".

Même philosophie vis à vis du travail. La "Loi pour la Création d'emplois et la Hausse des Salaires" devait alléger les impôts des petites entreprises sur les sommes investies dans l'équipement et accorder des allègements fiscaux aux Américains qui travaillent chez eux.
La plus déterminante des mesures sur la famille, une autre réalité humaine étouffée par l'État, était probablement la déduction fiscale de $500 par enfant. Appelée mesure de "Restauration du Rêve Américain", elle redonnait plus d'initiatives aux gens dans la gestion de leur vie familiale.

Plus émoustillante encore était la volonté de réduire les pouvoirs personnels des employés du gouvernement. Les Sénateurs et les Représentants allaient désormais être assujettis aux mêmes lois que les autres Américains. Plus d'impunité devant la loi, finie la vie de grand seigneur!

C'est sur ce programme que les Républicains ont été élus. Ce n'était pas un programme vague, ils avaient la ferme intention de l'appliquer. Ils avaient même promis de le mettre en oeuvre dans les trois premiers mois de leur investiture, dès les cent premiers jours. Et ils furent élus ... Pour la première fois depuis quarante ans, les conservateurs prenaient avec ce projet le contrôle de l'appareil législatif Américain. La leçon de ces élections était claire: les électeurs voulaient être délivrés de la pesanteur Étatique.

Clinton se mue en conservateur.

Qu'est devenu le programme? Pratiquement tous les projets ont été votés par la chambre des Représentants, la moitié l'a été par la chambre des Sénateurs (deuxième étape de la législation), mais beaucoup restent encore bloqués par le veto du Président Clinton.
Pourtant, le veto de Bill n'est qu'un obstacle momentané. Comme l'intention populaire de se débarrasser du Tout-État est incluse dans le projet Républicain, la tendance vers le moins d'État continue à d'autres niveaux. Et lorsque le Président changera pour un Républicain, nous le souhaitons, l'ensemble législatif passera très rapidement à l'application.

Car deux ans plus tard, à l'occasion du vote présidentiel et du renouvellement d'un tiers de l'appareil législatif, la tendance vers le moins d'État est toujours aussi forte.
A l'automne 1996, le congrès renouvelait un tiers de ses sièges. Il retrouva légèrement plus de Républicains et la plupart de ces Républicains étaient plus conservateurs encore. Quelques "centristes" furent évincés et des jeunes pragmatiques arrivèrent. Les Démocrates, de leur côté, perdirent 12 Sénateurs et 48 Représentants.

Clinton, élu quant à lui une deuxième fois, a dû se muer en faux conservateur. Bill est un Démocrate et l'on n'a pas vu de Démocrate se faire élire deux fois à la présidence depuis Franklin Roosevelt en 1936. Mais voila, c'est un Démocrate qui parle maintenant comme un Républicain.
Il encourage les couvre-feux dans les ghettos, l'uniforme dans les écoles et la V-Chip dans les téléviseurs (pour censurer la violence et la pornographie).

Depuis que le vent a tourné et que les citoyens Américains acceptent de moins en moins de soutenir les échecs répétés du gouvernement dans toutes les branches de la vie, Bill Clinton camoufle ses actions par des paroles contre le Tout-État. Même si ce n'est qu'une opération de camouflage.
Car après sa première élection en 1990, Clinton avait proposé un budget comprenant 360 milliards de dollars supplémentaires de missions gouvernementales. Il voulait continuer ainsi le traitement proposé par la gauche: toujours plus d'État.
L'une de ses plus célèbres déclarations est pourtant devenue celle-ci: "L'ère des grands gouvernements est révolue."
Phrase prophétique s'il en est, quand on assiste à la fin d'un siècle reconnu pour son développement des tentacules de l'État. Tout homme et toute femme lucide doit se réjouir d'entendre un homme de gauche admettre dans son discours la fin de sa propre idéologie.

Il en est de même de la politique des quotas sur le lieu de travail. En 1996 son administration élimine le trop voyant quota racial de 10% réservé aux Américains de couleur dans les administrations publiques. Avant les élections de 1996, Clinton rassure: "Sans mettre fin à la politique des quotas, nous devrons la corriger". C'est là encore une déclaration dans la bouche d'un homme de gauche suffisamment rare pour ne pas y voir une étape historique.
Mais dans les faits, la machine politique de Clinton continue tant qu'elle peut à freiner la réforme. Dans sa charte, son administration a maintenu le principe des marchés réservés aux minorités: "Il y a nécessité à déterminer le nombre de contrats attribués à des entreprises à minorités..."

Il en va de même de l'avortement. Déclaration de Clinton avant les élections présidentielles de 1990: "J'espère voir l'avortement rester légal mais devenir rare". Son action une fois au pouvoir: faciliter l'accès à l'avortement des mineures. En juillet 1996, il autorise même la continuation de l'avortement le plus horrible de la médecine moderne, l'avortement "à mi-naissance". Le procédé laisse sortir en partie l'enfant de sa mère, garde sa tête dans le canal utérin puis la vide par succion du cerveau... Comme l'enfant est encore à moitié dans sa mère, Clinton et ses amis considèrent qu'il n'est pas encore né ... D'autres appelleraient cela un meurtre d'enfant.

Stratégie répétée dans le domaine du social. Clinton s'appuie en réthorique sur des déclarations du type de celle qu'il avait faite en 1993 à Yale University: "Je pense que Dieu veut que nous nous asseyons tous à la même table pour examiner les valeurs que nous partageons et les insérer dans l'existence des millions d'Américains qui vivent dans le chaos".
En France, la mention des termes "Dieu", "valeurs" ou "vivent dans le chaos" le ferait classer à l'extrême droite.

Mais l'une de ses décisions en août 1995 a été de nommer au sommet de la législature Californienne un juge pro-homosexuel, le juge Judith McConnell. En 1987, celle-ci se fit remarquer pour avoir donné la responsabilité d'un garçon de 16 ans à un homme homosexuel. Cet homme était l'amant du père, alors décédé de l'enfant. La décision allait à l'encontre des protestations désespérées de la mère. Ce juge, mis en place par Clinton, nommera pour les 20 prochaines années les juges clés des tribunaux californiens.

Il est pourtant certains cas dans lesquels Clinton finit par céder à la pression du temps, mais c'est seulement quand les Républicains l'y acculent.
Le 31 juillet 1996, il signe enfin le plan de réforme des aides sociales. Chaque État aura dorénavant la liberté d'administrer lui-même ses aides sociales, de limiter à 5 ans le nombre d'années assistées par l'État et de demander aux bénéficiaires, après deux ans, de travailler en échange des allocations.
Alors que depuis deux ans Clinton s'opposait à la réforme, il se fit le porte-parole de la nouvelle philosophie lorsqu'il la signa: "Nous avons aujourd'hui l'occasion historique de faire de l'aide sociale ce qu'elle devrait être: une seconde chance et non un mode de vie". Là encore, cet homme de gauche démontra que pour se faire élire en Amérique, il faut désormais parler en conservateur.

La victoire philosophique des Républicains.

Clinton sait mentir et si on peut lui en vouloir pour cela, l'orientation de ses mensonges est pourtant réjouissante. Cela constitue un baromètre quant aux valeurs en faveur, celles de la réduction du Tout-État et du retour à l'humain. Pour la première fois au XXème siècle, un homme de gauche et de première importance émet des doutes quant à ce dogme de la pensée de gauche: "l'État fera votre bonheur".
Le principe opposé, "l'État vous permet d'atteindre votre propre bonheur", revient sur le devant de la scène.

On doit donc saluer la victoire philosophique des Républicains. Ils ont réussi à faire admettre comme une nécessité la restriction de l'action gouvernementale. Ils ont mit à la mode l'équilibre du budget et la réduction des aides sociales. Même si le champ rhétorique demeure grand ouvert au président, il lui reste peu d'espace pour agir.
L'orientation forcée de Bill Clinton vers le "centre" apparaît aussi à l'occasion du choix des nouveaux collaborateurs. Plusieurs de ses conseillers d'extrême gauche ont été remerciés: Robert Reich, le secrétaire au travail, George Stephanopoulos porte-parole et Harold Ickes haut personnage de la Maison Blanche. Par contre, c'est un pragmatique qui a été nommé chef de l'Etat Major de la Maison Blanche: Erskine Bowles. Monsieur Bowles est un investisseur financier de profession et un conservateur de caractère. Il ne s'est jamais fait remarquer par des tirades sur des lendemains heureux procurés par l'État mais plutôt par des sentences propres aux cours de management les plus réalistes: "Je crois en une administration qui définit clairement ses buts et ses délais, afin qu'elle et son personnel puissent être tenus responsables de leurs actes".
Et puis, il y a un livre curieux que le président Clinton fait circuler parmi ses amis. Un livre de Morley Winograd et Dudley Buffa, "Prendre le contrôle: Politique à l'âge de l'Information" - Les copies délivrées, largement annotées, permettent entre autre de lire ceci: "Aujourd'hui, la majorité des Républicains et des Démocrates pensent que le rôle du gouvernement devrait être de faire ce qui est nécessaire pour - aider les gens à s'aider eux-mêmes - Ils ne veulent pas que le gouvernement se désintéresse de leurs problèmes, mais ils ne veulent pas non plus que le problème soit rafistolé grâce à des lois et des régulations supplémentaires.
A une majorité écrasante, conservateurs et libéraux (NDLA: en Amérique, libéral est synonyme de gauche) veulent que le gouvernement fournisse à la communauté les outils qui lui permettront d'agir par elle-même
."

Si la gauche Américaine a admis dans sa rhétorique l'essentiel des principes de l'adversaire, le rôle qui lui reste à jouer est celui de "gentille" conservatrice. Elle persiste à vouloir la même chose, mais "sans douleur" ...
C'est ainsi que lorsque Clinton décide de couper les aides financières aux filles-mères mais de maintenir leurs coupons alimentaires, il apparaît comme un "conservateur modéré": "Ce que je ne veux pas, c'est que les enfants souffrent des erreurs de leurs parents". Il définit de la sorte sa position par rapport aux Républicains. Le parti de droite américain est ainsi devenu le parti des nouvelles idées.

Les journalistes craquent.

A l'occasion de leurs votes pour le président en 1996, les Américains se sont aussi et à nouveau exprimés à travers des référendums. L'un des plus significatifs a été en Californie celui contre l'embauche préférentielle des minorités. La California Civil Rights Initiative ou "Proposition 209" mit fin à la préférence en faveur de certaines catégories de population (les non-blancs et les femmes) dans le recrutement par les institutions gouvernementales, dans les attributions de marchés par le gouvernement et dans le choix de l’origine des étudiants admis dans les universités.
54% des votants ont décidé d'abolir cette loi. A l'issue de ce succès, l'un des organisateurs du référendum compara ce vote à la révolution Reaganienne. Sous Reagan en effet, la "Proposition 13" adoptée par référendum mettait fin à l'augmentation des impôts par le gouvernement sans autorisation populaire. Sous Clinton, cette fois, la "Proposition 209" met fin à l'influence gouvernementale dans le recrutement sans l'accord de la population.

De nouvelles limites aux mandats des hommes politiques ont aussi été adoptées. En Virginie, une association proposa aux électeurs 14 initiatives de réduction du pouvoir des politiciens, dont 9 furent adoptées. La plus importante exige désormais que les législateurs présentent promptement des projets de loi pour limiter leur propre temps au pouvoir. Avant les prochaines élections, l'une de ces initiatives oblige même l'administration gérant les élections à signaler dans les formulaires de vote à venir si, oui ou non, les politiciens ont tenu leur parole...

En dehors des partis politiques, mais toujours dans le monde de l'establishment, il est un autre corps qui recule, horrifié, devant ces prises de positions de la population, et de la prise de parole par le peuple..

Il s'agit des journalistes Américains. Tout d'abord, ils n'ont pas vu venir le raz de marée. Ou plutôt, parce que le mythe du Tout-État est chez eux un principe établi, on peut supposer qu'ils n'ont pas voulu en parler pour ne pas en propager l'idée. Dans leurs reportages, il leur a même été difficile de cacher leur hargne. En 1994, quelques jours après la victoire des Républicains au Congrès, Peter Jenning sur ABC Radio interprétait à sa façon: "Imaginez une nation d'enfants qui piquent une crise de nerfs ... et bien les électeurs viennent de se mettre en colère. Mais ce ne sont pas ces caractériels qui pourront gouverner la nation". (sic)

Oui, les électeurs étaient en colère, et n'en déplaise à Peter Jenning, ils avaient de très bonnes raisons de l'être.

La catastrophe sociale d'un siècle d'Étatisme Américain.

Le crime en Amérique recule. C'est grâce à une politique du "tough Love" que les Américains commencent à s'en sortir.
Comment font-ils? En ce qui concerne les maux de société, les Américains avaient "assez donné". Depuis les années 60, tous leurs compteurs sociaux avaient viré au rouge.
Au chapitre des violences, les crimes avaient augmenté de 300% sur trente ans. Chaque année, 5 millions d'Américains sont victimes d'agressions, de viols ou de meurtres.
Au chapitre de la famille, les naissances hors du mariage avaient cru de 400% depuis 1960. Elles représentent environ 29% des naissances et l'on remarque parallèlement qu'un tiers des criminels sont des personnes élevées sans présence paternelle.
Au chapitre de l’éducation, la moyenne aux tests scolaires avaient baissé dramatiquement. Selon les barèmes américains, ils étaient passés de 975 points à 758.
Enfin, alors que le marché de l'emploi Américain est un eldorado (taux de chômage de seulement 5.5%), 82% des chômeurs restaient sous assistance d'État pendant en moyenne 5 ans.
Et pourtant, pendant ces mêmes trente années, suivant la recommandation de la gauche, les Américains avaient bien voulu déverser 5 trillons de dollars dans l'aide sociale de l'État. Cela faisait 300 milliards de dollars par an ou encore 7000 dollars (40 000 F) par bénéficiaire chaque année. Tout cela jeté dans une oeuvre sans résultats. Après ces efforts colossaux, le niveau de la pauvreté n'avaient pas changé et les comportements sociaux avaient au contraire empiré.

Plus d'État égale plus de souffrances.

A mesure que les observations des historiens du XXème siècle prennent forme, une corrélation entre le Tout-État et la misère humaine apparaît (par Tout-État nous entendons la situation des sociétés où l'État, plutôt que la population, dirige de très nombreuses activités du pays, bien au-delà de celles de la sécurité et de la justice).
Alors qu'en 1960 la majeure partie de l'assistance publique n'existait pas, seulement 2% des enfants blancs et 22% des enfants noirs naissaient hors du mariage. En 1991, après les millions de dollars consacrés par le gouvernement, les chiffres des enfants sans foyer unis ont enflé pour atteindre dans chaque communauté 22% et 68%.
Robert Samuelson, journaliste à Newsweek, relève astucieusement: "Ce n'est pas que les naissances hors du mariage aient été voulues par l'"assistanat d’État". Mais ce qui compte, ce sont les faits. Et c'est un fait que cette assistance financière a permis aux filles-mères de quitter la maison de leurs parents, qu'elle a rendu possible l'effacement des pères (les aides vont aux filles-mères si le père est absent) et à un moment donné, la norme sociale a changé, et l'illégitimité est devenu la norme."
Même corrélation à propos du crime. L'intelligentsia composée des journalistes, des éducateurs sociaux, des producteurs de film et des enseignants a été extrêmement laxiste en faveur des criminels et ont largement influencé les lois dans le mauvais sens.
De nos jours en Amérique, toutes les 90 secondes, un criminel dangereux est libéré sur parole. Malgré plus de 13 millions d'arrestations chaque année, 2% seulement conduisent à une sentence de prison. En moyenne, les criminels accomplissent 37% seulement de leurs peines. En moyenne, on peut calculer que la durée réelle d'incarcération pour un tueur est de six ans seulement, pour un violeur de trois ans, pour un vendeur de drogue d'un an. Comme la sagesse populaire le pressentait, à mesure que les punitions se sont réduites, les crimes se sont accrus.
C'est à peu près la même logique qui régit le déclin des connaissances à l’écoles: plus l'État s'y est investi, plus les résultats ont chuté.
Alors qu'en 1960, les États Unis d'Amérique consacraient 2 035 dollars par élève (en dollars constants de 1990), la moyenne aux scores du SAT (barème d'évaluation Américain) était de 975. A l'heure actuelle, malgré des dépenses plus que doublées pour chaque élève ($ 5 247), les chiffres sont tombés à 758.
On peut même comparer les régions qui utilisent encore le bon sens commun (notation exigeante, discipline en classe, étude des bases) et les régions régies par les fantaisies soixante-huitardes (notes généreuses, égalitarisme des résultats, méthodes globales, mathématiques dites modernes).
Le Dakota du Nord utilise toujours les méthodes traditionnelles. Il se classe deuxième aux tests du SAT. Pourtant c'est aussi l'un des États les plus économes: en matière de dépense d’éducation, il est le 44ème état sur 50. De plus, on remarque que la famille y est en bien meilleure forme. En ce qui concerne le pourcentage des enfants élevés par leurs deux parents, le Dakota du Nord est le second dans la nation. En conclusion, dans le Dakota du Nord, le Tout-État n'a pas encore remplacé le pays réel (en l'occurrence les familles), il n'a pas non plus imposé ses lubies de fonctionnaires. Le résultat est très important: les enfants ont un avenir plus assuré.
C'est ainsi une constante qui apparaît peu à peu dans tous les domaines sociaux: plus le gouvernement dépense d'argent, plus son bras maladroit fait de dégâts.
Parce que, d'une part il affaiblit la nation réelle (en augmentant les impôts il laisse moins d'argent aux familles et force une bonne partie des mères à travailler à l'extérieur).
Parce que, d'autre part, les décisions des fonctionnaires sont la plupart du temps irréalistes et idéologiques.
Pour penser "global" on peut résumer qu'en 1960 en Amérique, seulement 143 milliards de dollars, soit 6% du Produit National Brut étaient consacrés au social. En 1990, 787 milliards, soit 14% le sont, et les résultats sont pires.

D'où nous est venu cette culture de la pauvreté ?

Le comble encore est que si tout l'argent consacré aux gens en dessous du seuil de pauvreté, si toutes les aides directes et indirectes étaient livrées directement aux hommes dans le besoin ... la somme reviendrait à l'équivalent de 120 000 F par an... C'est ce que gagnent bon nombre d'Américains et de Français au train de vie correct...
Seulement voilà, ces 120 000 Francs doivent aussi rémunérer les fonctionnaires qui gèrent les "oeuvres". Toutes les études montrent que les administrations absorbent en pertes internes, 35% des budgets en moyenne.
D'un côté des interventions de l'État, sans cesse en augmentation, de l'autre des maux sociaux en hausse. Accroissement des rouages sociaux Étatiques, effacement des réflexes sociaux naturels (parents, amis, famille). La conclusion des sociologues est aisée: plus l'État s'insinue dans la vie, plus les mécanismes naturels se grippent et plus la souffrance des hommes est grave.
"Beaucoup d'Américains", résume Robert Rector, chercheur à Heritage Foundation, "pensent que le système de protection sociale actuel a contribué à l'émergence d'une culture de la pauvreté, à un esprit d'assisté, à une éthique du travail érodée et à un manque d'ambition dans la vie".
"Ce ne devrait être une surprise pour personne", résume Ralph Reed, consultant politique. "Nous avons obtenu plus de ce que nous soutenions (naissances en dehors du mariage ou divorce) et moins de ce que nous taxions (familles intactes avec des emplois)."
De ces conclusions on retire un enseignement pour tous les hommes. Les expérimentations des années soixante ont été mises sur le papier. Les chiffres sont là, les comparaisons avec le passé et même les comparaisons entre régions appliquant des méthodes différentes sont enregistrées.
Ces études sont devenues les outils de ce qu'on appelle dorénavant les conservateurs sociaux. Des hommes et des femmes qui se préoccupent du bien-être des hommes mais qui le font sans proposer la solution "État".
Ces nouveaux travailleurs sociaux redécouvrent quelles sont les structures naturelles qui permettent à l'homme de s'épanouir, non pas à travers la tradition ou la morale (quoique en parallèle à celles-ci), mais à travers la statistique et l'histoire. Ils ajoutent ainsi une dimension scientifique à la sagesse, ils développent une écologie scientifique de l'être humain.
C'est un fait dans le monde de la pensée qui n'est pas à considérer à la légère. Après deux ou trois siècles d'utopies (marxisme, égalitarisme, existentialisme), cette expérience fait changer de cap la pensée. Ces sociologues appliquent désormais leur intelligence à comprendre les rouages naturels de la réalité humaine et à travailler en symbiose avec eux. En fait, ils agissent en bons docteurs qui étudient d'abord la nature puis oeuvrent à rétablir les mécanismes naturels.

La gauche a perdu la guerre contre la misère.

Il est aisé aux conservateurs sociaux en Amérique de rappeler qui fut en charge du "social" pendant 40 ans. Tout le monde sait qui s'est entêté à clamer sa qualification dans le soin des pauvres. Les gens savent que ce sont les hommes et les femmes habités par l'idéologie de gauche qui ont éduqué les adultes d'aujourd'hui. Il y a désormais 90 millions d'illettrés aux États-Unis dont la plupart sont pourtant passés par l'école.
La logique est claire. Si la gauche entendait amener le paradis sur terre en prenant l'argent ici et en le redonnant là, elle a en fait dégoûté les Américains sur trois points:

ils en ont assez d'être taxés,

ils n'aiment pas les orientations que les fonctionnaires ont décidé sans eux,

ils en ont assez de voir l'inefficacité des projets entrepris avec leur argent.

Grover Norquist, directeur d'une association de citoyens contre le trop d'impôt (Americans for Tax Reform), le fait remarquer: "Aujourd'hui, plus personne ne peut ignorer le ras le bol vis a vis du "tout État". Ni les Démocrates, qui malheureusement ne peuvent plus faire marche arrière car les syndicats ne le leur pardonneraient pas, ni les conservateurs qui se doivent de mettre fin à ces crimes contre l'humanité, ni les pauvres qui comprennent qu'ils ont été dupés."
Les seuls à avoir bénéficié de l'industrie sociale étatique, en somme, ont été les distributeurs de ces aides. Ils en tiraient leur salaire, leur statut et, finalement, leur bonne conscience.
A la tête de cette classe se trouvent les politiciens. N'a-t-il pas été dans leur stratégie de se faire élire en promettant toujours plus d'aides? A la caravane de ceux qui promettaient la fortune des "riches" aux "pauvres" se joignaient tout ceux qui croyaient ou dépendaient d'une telle politique: la plupart des travailleurs sociaux, la plupart des enseignants, la plupart des artistes du show-business et la plupart des journalistes.

Accepter de dépendre avant tout de la politique pour guérir les afflictions morales, c'est manquer de bon sens.

Bill Bennett, ancien secrétaire à l'éducation sous Ronald Reagan, remarque: "Notre premier devoir est de reconnaître que nous avons mis trop d'espoir dans le politique pour guérir les afflictions morales et que le politique est un pauvre substitut par rapport aux soutiens naturels de l'homme (la famille, les amis, les associations et les églises).
S'en remettre avant tout à la politique pour résoudre les afflictions morales, culturelles et spirituelles d'un peuple est simplement stupide ."
Chuck Colson, l'un des défenseurs de Nixon pendant le Watergate, s'est reconverti dans l'aide aux prisonniers. De ses 20 ans d'expérience dans les geôles américaines, il tire une leçon: "La crise que nous vivons ne se résoudra pas avec plus de policiers et plus de prisons. La crise se résoudra grâce au retour dans les consciences du sens du bien et du mal."
Ralph Reed, à la tête d'un immense rassemblement de croyants Américains, donne son avis lui aussi: "L'origine réelle du crime est la désintégration de la famille et plus spécifiquement en Amérique la séparation des hommes de leurs foyers. A partir du moment où les jeunes garçons sont privés d'une discipline paternelle et à partir du moment où ils sont privés de la sublimation sociale du mariage, les hommes perdent le sens de leurs devoirs."

Les maux ainsi mis en évidence ne s'évanouiront donc pas du jour au lendemain avec l'accession au pouvoir de nouveaux partis. L'érosion culturelle a pris des décennies à se faire, elle mettra au moins autant à se réparer.
Mais si l'État doit passer la main, à qui de jouer ? A la population. La réalité devrait sauter aux yeux. Il y a dorénavant un trop grand espace entre la nation réelle (que nous appelons pour simplifier la population mais qui comprend les associations les plus spontanément crées par elle comme la famille, les associations de tous types, les entreprises, et les églises) et le gouvernement. On se décharge sur l'État.
On ne se sent pas concerné par les besoins d'autrui. On s'attend à ce que l'État s'occupe des sans-emploi, à ce qu'il loge nos grands-parents et offre l'argent pour payer les cartables de la rentrée. Et on ne le fait plus de soi-même. Dans le fait même d'attendre son action dans ces actes de civisme ou de solidarité, on s'aperçoit que nous nous sommes dépouillés de réflexes humains primordiaux. L'état n'est plus nous et lui ayant légué nos actes les plus solidaires, nous ne sommes plus nous-mêmes.
Un tel retour à nos responsabilités passe par la possibilité de reprendre à l'État l'initiative dans nombre d'activités humaines. Elle passe nécessairement par la possibilité des citoyens de placer leur argent dans les oeuvres qu'ils veulent. C'est la solution, non seulemenr en matière de prévention du crime mais aussi en matière d'éducation, de politique des naissances et de chômage. Dans tous ces domaines, la situation demande que l'État recule et que l'homme avance.

Contre le Tout-État, ceux qui maintenant se rebellent, ce sont les pauvres.

Si le mouvement de révolte contre le Tout-État se manifeste en France comme il s'est développé en Amérique, les plus ardents adversaires du Tout-État seront les pauvres.
Pourquoi ?
Parce qu'en Amérique les noirs sont parmi les plus pauvres et beaucoup de leurs intellectuels sont les plus ardents accusateurs de ce Tout-État.
Premiers bénéficiaires, en effet, de la politique sociale Étatique, les noirs en ont été aussi les premières victimes. Après avoir souffert de l'esclavage, ils ont été, en Amérique, les principaux cobayes des expérimentations sociologiques du XXème siècle: emplois assurés, santé surveillée, hébergement bon marché, intelligences prises en charge par l'école publique et les programmes sociaux pour jeunesse à risque.
Aujourd'hui, les noirs réalisent que cette pitance bureaucratique est peut-être ce qui leur a fait le plus de mal: 70% des prisonniers en Amérique sont noirs, 68% des enfants naissant hors du mariage le sont aussi.
Veut-on tuer un peuple ? Tuons son âme !
Pour cela épargnons-lui la peine de mettre en oeuvre ses forces intérieures (dans le labeur, dans la création d'entreprises, dans la responsabilité parentale, dans la solidarité). Epargnons-lui, en somme, la peine de se prendre en charge, donnons-lui gratuitement ce dont il a besoin: logement ou allocations.
Bientôt nous aurons éteint ce qu'il y a de plus vital en lui, non pas le corps mais la flamme intérieure. On a vu cela dans les pays de l'Est, on retrouve ce même regard éteint chez les noirs des ghettos, dans les réserves indiennes d'Amérique et, plus près de nous, chez les chômeurs à long terme.

Conséquence indirecte, le nombre record des candidats Républicains noirs qui se sont présentés aux élections de novembre 1994 (24 contre 15 en 1992).
Sept d'entre eux ont obtenu au moins 40% des votes, deux ont été élus au Congrès dont J. C. Watts, ancien champion de football américain. Le potentiel pour une croissance est là. Alan Keyes le candidat noir aux présidentielles de 1996, fut d'ailleurs l'homme au discours le plus moral.

Disk jokey noir et conservateur.

Les conservateurs noirs Américain ont du succès à la radio. C'est peut-être parce que la rébellion nécessaire contre l'assistanat d'État les touche de très près, qu'ils sont passionnés et qu'à la radio, cela se sent.
L'un d'entre eux, Armstrong William, est un petit homme habité d'une surprenante énergie. Il vous ouvre la porte de sa voiture avec courtoisie mais vous laisse à peine le temps d'y grimper avant de démarrer.
Fils de fermier, il coupait à douze ans le tabac dans les champs de son père. Sous Reagan, il était à 25 ans assistant juridique au Département de l'Agriculture. Il se faisait ensuite remarquer par Clarence Thomas, futur juge noir à la Cour Suprême, et devenait son conseiller personnel. Il est devenu a 35 ans, commentateur politique, radio, télé et presse. Le Wall Street Journal et le magazine Forbes publient ses essais.

Son parcours est représentatif des nouveaux jeunes conservateurs américains. Son indépendance d'esprit, trouve sa source dans une famille s'isolant d'abord de la déprime sociale: "Mon père voulait que nous restions à part. Il jugeait beaucoup des autres noirs trop défaitistes. Nous ne pouvions rien apprendre d'eux". Une solitude préalable présente dans beaucoup de phénomènes décrits dans ce livre semble nécessaire pour se fortifier, nécessaire pour cultiver une identité propre, nécessaire avant d'aller dans le monde.
C'est dans cet esprit, que tous les jours Armstrong William commente à la radio les méfaits du tout État. Ainsi, à propos de l'Assistance Sociale d'État: "Aujourd'hui, une mère célibataire avec deux enfants continuera à recevoir $1000 par mois si elle évite deux choses: épouser un homme qui travaille ou travailler elle-même. Est-il étonnant dans ces conditions que 5,6% seulement des bénéficiaires de ces d'aide cherchent un emploi ?" Armstrong sait peut-être le mieux de quelle façon commenter les désastres humains de la philosophie du Tout-État: "L'assistance sociale d'État, c'est de la gentillesse qui tue. Honte au système qui dilue la famille et sape l'initiative personnelle plus efficacement encore que l'esclavage ne l'a fait".
Un auditeur noir s'étonne: "Après toutes nos souffrances, vous retournez votre veste !".
Et oui, Armstrong retourne même sa chemise: "Qui peut encore croire à ces slogans, "brother" ? Qui peut encore soutenir cet esprit de revanche ? Même si les noirs d'aujourd'hui étaient indemnisés pour ce qui a été fait aux noirs d'hier, ce qui déjà n'est pas de la justice mais de la revanche, qui en profiterait ? Seulement les noirs des classes moyennes ! Et les victimes, cette fois, seraient d'autres pauvres, les petits blancs".

William, à la radio, réveille donc ses frères de race: "Le racisme existe. Mais ce que nous avons de mieux à faire, c'est de nous protéger contre lui. Parce que si nous le considérons comme la cause de tous nos problèmes, cela nous détruira, nous consumera et nous réduira en cendre".
L'esprit de revanche et le fatalisme sont pour Armstrong des perversions de l'âme qui rabaissent encore plus les plus faibles: "Les gauchistes, à travers une fausse compassion, se servent des noirs pauvres. Par leurs aides sociales, ils ont en fait démantelé les familles. Ils ont créé une sous-classe et ils sont peut-être responsables de la mort de plus d'enfants et d'hommes noirs que le Ku Klux Klan". Il fait allusion à la drogue et à la violence issues en grande partie d'un cadre familiale détruit.
A ceux qui exploitent l'envie du bien des autres pour créer des programmes sociaux, William Armstrong donne un vilain nom: "Vous êtes les grands prêtres de la négritude".
Comme on enfonce le coin dans le bois, William insère l'exigence morale dans les consciences: "Toutes les politiques de gauche corrodent le succès réel et mérité des minorités et des femmes qui travaillent dur. Ces politiciens donnent une excuse à ceux qui ne veulent pas se dépenser. Leur effet global est de handicaper culturellement les populations qu'elles prétendent aider et d'aggraver les rapports déjà tendus entre les catégories. Pire que tout enfin, ces politiques corrompent le seul critère fonctionnel et moral pour juger professionnellement les hommes quelle que soit leurs origines: le mérite personnel ".

Dans ses bureaux, trois noirs et trois blancs s'activent: "Vous voulez de la diversité" demande-t-il en levant les yeux, "je vais vous en donner de la diversité". Il hoche du menton vers l'équipe, "voilà la diversité de l'excellence".
Le salut des hommes, pour William, vient donc de leur culture de caractère. Aussi étonnant que cela paraisse, c'est une nouvelle donne dans le discours public. L'engagement d'Armstrong est d'ailleurs tout sauf superficiel. Il lit la bible quotidiennement, va à l'Eglise et parle de fidélité. Depuis trois ans, il dit attendre l'âme soeur: "J'ai ma discipline de vie !" En banderole dans son petit appartement au centre de Washington, trois mots rappellent son engagement: "Compassion, Contrôle, Dévouement".
Il ne fait pas l'ombre d'un doute pour lui, que celui qui veut être droit, comme le suggère le nom de son émission "The Right Side" (Le Côté Droit), celui-là est de droite.
Il mêle dans ses émissions la harangue du prêcheur à l'optimisme de l'entrepreneur, il est là pour retourner votre vie comme pour vous faire voter Républicain.
Qu'apportent les penseurs noirs? Sa réponse est rapide: "une perception de la morale au sens le plus transformateur de la vie". Non pas la morale moralisatrice mais la morale profonde, l'éthique sincère qui assainit la vie, même parmi les conservateurs.
Car après tout, beaucoup d'autre conservateurs ne sont-ils par conservateurs par égoïsme, par défense d'un style de vie qui les avantage, par sentimentalisme aussi parce que leur psychologie les pousse à défendre le passé ? Ceux-là auraient défendu le communisme s'ils étaient nés dans ce cadre. Ceux-là, d'après Armstrong, sont réactionnaires. Ils ne sont pas de droite.

Il y a une vie après la gauche !

Les conservateurs noirs américains sont conservateurs par altruisme. Ils le sont parce qu'ils ont vécu eux-mêmes les méfaits d'une jeunesse oisive devenue criminelle. Ils font après tout une oeuvre de solidarité, de psychologie, de sociologie. Des sciences trop longtemps abandonnées aux philosophes de gauche. Ils incarnent au mieux l'expérience humaine de l'Amérique, la voix conservatrice sociale. Ils prouvent qu'il y a une vie après la gauche, elle s'appelle réveil moral. 60% de leurs concitoyens estiment que leur société est devenue trop tolérante vis-à-vis du crime. les temps sont venus pour parler du juste et du bien.
Ce changement de philosophie dans la population sonne le glas des partis politiques de gauche, et même de certains partis dits de droite qui préconisent un état omniprésent.
Car le noir en Amérique, un peu comme l'ouvrier en France, était le "soldat" des partis étatistes

Daniel Rabourdin, 1999

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